Anne Alvaro
Anne Alvaro © Radio France / Jean-Louis Fernandez

Arnaud Meunier continue son voyage à travers l’œuvre de Stefano Massini. Après avoir monté cet automne Chapitres de la chute sur les Lehman Brothers, il monte une sur la vie de la journaliste russe Anna Politkovskaïa créée en France en 2010 avec Mireille Perrier. Anne Alvaro reprend le rôle. C’est émouvant et remuant. La pièce se joue cette semaine à la Comédie de Saint-Etienne et à partir du 13 mars à Paris au Théâtre de l’Atelier.

Un sol en verre craquelé, piétiné comme un miroir brisé dont on a tenté de reconstituer les morceaux. Ce sont les débris d’un pays en miettes: la Tchétchénie. La scénographie de Nicolas Marie est magnifique . Il a conçu un espace en plusieurs plans. Devant le public ce miroir, puis au fond un cadre de scène qui s’ouvre sur le violoniste Régis Huby, et plus loin encore: le vide, le no man’s land pour signifier l’errance et la souffrance d’un peuple.

On est saisi dès les premières minutes par la présence de la grande Anne Alvaro . Elle donne la réplique à Régis Boyer. Avec lenteur et délicatesse, le couple raconte l’histoire de ce pays décapité, de cette « terre insolente » comme le définit le pouvoir russe. On suit Anna Politkovska dans ses interviews, dans son travail journalistique. Elle interroge les soldats russes, les terroristes tchétchènes. On lui demande de prendre position. « Un journaliste n’est pas un juge« . Mais le Kremlin ne l’entend pas de cette oreille et ordonnera son exécution pour la faire taire.

Anne Alvaro donne beaucoup de dignité à cette femme qui s’est battue pour la liberté.

Cette pièce est un bijou d’écriture et de vérité . Au delà du travail documentaire de Stefano Massini qui nous plonge dans la prise d’otage des enfants à Beslan en 2004 ou dans celle des spectateurs du théâtre Doubrovska en 2002 par les tchétchènes, c’est une formidable ode au parcours de cette femme intègre. Anne Alvaro est sobre et digne. La mise en scène d’Arnaud Meunier est minutieuse et précise. On sort bouleversé.

Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.