Quadruple actualité pour Emmanuel Guibert. Ariol, son personnage fétiche créé avec Marc Boutavant fête ses 20 ans. Une exposition, la première du genre, lui est consacrée à l’Académie des Beaux-Arts à Paris. Un recueil de dessin de musées paraît, et un disque de musique inspiré par son ami Alan est disponible.

Détail des couvertures d'"Ariol", de "La Guerre d'Alan" et du "Photographe" d'Emmanuel Guibert
Détail des couvertures d'"Ariol", de "La Guerre d'Alan" et du "Photographe" d'Emmanuel Guibert © Bayard/L'Association/Dupuis

Le dessinateur revient pour nous sur trois de ses albums phares. 

Ariol, l'ami imaginaire

Le personnage pour enfants parait pour la première fois dans J’aime Lire. Son nom Ariol vient de « Arioul » qui veut dire âne en berbère.  

Emmanuel Guibert : "Vingt ans… Je suis heureux. Quand on fait un enfant, on espère toujours qu’il ira loin… Je me souviens d’avant sa création alors que j’étais sur une plage de Normandie, je me demandais ce que j’allais raconter. Ariol m’est venu avec ses copains, ses parents, les commerçants du quartier, les enseignants et toute la bande qui s’est enrichie au fil des années.

Quand on doit feuilletonner, il faut privilégier un sujet charnu, fertile, qui va permettre de tenir le coup assez longtemps.  

Il y a des précédents dans la BD : on discute avec un ami sur un balcon et soixante après, on parle encore d’Astérix. On ne sait jamais où ça nous mène. Tant mieux. Le feuilleton, c’est un art de la visibilité courte, ce qui est bien, vu que je suis myope ! (rire) Depuis vingt ans,  je dois rendre 10 pages tous les mois. Mon échéance, c’est le mois pour les 20 prochaines années.  

Dans Ariol, je me suis mis enfant. Mais j'ai été inspiré aussi par l’enfance de ma fille. C’est l’observation du monde comme il va. Et c’est une sorte d’arche sur laquelle grimpent toutes sortes de personnes qui me sont chères : des amis, des parents… 

Mme Aubry, qui garde Ariol, c’est le vrai nom de la dame qui me gardait quand j’étais petit. 

Je suis très sentimental, mais j’aime bien l’idée illusoire, mais rassérénante de la sauvegarde. La nostalgie est un sentiment assez actif chez moi depuis tout petit. Elle contrebalance une hantise d’oublier les choses. Les enfants fragiles aiment beaucoup Ariol. J’ai des histoires d’enfants pour qui la vie n’est pas simple qui trouvent dans ce personnage des vitamines leur permettant d’affronter certaines situations."  

Emmanuel Guibert dans l'exposition "Emmanuel Guibert, biographies dessinées" à l'Académie des Beaux-Arts à Paris en septembre 2020
Emmanuel Guibert dans l'exposition "Emmanuel Guibert, biographies dessinées" à l'Académie des Beaux-Arts à Paris en septembre 2020 © Radio France / Anne Douhaire/France Inter

Alan, l'ami inspirant 

Emmanuel Guibert a raconté l’enfance d’Alan, la guerre vécue par le jeune homme et sa relation, enfant, avec une jeune fille, Martha.  

« Alan aurait pu être mon jeune grand-père, mais c’était un ami. L’amitié recouvre beaucoup de choses. La rencontre avec lui doit beaucoup à la chance. Lors d’une promenade à l’Île de Ré, j’étais absorbé dans une discussion avec mon père. je tourne la tête à gauche et je vois ce vieux monsieur. Si je n'avais pas tourné la tête, il n’y aurait pas eu d’Alan. C’est le hasard, comme nos vies, nos naissances… Cela ne tient à rien.  

C’est un immense privilège d’avoir pu profiter de son amitié jusqu’à la toute fin. Il était heureux des livres, je crois. Il ne me le disait pas beaucoup, mais il le disait aux autres qu’il était fier.  

C’est parce que j’ai des dizaines de cassettes d'Alan que je peux continuer à écrire sur lui. Après son adolescence, le thème de mon prochain album, il y aura un livre sur son grand âge, l'époque où je l'ai connu.  

J’ai besoin de retrouver Alan parce ça me fait du bien. 

Le dessiner est le moyen que j’ai trouvé pour vivre avec son absence. Je ne fais pas ça pour m’occuper. Si je ne faisais pas ça, je ferai autre chose. Ecrire sur « mes morts » est une façon de ne pas leur lâcher la main. Et de m’assurer qu’étant présents dans ma vie et circulant par des livres, ils suscitent des amitiés de la part de gens qui ne les auront jamais rencontrés. Mais qui aujourd’hui les connaissent au point de les appeler par leur prénom. »  

Pour afficher ce contenu Youtube, vous devez accepter les cookies Publicité.

Ces cookies permettent à nos partenaires de vous proposer des publicités et des contenus personnalisés en fonction de votre navigation, de votre profil et de vos centres d'intérêt.
Gérer mes choix

Didier Lefèvre, l’ami disparu 

Dans la BD Le Photographe, Emmanuel Guibert a raconté la vie de Didier Lefèvre en insérant ses images. Pharmacien de formation, Didier Lefèvre s’est peu à peu mis à photographier les hommes au cœur des conflits pour Médecins sans frontières. Jusqu’à sa mort, en 2007, il a confié ses images à l’auteur de BD  pour sa série “Le Photographe”. 

« Pour les besoins de l’exposition à l'Académie des Beaux-Arts, j’ai dû me replonger dans la vie d’Alan et celle de Didier Lefèvre, le « héros » du Photographe. C’est très émouvant. 

C’est un regard en arrière qui secoue toujours, mais ce sont de bonnes secousses. Quand les gens vous sentent ému au détour d’un discours, quand ils vous voient la larme à l’œil, ils ont la larme à l’œil, souvent ils ont un geste de sympathie. C’est un moment où les barrières tombent. 

Tous ces livres sont en puissance, les uns dans les autres. Ils ne se ressemblent pas parce qu’ils sont consacrés à des personnes différentes. Je ne sais pas s’il y a une évolution graphique. J’ai l’impression d’être dans une maison où je peux ouvrir telle ou telle porte, avec derrière un certain type d’outils qui détermine un certain type de travail… C’est le sujet du livre, son atmosphère qui détermine le style. 

Si je vais chez Didier, avant de voir sa maison en région parisienne, je vois les montagnes d’Afghanistan… Chez Alan, je vois les contreforts de la Sierra Madre ou la Bohème occupée avec l’armée de Patton. Chez Ariol, j’ai la vue de l’immeuble de la Tramontane, la résidence où j’habitais quand j’étais petit…  

A chaque fois, je cherche comment traiter au mieux. Ce sont des jeux… Si on peut passer sa vie à jouer… C’est un privilège de se lever le matin en se demandant ce qu’on va faire et comment. C’est ce qui rend nos jobs très intéressants… » 

Aller Loin 

Pour afficher ce contenu Youtube, vous devez accepter les cookies Publicité.

Ces cookies permettent à nos partenaires de vous proposer des publicités et des contenus personnalisés en fonction de votre navigation, de votre profil et de vos centres d'intérêt.
Gérer mes choix