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blogcs independance descendance © christine siméone

L'exposition de La Fiancée de Vasconcelos au 104 à Paris, avec ses 25 000 tampons hygièniques formant un somptueux lustre, donne l'occasion de se demander depuis quand le tampon occupe la création artistique. Arman et Yves Klein font ici figures de pionners.

Vasconcelos,La Fiancée, 2005,détail
Vasconcelos,La Fiancée, 2005,détail © Christine Siméone

On pourrait commencer l'histoire ainsi, en pensant bien sûr aux artistes femmes qui ont brandi cet objet comme un étendard du combat féministe.

On dirait donc que tout a débuté en 1971 avec une Américaine de 33 ans nommée Judy Chicago. Elle s'est photographiée en gros plan alors qu’elle retire de son vagin un tampon tout imbibé de sang menstruel.

Judy Chicago, Red Flag, 1971
Judy Chicago, Red Flag, 1971 © mum.org

Retravaillant l’image à la façon d’Andy Warhol, elle en a fait un magnifique cliché lithographique au titre ironique : Red flag . On y voit deux cuisses écartées, entre lesquelles, émergeant d’une zone d’ombre, sort un objet d’abord difficilement identifiable : un petit pénis ? Une grosse tache rouge? Un tampon,donc.

De multiples expériences, performances, compositions ont ensuite émaillé les histoires combinées de l'art et du tampon hygiénique. Citons entre autres les femmes armées de Rustha Luna Pozzi-Escot , et notamment cette photographie de femme brandissant une mitraillette. La ceinture de balles qu’elle porte en bandoulière sur son corps dénudé est composée de tampons.

Vadis Turner, Tampon Wedding Cake, 2007
Vadis Turner, Tampon Wedding Cake, 2007 © DR

Pour Vasconcelos aussi, il est question dans La Fiancée de femme objet, de mariage, de promesse de richessse, de dot, de virginité ou pas au moment du mariage (saignera-t-elle ou pas ce soir là). Vadis Turner, avec son Wedding Cake, semble lui avoir répondu avec beaucoup moins de brio mais cette pièce n'en reste pas moins un hommage un peu ironique et tout aussi onirique.

Arman et Yves Klein, des pionners

Bref, on aurait pu donc faire commencer cette histoire de tampons au début des années 70 mais il faut en fait réviser cet a priori et remonter à 1960. Et chercher l'homme.

Arman, Condition de la femme n°1, 1960
Arman, Condition de la femme n°1, 1960 © arman-studio.com

En 1960, Arman compose une poubelle de salles de bains, accumulation de déchets dans une cage de verre sur un socle en bois de style Napoléon trois. Condition de la femme N°1 (il n'y a pas eu de suite).

Cette poubelle contient les détritus de poubelles d'Eliane Radigue,première épouse d'Arman. Qu'est ce que donc la condition de la femme? Le savoir d'Ipathia? la poésie? la musique composée par Eliane? Non, la femme dont l'artiste fait ici le portrait en creux se reconnaît au miroir brisé, vernis à ongles, dentifrice, cachets pour la migraine, boites de tampons hygiéniques et préservatifs usagés.

En tout état de cause, c'est probablement un des tous premiers tampons hygiéniques de l'histoire de l'art qui trône dans cette poubelle sur piedestal.

Un homme serait donc le premier artiste a avoir utilisé un tampon dans une oeuvre, et un autre homme, appartenant au même groupe des Nouveaux Réalistes qu'Arman, serait le premier à avoir utilisé du sang menstruel pour faire ce qui ne s'appelait pas encore une anthropométrie. (Cette tentative aurait été détruite).Il s'agit d'Yves Klein, l'homme du bleu portant désormais son nom (l'IKB)

Ce qu'il faut retenir, c'est que le tampon n’a pas l’air compatible avec la liberté d’expression et de créer. Mettre une boîte de tampons, un tampon usagé dans un dispositif créatif, même humoristique ne semble pas possible. En tout cas dans les années 90,le happening intitulé Tampax Romana par Genesis P-Orridge a créé une déflagration médiatique et des conséquences totalement disproportionnées. Jouez avec un tampon et perdez votre passeport, voilà le message à retenir, pour faire référence à l'histoire de Genesis P- Orridge.La Fiancée de Vasconcelos aujourd'hui encore est l'objet de censure à Versailles, alors que c'est une femme,Catherine Pégard, qui dirige le domainedu château.

Annelise Signoret, de la documentation de Radio France a exploré les créations visibles sur le net

Au sujet de Judy Chicago>

Cindy ShermanUntitled 263 >

Les femmes armées de Rustha Luna Pozzi-Escot> Mary Mary " oeuvre de P.-J. Speakman>

__ L'artisteVon Tayloret The Star-Tamponed Banner, un très beau drapeau américain>

Vadis TurnerTampon Wedding Cake 2007>

La Condition de la Femme n°1 d'Arman, sur le site de laTate Modern>

Joana Vasconcelos et La Fiancée,L'article du Point> Le Journal des Arts >

Le scandale de Tampax Romana> raconté dans The Independant, et par l'artiste> > Le site d’Hélène Epaud, et la série de photos intitulée "Tamponnées" > Sur les questions de Body Art et de l'utilisation du sang menstruel, notamment parYves Klein>

Le sang menstruel dans l'art contemporain>

Le sang menstruel chez les artistes femmes, article d’Emilie Bouvard (site de l’université Paris-1)> Carole Schneemann extrait de son vagin, en le déroulant, un « parchemin intérieur » (qui donne son nom, Interior Scroll , à la performance de 1975) portant des textes qu’elle lit à voix haute> Kiki Smith>

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