Arte, la chaîne culturelle européenne, est née le 30 mai 1992. Vingt-cinq ans après, une partie de ses programmes cultes sont à nouveau accessibles en replay.

Une sculpture représentant le logo de Arte, à Strasbourg
Une sculpture représentant le logo de Arte, à Strasbourg © Maxppp / Claudia Kommeier

"La naissance d'une chaîne de télévision est un événement rare, mais c'est un événement encore plus rare que celle d'une télévision de service public bi-nationale, à vocation européenne et culturelle" : c'est avec ces mots que les premiers programmes d'Arte ont été présentés à la presse en mai 1992, peu avant le lancement de la chaîne, le 30 mai.

Ce jour-là, à 17h, dans un tourbillon de lettres, de couleurs et de musique, le logo d'Arte, à l'époque rouge, bleu et jaune, apparaît sur les écrans. "La télé qui dérange" est née. Diffusée dans un premier temps sur le câble, à la place de sa prédécesseuse La Sept, elle arrive quelques semaines plus tard sur le réseau hertzien où elle occupe la cinquième chaîne laissée en jachère en avril de la même année par La Cinq. Du tout divertissement aux programmes culturels : le changement de ton est radical sur le cinquième canal hertzien.

Vingt-cinq ans plus tard, Arte est entrée dans tous les foyers (où elle est désormais reçue 24h/24 grâce à la TNT)... mais fait figure de chaîne à part, grâce à des programmes singuliers qu'on ne trouve sur aucune autre chaîne, qu'ils soient passionnants ou déroutants (et souvent les deux). Pour ses 25 ans, la chaîne rend disponible certains de ses programmes cultes : nous en avons sélectionné le meilleur mais aussi le plus étrange.

Les émissions cultes

Le dessous des cartes : Cette émission, dédiée à la géographie et à la géopolitique, est la plus ancienne de la chaîne. Elle existait même avant la naissance d'Arte sur La Sept. En 12 minutes, Jean-Christophe Victor (décédé en décembre dernier) faisait le point sur un enjeu de politique internationale, avec un seul outil : des cartes animées. En 300 émissions ont couvert toutes les zones du globe.

Les Théma et les Summer of... : Là encore, le concept des soirées thématiques, où tous les programmes sont consacrés à un même sujet, sont aussi anciennes que la chaîne elle-même, la première ayant été diffusé dès le 31 mai (elle était consacrée à Saint-Petersbourg). Depuis plusieurs années Arte décline le concept des soirées thématiques sur des étés entiers consacrés à la culture pop : "Summer of 60s", "Summer of scandal", etc.

Karambolage : L'émission franco-allemande par excellence, qui met en regard chaque dimanche depuis 2004 des éléments de la vie quotidienne de part et d'autre du Rhin. Le tout avec un ton et une esthétique uniques, imaginés par Claire Doutiaux, la patronne depuis 1998 de "L'atelier de recherche" d'Arte, spécialisé dans l'expérimentation télévisuelle.

Le monde selon Monsanto : C'est Arte qui a diffusé pour la première fois en France, en 2008, ce documentaire de Marie-Monique Robin qui met en cause les méthodes de production et de commercialisation des produits de Monsanto (connue pour vendre le Roundup ainsi que des OGM). C'est l'un des plus gros succès d'audience d'Arte avec 1,6 million de téléspectateurs, et il aura une influence notable sur le débat public, souvent cité en exemple.

P'tit Quinquin : Encore un succès d'audience pour la chaîne : la mini-série P'tit Quinquin de Bruno Dumont a rassemblé 1,3 million de téléspectateurs pour son dernier épisode, en septembre 2014. Ce programme produit par Arte est aussi un bel exemple de la stratégie de la chaîne qui a commencé elle aussi à diffuser des séries françaises et étrangères.

Tracks : On aurait pu classer Tracks dans les programmes les plus fous de la chaîne (voir ci-dessous), mais force est de reconnaître que Tracks, née en 1997, est l'une des émissions incontournables d'Arte. D'abord consacrée uniquement à la musique, elle s'est ensuite étendue à toutes les formes de contre-cultures, jusqu'aux plus étonnantes ou extrêmes. Tout est culte dans cette émission, y compris sa voix-off (celle de Chrystelle André) et son ancien générique à base de peinture verte.

Les programmes les plus fous

Arte la nuit/die nacht : C'était sans aucun doute le programme le plus étrange d'Arte, parodié par Gad Elmaleh et son "Arte, c'est la nuit". Cette émission conduite par l'Atelier expérimental de la chaîne (encore lui) donnait pour chacun de ses numéros carte blanche à un créateur, vidéaste, plasticien, musicien, qui bénéficiait alors d'un espace de totale liberté à l'antenne. Ce qui nous a permis de voir de drôles de choses, au cœur de la nuit.

La minute vieille : Le concept de ce programme court diffusé entre 2012 et 2016 tient en une ligne : une personne âgée qui raconte une blague salace, tranquillement assise sur son canapé. Rien de plus. Et pourtant, c'est irrésistible.

Bleu : Le 4 octobre 1994, Arte fait un choix radical : diffuser pendant 75 minutes un écran bleu. Du même bleu que celui des tableaux d'Yves Klein, "IKB". Il s'agit en fait du dernier film du cinéaste britannique Derek Jarman, mort quelques mois plus tôt. Si l'image reste indéfiniment bleue, le son, lui, constitue un véritable poème sonore dans lequel le réalisateur raconte sa vie de séropositif.

Body Remix : La diffusion sur Arte de ce spectacle de la chorégraphe Marie Chouinard, filmé en 2007, aurait pu passer inaperçu... si Internet n'était pas passé par là. Plusieurs extraits, riches en corps nus, en prothèses et en béquilles en ont été postés sur Youtube par des téléspectateurs qui l'ont qualifié de "Vidéo la plus étrange de l'histoire". En guise de clin d'oeil, Arte rediffuse ce spectacle devenu culte malgré lui.

Les moutons : C'est l'une des images les plus évocatrices d'Arte : ses moutons. Une longue séquence, conçue par Hélène Guétary (fille de Georges), diffusée à l'origine quand Arte cessait ses programmes, au milieu de la nuit, où des danseurs grimés en moutons jouent à saute-mouton pour vous souhaiter bonne nuit. Ces images sont devenues si populaires que la séquence est toujours diffusée occasionnellement à la télévision, et qu'elle a même fait l'objet d'une sortie en cassette vidéo en 1999. Pour la peine, on vous en offre 20 minutes.

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