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blogcshorspistes © christine siméone / christine siméone

La Petite Bibliothèque Payot réédite "Au-dessus de la mêlée", manifeste signé Romain Rolland le 15 septembre 1914 dans le Journal de Genève . Il y a quelques semaines je posais cette question dans ce blog : qui se souvient donc de Romain Rolland? Une personne a répondu "présente".

En fait, il reste aujourd'hui quelques chercheurs et une Association Romain Rolland qui s'active avec constance, sous la présidence de Martine Liégeois, pour organiser conférences et publications autour de l'oeuvre de ce grand écrivain, prix Nobel de Littérature, passionné de musique et de théâtre, et grand esprit du début du XXème siècle.

Germanophile, proche du peuple, Romain Rolland, je l'ai déjà dit, ne pouvait se résoudre à la boucherie annoncée. Il publie le mémorable texte "Au-dessus de la mêlée" puis rédige une série de tribunes, lettres ouvertes ou correspondances qui ont animé un débat acharné à l'aube de la Première Guerre Mondiale.

Romain Rolland
Romain Rolland © Radio France

En septembre 1914 donc, il se désole devant l'affrontement et la guerre annoncée, réclame que de part et d'autres de la frontière franco-allemande, on se souvienne de l'amitié entre les peuples.Pour lui, 14-18 sera une "faillite de la civilisation". Il ne peut s'y résoudre.

Pacifiste, Romain Rolland. Ce mot existe-t-il encore? Pour cette position au-dessus de la mêlée, Romain Rolland fut considéré par certains comme un traitre, et l'un de ses opposants les plus véhéments, Henri Massis, publia en réponse le pamphlet "Romain Rolland contre la France". C'est alors que fut prise la décision par l'éditeur Alfred Humblot, de rassembler dans un ouvrage tous les textes de Rolland, depuis la tribune du 15 septembre et tous les suivants sur le même sujet. C'est cet ouvrage que réédite aujourd'hui la Petite Bibliothèque Payot, anticipant les cent ans de la Première Guerre Mondiale.

La plume de Rolland est acide, parle de chefs d'Etat criminels, de vieux refrains des troupeaux, (en parlant de l'autojustification, fatalité de la guerre plus forte que la volonté). "Que chacun fasse son mea culpa ", exhorte Rolland, et remarque l'unanimité pour la guerre, de part et d'autre, "fait sans précédent" , au nom de "la raison, la foi, la poésie, la science ", toutes forces "enrégimentées " et mises à la suite des armées.

Un mois et demi après la tribune "Au-dessus de la mêlée", il attire l'attention sur le sort des prisonniers français ou allemand dans le texte "Inter Arma Caritas", inaugurant une attention aux soldats qui marquera les consciences populaires de son époque.

Avant Au-dessus de la mêlée, Romain Rolland était un auteur presque confidentiel, et en tout cas pas un intellectuel engagé, plus prompt à la contemplation qu'à l'action, comme le rappelle Christophe Prochasson dans sa préface. Aujourd'hui ces textes lui sont attachés, et il a gagné une notoriété beaucoup plus importante. Le combat intellectuel, le seul qu'il ait mené, a quelque peu éclipsé l'oeuvre littéraire et théâtrale.

On oublie Romain Rolland, on oublie la sororité de deux cultures, françaises et allemandes, comme il aurait voulu qu'on puisse la cultiver encore et encore. Il . La deuxième Guerre Mondiale, et l'avènement d'Hitler se sont installés entre temps. Aujourd'hui, France et Allemagne font semblant de se tenir la main sur le grand champ de bataille économique. Les deux nations feignent de ne pas se concurrencer, étouffent leurs disputes diplomatiques, afin que leurs enfants, français et allemands du peuple, pensent que papa et maman s'entendent encore.La guerre est loin, l'amitié est obligatoire. Mais une petite chose est née, peut-être un microscopique évènement dans le droit fil de la pensée de Rolland: une télévision, franco-allemande, Arte, petit point lumineux d'exigence culturelle.

Romain Rolland au dessus de la melee
Romain Rolland au dessus de la melee © Petite Bibliothèque Payot

Note de l'éditeur : ROMAIN ROLLAND (1866-1944), prix Nobel de littérature en 1915, grand ami de Freud et de Zweig, est l’auteur d’une oeuvre monumentale comprenant des romans, dont le fameux Jean-Christophe (prix Femina en 1905), des pièces de théâtre, des essais bien sûr, et des biographies des grands maîtres spirituels de l’Inde.

La préface et l'Introduction sont signées :Christophe Prochasson, historien spécialiste de la gauche, des intellectuels et de la Première Guerre mondiale, directeur d’études à l’EHESS et dirige, depuis 2005, les Éditions de l’EHESS.

Bernard Duchatelet, professeur émérite à l’Université de Bretagne Occidentale (Brest),président d’honneur de l’Association Romain Rolland.

L'Association Romain Rolland, présidée par Martine Liégeois>

Les oubliettes de l'Histoire>

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