Naples
Naples © Radio France
**_Encore un tour autour de la vie_ est le troisième tome des chroniques napolitaines signées Jean-Noël Schifano chez Gallimard. Traducteur des romans d'Umberto Eco ou d'Elsa Morante, il est fondateur de la collection ["Continents noirs"](http://malijet.com/actualite-politique-au-mali/flash-info/150545-libert%C3%A9-d%E2%80%99expression-l%E2%80%99%C3%A9crivain-ousmane-diarra-menac%C3%A9-de-mort.html) chez Gallimard.**
Jean-Noel Schifano
Jean-Noel Schifano © Radio France
Jean-Noël Schifano aime la vie, les femmes, et on peut le fantasmer comme un ogre se nourrissant de Naples et de son histoire. Pour le lecteur, il la rend érudite et charnelle. Dans les années 80 il a entrepris de raconter Naples à travers ses **_Chroniques Napolitaires_** , et quelques décennies plus tard, le voici de retour. Naples aujourd'hui, Naples hier, tout lui va. Il se saisit de faits réels, d'archives et coupures de presse pour raconter, comme pour cette histoire de femme criminelle qui transforme les corps de ses victimes en savons. On est au temps du fascisme. Mais c'est l'érotisme qui semble le mieux convenir à Jean-Noël Schifano. Dans la troisième nouvelles, _Sainte Baubo_ , il raconte la vie d'une religieuse du XVIIe siècle torturée pour avoir fait "la charité charnelle", histoire croisée avec la vie de son narrateur Giannatale, qui entretient une relation amoureuse, sensuelle, et jouissive avec Elena. Cet érotisme et ce goût pour la jouissance est le point commun de la plupart de ses histoires, y compris lorsqu'il semble se désoler des pratiques non-romantiques des collégiens de Naples, appelés les enfants-douches. Il se lamente de les voir s'adonner au sexe, jeunes et sans sentiments, alors que son narrateur pourrait succomber aux charmes d'une Lolita. Et lorsqu'on lui demande pourquoi ces jeunes sont-ils si peu aimants, ce n'est pas dans le pessimisme de l'époque, la situation économique, la peur de mourir ou l'obscurantisme grandissant qu'il va chercher une réponse. Non, pour lui, s'il n'y a plus de sentiments à Naples, de romantisme, il faut chercher la raison en ce que Naples est une ville rabaissée sans cesse depuis l'unité italienne il y a 150 ans.
> Naples fait partie de ma respiration. C'est 3000 ans d'histoire en commençant par les Grecs, une ville fondée par une sirène qui a pour symbole une rose, entre deux volcans. On l'appelle la terre ballerine. Les Grecs et les espagnols ont fait cette ville; ce métissage, on ne le retrouve nulle part au monde. On a donc la passion, la camora au XVIe siècle, le sang, les constructions du vice roi de Tolède, et d'un autre côté l'ironie et l'humour des grecs. Dans cet équilibre la civilisation napolitaine a rayonné au fil des siècles. C'est la seule ville nation d'Europe, qui malheureusement s'est dégradée. La preuve en est ce que l'on appelle les enfants douches dans les collège. C'est l'objet de la première des nouvelles de ce nouveau tome, **_Encore un tour autour de la vie_** _**.**_ Ils sont victimes d'une perte de valeur. ils sont une vie sexuelle bestiale; 3 S (pour sesso en italien) sur un texto et ils se donnent des rendez-vous de sexe. Pas dérotisme pas de sentiment, pas de tension. Les filles de 12, 13 ans racontent cela comme quelque chose d'anodin. Ce phénomène, malgré ce creuset qu'est cette ville, vient du fait que les valeurs sentimentales sont dégradées par cette maudite unité italienne il y a 150 ans, qui n'est que la colonisation d'un sud riche par un nord affamé. **[Jean-Noel Schifano, Encore un tour autour de la vie, Chroniques Napolitaines III > ](http://www.gallimard.fr/Contributeurs/Jean-Noel-Schifano)**
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