Qu'est-ce que la lecture transforme dans la vie ? La question est au cœur des 'Aérostats', un livre qui fait l'unanimité chez les critiques littéraires de l'émission. Avec : Olivia de Lamberterie (Elle), Frédéric Beigbeder (Figaro-Magazine), Michel Crépu (La NRF) Arnaud Viviant (Transfuge) et Jérôme Garcin (L'Obs)

Les Aérostats d'Amélie Nothomb décrits par Michel Crépu : "On a l'impression d'être en face de quelqu'un d’un peu diabolique, qui manie les choses avec une malignité un peu cruelle"
Les Aérostats d'Amélie Nothomb décrits par Michel Crépu : "On a l'impression d'être en face de quelqu'un d’un peu diabolique, qui manie les choses avec une malignité un peu cruelle" © AFP / Joel Saget

La présentation des "Aérostats" par Jérome Garcin 

"Pas de rentrée littéraire sans Amélie Nothomb ! Elle signe cette année Les Aérostats chez Albin Michel, son 29ème roman. Elle se glisse dans la peau d'Ange d'Aulnoy, une étudiante belge en philologie de 19 ans amenée à donner des cours de diction à Pie un lycéen dyslexique de 16 ans qui se vante de n'avoir jamais ouvert un livre, qui méprise sa mère et déteste son père, un père aussi riche que tyrannique. 

Ange va alors faire découvrir à Pie, qui a la passion des Aérostats, les grands textes de la littérature l'Iliade et l’Odyssée, Le Rouge et le noir, La métamorphose ou encore Le diable au corps, qui illustre d'ailleurs la passion des cendres de l'adolescente pour sa préceptrice… Je n'en dis pas plus. Comme d'habitude : 180 pages qui se lisent assez vite. Et le dénouement est à découvrir par vous-même." 

Arnaud Viviant : "C’est l’Amélie Nothomb que j'aime"

"C’est l’Amélie Nothomb que j'aime, celle des petits contes cruels. Je n’aimais pas du tout son livre de l’année derrière sur Jésus-Christ, ça ne m'intéressait pas du tout. 

Là, on retrouve une romancière, presque une novellista. 

Cette novella est absolument parfaite. Il y a une espèce d'économie, de moyens, de sobriété.

C'est un petit conte, sur la philologie qui pose la question : "Qu'est-ce que c'est que la philologie par rapport à la philosophie ?". C'est un livre sur la lecture. C'est l'histoire de quelqu'un qui apprend la littérature à une personne qui n'a pas envie de lire et qui lui donne envie. C'est très beau. 

Ça parle aussi de la critique littéraire, de qui est Zoïle le premier grand critique littéraire. Celui qui a le premier dit qu’Homère était nul. Fallait oser à l'époque ! Et pourtant, ça passait sept siècles après le poète grec. 

Il y a dans Les Aérostats une ambiance à la fois douce et cruelle de voyeurisme avec une sorte de sexualité sous-jacente... Vous le lisez et vous avez votre petit bonheur de lecture."

Frédéric Begbeider : "Amélie Nothomb fait dans "Les Aérostats" ce qu’elle sait bien faire : parler de sa jeunesse et de littérature"

"Je suis d'accord avec Arnaud. Je trouve qu’Amélie Nothomb est la meilleure quand elle fait deux choses : parler de littérature, comme dans son premier roman, peut-être le meilleur, Hygiène de l'assassin qui était un dialogue avec un écrivain insupportable. Et puis, l'autre chose, dans laquelle elle excelle, c’est parler de sa jeunesse. Les Aérostats se passe à Bruxelles. Comme elle, son héroïne est une étudiante sans amis qui donne des cours à ce jeune garçon… Dans ce livre, elle fait les deux : parler de littérature et de sa jeunesse à la fois. On a tout ce qu'on aime chez elle.

Amélie Nothomb écrit comme une sorte « d'enfant vieux »

C'est assez bizarre. D'ailleurs, le garçon lui dit à un moment : « vous n'avez pas 19 ans, mais 80 ». La description de Bruxelles est très bien. En particulier quand elle dit : « c'est une ville dont on a toujours exagéré la chaleur humaine ». Et puis, sur la littérature, il n'y a pas grand-chose, mais à chaque fois, c'est assez bien visé. » 

Olivia de Lamberterie : "Les Aérostats, un livre juste sur l'adolescence, et le rôle de la lecture"

J’aime beaucoup ce livre. Je trouve qu’Amélie Nothomb est très bonne quand elle est à la fois très civilisée et très cruelle. Il y a un livre de Dany Laferrière qui s'appelle Je suis un écrivain japonais. Je pense qu’Amélie Nothomb est un écrivain japonais. Elle en a vraiment toute la finesse. 

Je trouve que son esprit s’accorde avec l'adolescence. Les Aérostats fait le portrait d'un adolescent. 

On a toujours tendance à penser que les adolescents sont des brutes dans un monde délicat. Ici, elle en fait un délicat dans un monde de brutes

Cela me semble beaucoup plus juste sur l'adolescence que tout ce qu'on dit. 

Et puis, c'est un livre sur ce que procure la lecture : c'est un livre pour nous ! Avec le pouvoir bénéfique de la littérature, mais aussi le pouvoir maléfique des livres. Par une sorte de correspondance amusante, le livre se termine sur la Polonaise héroïque de Chopin, interprétée par Martha Argerich comme dans "Yoga" d'Emmanuel Carrère. 

Michel Crépu : "Il y a dans les Aérostats, un côté tante Amélie qui nous sert sa confiture dangereuse"

"C’est étonnant comme le sous-jacent occupe de place dans les livres d'Amélie Nothomb. J'ai toujours été frappé par cela. On devine des eaux profondes auxquelles elle fait allusion, mais sans jamais vraiment s'en approcher. 

On a l'impression d'être en face de quelqu'un d’un peu diabolique, qui manie les choses avec une malignité un peu cruelle. Et il y a un côté « tante Amélie » qui nous sert sa confiture, mais il faut faire attention parce que c'est dangereux. Et j'aime beaucoup ce mélange."

Les aérostats d'Amélie Nothomb est publié chez Albin Michel. 

Avec :

  • Olivia de Lamberterie (Elle)
  • Frédéric Beigbeder (Figaro-Magazine)
  • Michel Crépu (La NRF) 
  • Arnaud Viviant (Transfuge) 
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