Les 23 Fonds régionaux d’art contemporain (FRAC) organisent un week-end de rencontres et d’événements, pour mieux se faire connaître du grand public.

Le Château de Rentilly, qui accueille le Frac Île-de-France
Le Château de Rentilly, qui accueille le Frac Île-de-France © Maxppp / IP3 Press

Tout le week-end, les Frac de toute la France ouvrent leurs portes au grand public pour des événements spéciaux, des visites et des conférences ouvertes à tous, pour “faire découvrir l’art contemporain autrement”.

Le Frac Centre, par exemple, met en place un “bureau des cadres” qui permettra d’emprunter une oeuvre… à condition de s’engager à la montrer autour de soi. Au Frac Aquitaine, c’est une création originale autour de la nouvelle grande région (“Nouvelle Aquitaine”) qui sera présentée. Quant au Frac Normandie à Caen, il permettra au public de découvrir son futur bâtiment.

Une quarantaine d’artistes sont invités pour des spectacles, des performances ou des créations originales, avec un objectif : permettre au public de “mieux s’approprier ces structures d’utilité publique”. Mais au juste, à quoi servent ces Fonds d’art contemporain ? Comment fonctionnent-ils ?

D’où viennent les Frac ?

Ils sont arrivés dans la besace du gouvernement avec les lois de décentralisation de 1982, à l’initiative de Jack Lang, alors ministre de la culture. A l’époque, “l’Etat a à cœur d’avoir des collections d’art contemporain partout en France, et que ces collections d’art contemporain soient les plus proches possibles du public, les plus interactives possibles”, raconte Abdelkader Damani, directeur du Frac Centre-Val de Loire.

Les 23 Frac qui découlent de cette initiative sont tous des associations loi 1901, à but non lucratif mais qui ont une mission de service public, résumée par Abdelkader Damani : “faire une collection et la rendre disponible à tous les publics sur un territoire”. Avec le Musée national d’art moderne (au Centre Pompidou) et le Centre national des arts plastiques (CNAP), les Frac sont la troisième collection d'art contemporain en France.

Un Frac, c’est comme un musée ?

Pas vraiment : certes, un Frac rassemble des oeuvres dans une collection et les expose, comme le font les musées. Mais la grande spécificité de ces organismes, c’est qu’une grande partie de leurs expositions sont organisées hors les murs : par exemple, actuellement le Frac Île-de-France expose ses œuvres dans les lycées de la région, et le Frac Languedoc-Roussillon, basé à Montpellier a profité de l’été pour exposer dans une église à Brissac, une commune de 620 habitants.

“La spécialité des Frac, c’est de pouvoir exposer dans n’importe quel lieu, faire en sorte que l’art contemporain soit disponible et proche du public”

La situation a légèrement changé il y a quelques années, avec l’arrivée des “Frac de nouvelle génération”, des bâtiments à l’architecture plus proche d’un musée, qui leur permettent d’organiser des expositions dans les murs. “Mais les Frac, à ce jour, gardent la main sur les expositions hors les murs”, garantit le directeur du Frac Centre.

C’est fait pour qui ?

Pour tout le monde ! Pour les amateurs d’art, il y en a pour tous les goûts, car chaque fonds possède sa propre identité : le Frac Picardie, par exemple, s’est spécialisé dans le dessin, le Frac Centre dans l’architecture, et le Frac Alsace s’intéresse de plus près aux artistes suisses et allemands. Le type de collection peut varier fortement d’un Frac à l’autre.

Et au-delà des amateurs d’art, le Frac a également une mission de médiation culturelle : des interventions à l’école, des ateliers, des conférences sont organisés pour amener le grand public à l’art contemporain. Résultat : selon un décompte de l’association Platform qui réunit les 23 Frac, en 2014 l’ensemble des établissements a reçu près de 1,7 million de visiteurs dans 88 expositions dans les murs et 462 expositions hors les murs.

Quels artistes sont dans les collections des Frac ?

Tous Frac confondus, il y a quelque 5.000 artistes différents dans ces collections régionales, et 26.000 œuvres en tout. Comme l’argent est public, acheter une oeuvre d’art ne se fait pas à la légère : “Il y a un Comité technique, proposé par le directeur au Conseil d’administration, et constitué de professionnels d’art contemporain”, explique Abdelkader Damani. “C’est ce comité technique qui apporte des propositions, étudie des dossiers que nous recevons et des suggestions de la direction artistique qui visite des ateliers, rencontre des artistes. Ce comité décide de ce qui va rentrer dans la collection, selon un champ précis validé avec le conseil d’administration”, poursuit-il.

De par leur ancrage territorial, les Frac sont proches du public… mais aussi des artistes. Selon le regroupement Platform, en 2013, 230 des 313 artistes qui sont entrés dans ces fonds étaient des “primo-bénéficiaires”, c’est-à-dire qu’ils n’étaient jamais entrés auparavant dans des collections publiques.

Les Frac font parfois de très belles affaires : aussi le Frac Aquitaine est-il aujourd’hui la seule collection publique en France à disposer d’une oeuvre de Jeff Koons, "New Hoover Convertiblaes", acquise dans les années 80. Trente ans plus tard, plus aucune institution française ne peut se payer le luxe d’acquérir un Koons : une sculpture comme “Popeye” est chiffrée 28,2 millions d’euros. Le budget annuel d’acquisitions du Centre Pompidou en 2012 était à peu près dix fois plus petit.

D’où vient l’argent pour acheter les oeuvres d’art ?

C’est de l’argent public. Les acquisitions sont co-financées par les régions (à 41% en moyenne selon l’organisme Platform) et l’Etat (via le Ministère de la Culture, à 56%). Les villes et intercommunalités investissent aussi, mais plutôt pour les coûts de fonctionnement.

Concrètement, cela signifie que ce sont en partie les impôts locaux qui financent l’action des Frac. D’où plusieurs promesses de campagnes formulées pendant les précédentes élections régionales, notamment à l’extrême-droite, promettant de réduire voire couper le financement des Frac. Mais selon les chiffres 2014 de Platform, en réalité, le coût d’un Frac est de 43 centimes d’euro par contribuable chaque année.

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