Riad Sattouf
Riad Sattouf © Radio France

Riad Sattouf regarde toujours la société avec un œil amusé et critique. Dans le métro, la ligne 9, qui le mène à son atelier, il croque les jeunes en notant leurs saillies pour sa série « la vie secrète des jeunes », publiée dans « Charlie Hebdo ». Il invente aussi régulièrement les aventures d’un personnage violent et stupide dans une société ultra libérale, « Pascal Brutal ». Au cinéma, aussi, Sattouf parle de son temps. "Les beaux gosses », son premier film en 2009, brossait le portrait d'adolescents d'aujourd'hui.

Dans « l’Arabe du futur », l'auteur de 36 ans se raconte, sans passer par la fiction. C’est un retour sur soi. Voici Riad Sattouf petit garçon, voici l’histoire de sa vie. Le père est syrien, né dans un petit village près de Homs, la mère est française. Ils se rencontrent à la Sorbonne et le père, étudiant devenu professeur, va balader les siens en Lybie, en Bretagne, en Syrie... C’est passionnant. A travers des anecdotes et des épisodes de la vie familiale, c’est une histoire politique et sociologique du monde arabe qui se dessine. On suit Riad, là où il a vécu, dans une double culture, européenne et arabe, au gré des nominations de son père. C’est un gamin un peu à part, blond avec les cheveux longs, (son père trouve qu’il ressemble à B Bardot et les gamins arabes le nomment « le juif »).

Dans son regard rétrospectif, Sattouf garde l’humour qui est le sien mais décrit la vie telle qu’il l’a vécue. Que mange-t-on en Lybie dans les années 80 ? Pénuries fréquentes. Avec des tickets distribués aux familles, on reçoit des bananes, avec cet argument : « le Guide qui adore les bananes dit que c’est le fruit du peuple ». On se loge où l’on peut. Kadhafi interdit la propriété privée. Délicat, le dessinateur décrit le parfum de sa grand-mère bretonne et l’odeur de transpiration de sa grand-mère syrienne, en se souvenant que c’est cette odeur qu’il préférait. Il se rappelle les crottes dans les rues syriennes, la violence contre les animaux, ânes battus, chiots plantés par des gosses au bout d’une pique. Il n’oublie pas surtout l’embrigadement politique, le poids de la religion, la dictature. Et le discours ambigü du père, homme éclairé et laïc qui rêve d’un arabe du futur éduqué mais jette une pierre sur un bouc persuadé que l’animal, c’est Satan. Riad ouvre grand ses oreilles, il dessine tout petit déjà, notamment le visage de Pompidou et chante à tue-tête avec une copine indienne et un copain yéménite, l’hymne libyen :« Dieu est le plus grand, Dieu est au-dessus de n’importe quel agresseur ».

"L’Arabe du futur" est le premier volet d’une autobiographie savoureuse en 3 volumes. C'est aussi, même si papa Sattouf est ambigü, une déclaration d‘amour d’un fils à son père.

R Sattouf
R Sattouf © Radio France

"L'Arabe du futur", Riad Sattouf, Allary Editions.

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