Augustin Trapenard a choisi le thème de la voix aujourd’hui : la voix de radio, la voix intérieure et les voix d’Anna Gavalda, celles qu’elle a utilisées pour "Fendre l’armure".

Anna Gavalda était chez Boomerang
Anna Gavalda était chez Boomerang © AFP / Pierre Verdy

La voix, c’est d’abord un son, un son très particulier qui est propre à chacun, qui appartient à chacun. Chacun a un son particulier, un hymne particulier. La voix, à une lettre près, c’est aussi un chemin à suivre, chacun possède son propre chemin. Ainsi, la voix est primordiale en radio. Vous écoutez des voix qui vous parlent, vous bercent peut-être, vous énervent aussi car il y a certainement des voix que vous ne pouvez supporter…

Anna Gavalda est rare dans les médias. Elle a une voix particulière, douce-amère. Elle n’est pas à la une des magazines people, ni des magazines de lectures. Pourtant, elle nous fait l’honneur d’être dans Boomerang aujourd’hui pour Fendre l’armure, aux Éditions Dilettante. Regardez la photographie liée à l’émission, regardez la douceur de ce visage et imaginez ce visage vous parlez au creux de l’oreille…

Chaque auteur a sa propre voix, son propre chemin.

Je suis la greffière de mes personnages. [...] Ce sont de vraies gens. […] Ils existent déjà.

Fendre l’armure est un recueil de nouvelles, trois ans après son dernier ouvrage La vie en mieux. Fendre l’amour, ce sont sept nouvelles concentrées sur des personnages uniques, qui évoquent la solitude de leur vie. On note l’importance du « je » dans la mise en récit des personnages. De cette manière, l’auteur incarne la voix de ses personnages. Les personnages parlent « à travers elle ». De la même manière que La vie en mieux, la question de la vie et d’une réflexion sur sa propre existence et sur sa propre voix(e) est importante. La nuit est le moment de la journée où l’on pense et où l’on angoisse le plus : ainsi les personnages réfléchissent à leurs vies durant la nuit ou après le sommeil, avant de devoir retourner « au combat », au « métier de vivre ». Il s’agit de « vraies gens » ou de « gens véritables ». La littérature devient lieu d’authenticité, de véracité.

Peut-on parler d’écriture automatique ? De schizophrénie ? On y pense lorsqu’Anna Gavalda confie à Augustin Trapenard qu’elle ne semble ne pas se rendre compte de ce qu’elle écrit, en évoquant la nouvelle « La maquisarde » qui parle d’une jeune mère veuve, alcoolique. N’étant pas alcoolique, elle a été surprise de ses propres mots évoquant l’alcoolisme de son personnage.

Les personnages lui parlent au creux de l’oreille. Vous les entendez ?
Les personnages lui parlent et un roman nait. Dans un autre monde, les gens qui entendent des voix sont considérés comme fous, néanmoins on connait Sainte-Thérèse d’Avila ou Jeanne d’Arc.

Ne sous-estimez pas votre lecteur.

On note beaucoup de silences dans cette émission : les questions d’Augustin Trapenard sont précises et touchent l’intime d’Anna Gavalda, car il s’agit d’une relation entre elles et ses propres personnages. Le silence n’est jamais assez présent dans nos vies : nous écoutons de la musique, nous nous bouchons les oreilles à l’arrivée d’un rer, nous maudissons les travaux en bas de notre immeuble. Le silence est rarement présent et surtout dans les médias : les chaines d’informations en continu n’aiment pas le silence. Mais contrairement à la télévision, la radio ne peut pas se raccrocher à l’image. Ainsi, le silence devient angoissant, voire dangereux, terrible en radio. Pourtant, ne vous inquiétez pas et écoutez le silence dans cette émission…

La fiction est un formidable moyen de se mettre à nu.

Timide, Anna Gavalda n’aime pas la télévision, ne l’a pas, n’aime pas être maquillée et s’est fait violence pour venir voir Augustin Trapenard. Est-ce aussi difficile pourtant de venir voir Augustin Trapenard ?

Augustin Trapenard n’a pas eu le temps pour la carte blanche. Néanmoins, nous avons eu la possibilité d’écouter deux lectures de Fendre l’armure par Anna Gavalda.

Elle a une affection particulière pour Ludmila, jeune fille visiblement peu éduquée, travaillant dans une animalerie. Elle nous lit un passage de la nouvelle concernant Ludmila :

Le front contre le froid de la vitre, je mâchais un chewing-gum imaginaire pour empêcher ma gorge de m’étrangler. J’avais très envie de pleurer. Je me retenais à des conneries, à la fatigue, au froid, à la nuit. Je me répétais « c’est parce que tu n’as pas assez dormi, mais tout à l’heure après une bonne douche, tu verras ça iras mieux » et je montais le son au maximum pour tout recouvrir encore une fois. C’était Adèle dans mes écouteurs. J’adorais sa voix, c’était la mienne, toujours au bord de se déchirer. Du coup, bien sûr, j’ai pas tenu jusqu’à la fin de la chanson, bon bah au moins comme ça j’étais déjà démaquillé.

Anna Gavalda évoque également "Un garçon", nouvelle évoquant le retour à la vie normale d’un homme ayant assisté au mariage de son ancienne fiancée. Il est saoul dans le train de retour et il se représente sa vie. Après s’être endormi dans le train, il se réveille face à deux jeunes filles en train de lire. Après avoir regardé ses voisins de voyage, il se rendort et se réveille à l’arrivée du train, alors que des personnes s’occupent du ménage :

Le bruit des aspirateurs me vrillaient les tympans. J’ai grimacé, j’ai soupiré, j’ai tiré sur la peau de mes joues en papier de verre. Je me suis ébroué et j’allais m’extirper enfin de ce maudit carré, quand j’ai remarqué une feuille de papier posée sur la tablette. C’était une page arrachée d’un carnet. C’était un dessin. C’était moi. C’était moi qui souriait dans mon sommeil. C’était moi qui remerciait Nathan, Patoche, Momo, Arthur, Camille et tous mes amis d’être encore en vie, d’être toujours en vie. Et comme j’étais beau ! Pardon, comme ce portrait était beau, si beau que j’osais à peine me reconnaitre. Mais si, c’était moi, un moi heureux. Un moi que je n’avais pas croisé depuis des siècles. Un moi qui n’était pas si vieux en vérité, ni si con, ni si décalqué. Un vrai moi, un joli moi, un moi à main levé, un moi que l’on avait aimé, un peu, mais vraiment, le temps de m’esquisser. Et sous cela, vis à l’encre de chine, une très jolie écriture, très élégante et harmonieuse, me légendait ainsi : nous vivons une vie, nous en rêvons une autre, mais celle que nous rêvons est la vraie.

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