Invitée de l'émission de Jacques Chancel à la fin des années 1970, la chanteuse, décédée le 1er décembre 2020, avait évoqué ses exigences, les leurres de la profession, le monde de la chanson, mais aussi ses enfants, le fait d'être une femme, son engagement féministe et sa forte personnalité.

La chanteuse Anne Sylvestre en 2003 à l'Auditorium Saint-Germain
La chanteuse Anne Sylvestre en 2003 à l'Auditorium Saint-Germain © AFP / STEPHANE DE SAKUTIN

Sa traversée du désert

Jacques Chancel l'interroge d'entrée sur son parcours atypique et sa traversée du désert. 

Anne Sylvestre : "Les chemins, de traverse, je ne les ai pas choisis. On m'a barré la grand route. C'est d'ailleurs extraordinaire d'être arrivée ici saine et sauve, sans avoir perdu la joie, et l'enthousiasme.

Je dois beaucoup à la rencontre avec les gens pour lesquels je chante. 

C'est vrai, j'étais exigeante. Au départ, on pense qu'une exigence est limitative. Ce n'est pas toujours drôle et on est quelquefois un peu seul, mais si l'on s'y tient, quand on arrive au bout, on peut se regarder dans une glace.

Tout s'est arrêté pour moi (et beaucoup d'autres) avec ce qu'on a appelé la vague yé yé. Les périodes noires, c'est après, que l'on dit qu'elles vous ont enrichies !  

Quand vous voyez que vous faites de beaux disques, que vous avez espoir qu'ils soient bien reçus et qu'à chaque fois, cet espoir est déçu, on se désespère. 

Maintenant quand j'envoie mes disques à faire écouter, je m'en fiche complètement. Mais il a fallu  presque 21 ans pour que j'arrive à ça. J'ai une extraordinaire santé, c'est tout. D'autres n'ont pas eu cette force, ils ont capoté en route et je trouve cela très triste."

Les artistes et le succès commercial

AS : "Je ne sais pas pourquoi, certains chanteurs vont vers des choses commerciales. Ils se font leurrer. On se laisse toujours leurrer. Comme quand on signe un premier contrat qui vous met au bagne. On le fait parce qu'on est très content de faire un disque. Et puis ensuite, on le regrette toute sa vie. 

A ceux qui écrivent des chansons en espérant être reçus sans vendre leur âme aux sirènes commerciales, je ne sais pas si leur conseillerais de faire comme moi. C'est vraiment très dur." 

Il y a deux camps dans la musique : ceux dont on parle beaucoup auxquels on donne la chance d'être connu ou reconnu par un public et qui ne sont pas forcément ceux qui vendent le plus de disques ou ceux qui remplissent le plus leurs salles. 

Et puis, il y a un tas de gens dont on n'entend jamais parler, qui ont un très gros public et qui déplacent du monde et qui remplissent des salles. Pas les mêmes !

On dit quand un artiste passe quelque part, on ne dit pas quand "quelqu'un remplit quelque part". On ne dit pas non plus quand les gens décommandent leurs tournées. Moi, quand je faisais des quarts de salle, j'ai toujours dit : "je fais des quarts de salle", mais de bons quarts de salle parce qu'ils ont toujours été merveilleux. 

J'ai fait des tournées déficitaires, mais je faisais des tournées quand même, parce que j'avais l'impression que c'était semer. Et maintenant : je récolte !"

Ses motivations d'artiste

A.S. : "Je n'avais pas de mission. J'avais envie de faire des chansons. C'est tout. J'avais envie de faire des chansons qui étaient les miennes et qui me ressemblent. Je ne me suis jamais posé de questions. J'ai marché d'instinct. C'est bien après que je me suis aperçu que ce que je faisais en débarquant avec mes premières chansons pouvait sembler un peu subversif, déplacé parce que je n'étais pas conforme. 

Je n'étais pas conforme à l'image type de la chanteuse.

Quand elle arrive, une chanteuse, physiquement ou moralement, doit montrer ses fesses et doit correspondre à une image. Je ne correspondais pas à cette image, ni dans mon langage ni dans ma façon d'être. 

Je ne le savais pas. Je l'ai su après, comme j'ai su aussi longtemps après que j'avais bien marché. Cela m'aurait fait plaisir de le savoir ! 

Ma particularité ? Je suis sur scène la même personne que je suis à côté. Je ne me fabrique pas une image ou un personnage pour aller sur scène. 

Les gens s'y retrouvent. J'ai une approche très facile du public, ou des personnes que je rencontre dans la rue, dans le métro ou sur scène.

Si j'avais fait des concessions sur ma façon d'être, j'aurais peut-être du fric, mais ce n'est pas ma nature de faire ce genre de choses."

Son métier de chanteuse

Je suis une sorte d'artisan, une commerçante, dont je sais que le produit est bon. Ce n'est pas de la vanité. Je sais que mes chansons comptent pour des gens.
Je n'ai pas voulu devenir la chanteuse uniquement de chansons pour enfants dont le succès m'a dépassée. Une reconnaissance qui s'est faite toute seule avec le puissant soutien du monde enseignant."

La suite à écouter...

ECOUTER | Anne Sylvestre dans Radioscopie en 1978 avec Jacques Chancel : 

56 min

Anne Sylvestre au micro de Jacques Chancel en 1978

Par France Inter/INA

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