La pyramide du Louvre fête cette semaine son trentième anniversaire. En 1983, quand le projet a été lancé, certains ont vu le diable dans la pyramide. "Ieoh Ming Pei traite la cour du Louvre en annexe de Disneyland ou en résurgence du défunt Luna Park", écrit par exemple Le Monde.

La pyramide du Louvre, en 1987, deux ans avant son inauguration
La pyramide du Louvre, en 1987, deux ans avant son inauguration © AFP / PATRICK KOVARIK

"Oui ou non, est-ce qu'on peut intégrer de l'architecture contemporaine dans un musée ancien ?" : cette question, rappelée par le président du Louvre Jean-Luc Martinez, ce vendredi sur France Inter, a occupé les commentateurs pendant des années, à peu près dès l'annonce des grands travaux par François Mitterrand. "C'est un gouvernement de gauche, il y a donc eu une opposition politique : c'est d'ailleurs Le Figaro qui avait pris la tête de l'opposition au projet. Mais au-delà de cette opposition, c'était un vrai combat des anciens et des modernes", rappelle-t-il. 

Retour en 1983 : François Mitterrand lève le voile sur le projet de Grand Louvre qu'il a promis dès son élection. Le grand palais royal abrite alors, dans l'une de ses ailes, le ministère de l'Economie et des Finances. Celui-ci va libérer les lieux (et partir à Bercy), pour que le bâtiment devienne un musée à part entière. Mais pour répondre à ces ambitions, il a aussi besoin de se moderniser : le projet prévoit donc de construire une véritable entrée pour le public, mais aussi des boutiques, des lieux de vie, des réserves et des espaces techniques - et, fait non négligeable, des toilettes. 

Problème : l'architecte du lieu, l'Américain Ieoh Ming Pei, propose d'accompagner ces grands travaux d'une entrée publique en forme de geste architectural : une pyramide de verre, encadrée par des fontaines et d'autres pyramides, plus petites. "On doit donner au Nouveau Louvre un centre accueillant, généreux, lumineux, avec de l'espace. Ca peut être un dôme, un arc, un cube, mais la pyramide est le plus attirant pour l’œil", explique-t-il alors. 

"La maison des morts"

Seulement voilà : tous les commentateurs n'aiment pas la pyramide. A l'époque, un reportage d'Antenne 2 évoque "une campagne qui se développe depuis plusieurs jours, notamment dans la presse d'opposition" - comprenez le Figaro. Dans Le Figaro, de fait, on parle de "gadget pyramidal" et on multiplie les articles contre la pyramide.

Au Monde, André Fermigier, chroniqueur artistique connu pour sa plume féroce, décide de se lancer dans une bataille contre la pyramide. Sa chronique, intitulée "La Maison des morts", assène :

"Ieoh Ming Pei traite la cour du Louvre en annexe de Disneyland ou en résurgence du défunt Luna Park".

Quand André Fermigier découvre que la direction du journal a décidé d'ouvrir ses colonnes à un autre journaliste de la rédaction, favorable à la pyramide, qui écrit que ce "petit diamant" n'occupera "que le trentième de la cour", il décide de... claquer la porte ! "Qu'est-ce que tu dirais si Le Monde publiait deux colonnes contre Auschwitz et deux colonnes pour ?", dit-il, comme le raconte cet article introspéctif du Monde. Signant là sans doute un des plus puissants point Godwin de l'histoire de la presse... 

Les architectes français, de leur côté, reprochent au projet de ne pas avoir été soumis à un concours. 

De son côté, le camp pro-Pyramide n'est pas tout blanc non plus : comme le rappelait en 2017 Loïc Prigent dans sa chronique "La Brigade du Stup" sur France 2, les médias qui sont favorables à la pyramide misent sur deux aspects, d'une part la vétusté des lieux existants, d'autre part la transparence de la future pyramide qui, si l'on en croit les simulations, sera presque invisible. 

D'autres points viennent ternir le tableau, de la question très pragmatique de l'entretien de la pyramide, notamment, à la drôle d'accusation d'ériger un symbole maçonnique en plein Paris. Si les politiques opposés à la pyramide espèrent que les pétitions soient massivement signées, ils sont surtout dans l'attente d'une prise de position : celle du maire RPR de Paris de l'époque, un certain Jacques Chirac. 

Or celui-ci a fini par se ranger du côté de François Mitterrand, après avoir obtenu la construction d'un parking souterrain et... la mise en place de câbles en métal au lieu où viendra se poser la pyramide. Une solution facile pour une polémique surtout entretenue par la presse de l'époque. Aujourd'hui, trente ans après l'inauguration du lieu, la pyramide du Louvre, devenue le symbole du musée, ne voit pas sa popularité décroître. 

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