Les réactions après la mort du compositeur Michel Legrand sont très nombreuses. Toutes et tous saluent son génie, son éclectisme, ses visions de précurseurs.

Michel Legrand au festival Lumière à Lyon en 2014
Michel Legrand au festival Lumière à Lyon en 2014 © AFP / JEFF PACHOUD

Le compositeur et pianiste français Michel Legrand est mort samedi à l'âge de 86 ans au terme d'une carrière couronnée de succès en France comme à Hollywood, notamment marquée par trois Oscars et la Palme d'or obtenue en 1964 à Cannes avec Jacques Demy pour Les Parapluies de Cherbourg. "La mort de Michel Legrand atteint notre famille en plein coeur (...) On a aimé voir Michel heureux dans les dernières années de sa vie et toujours en création et en concerts", a affirmé la réalisatrice Agnès Varda, pour qui Legrand a notamment composé la musique de son film Cléo de 5 à 7. Elle salue aussi "l'aventure artistique unique" partagée entre le compositeur et son mari Jacques Demy.

"Ses œuvres pouvaient être aussi riches que Wagner"

André Manoukian, musicien et producteur à France Inter :

"J’ai perdu un maître. A Boston il était considéré beaucoup plus que chez nous. Ici on est moins pointu sur la musique, aux Etats-Unis il était reconnu pour ses Oscars mais aussi pour la qualité de ses œuvres. Chacune de ses chansons est un bijou. C’était un arrangeur hors pair. C’était un immense musicien, pas assez reconnu chez nous. Ses musiques de comédies sont géniales mais quand vous étudiez une de ses œuvres vous vous rendez compte de la complexité chromatique, ça pouvait être aussi riche que Wagner. Jouez les Moulins de mon cœur, et vous allez voir la complexité". 

Stéphane Lerouge en avant-propos de l'autobiographie de Legrand :

"Comme certains dieux hindous, Michel est un être multiforme. On a l'impression qu'aucune discipline musicale ne lui résiste. Le jour où l'on fera le point sur son apport à la musique, on découvrira un créateur que la France a peut-être sous-estimé. Il y a des partitions qui sont dans notre mémoire collective, ça le rassurait, que ses musiques existent toujours au présent". 

Laurent Vallières, producteur à France Musique. 

Pour lui la mélodie est la mère supérieure de la musique. Il voulait à tout prix que la musique soit facile à fredonner pour tout le monde. Il a inventé 'l'opéra -comédie musical", avec l'idée qu'on puisse chanter les mots les plus simples. Ça inspire aujourd'hui Christophe Honoré ou Damien Chazelle".

Aventurier

Jean-Luc Choplin,  qui a rouvert le théâtre Marigny à l'automne 2018 avec la première version scénique du film Peau d'Âne  et donc retravaillé avec Michel Legrand. "Il avait un esprit d’aventurier incroyable. Un grand compositeur universel, mal connu par moment. Avec Demy ils ont inventé la comédie musicale à la française". 

Aimé à Hollywood

Philippe Labro, journaliste et écrivain :"Il y a tous les films américains pour lesquels il a reçu trois Oscars. Il a dominé la scène de la composition musicale américaine pendant de nombreuses années. La musique de l'Affaire Thomas Crown est extraordinaire. Stanley Kubrick disait que sans cette musique le film est à 50% invalide."

"Il a amené le rock'n roll en France"

André Manoukian rappelle que "Le jazz a été sa nourriture, il a commencé comme ça. C’est lui qui a ramené le rock’n roll des Etats-Unis, avec le blues du dentiste. Si vous êtes musicien mettez vous dans n’importe quelle de ses chansons et vous allez vous régaler". 

Jean-Pierre Pasqualini, membre du collège des Victoires de la musique et de l’Académie Charles-Cros.

"Question droits d'auteurs, Johnny Hallyday, à coté, c’est un enfant de cœur. Il y a trente chansons de lui [Michel Legrand] qui ont fait le tour du monde. Il était copain de Miles Davis, il inventé le rock’n roll français en 1956. Il a inventé plein de trucs. Il a été chanté par Streisand et Sinatra. En tant que compositeur c’est abyssal".

"Touche-à-tout génial

Le chef d'orchestre Jean-Claude Casadessus, l'ancien directeur musicale de l'Orchestre national de Lille rappelle que "c’était un touche à tout génial musicalement parlant".

"Il voyait tout en rose"

Vladimir Cosma, compositeur de musique de films : 

"C'était une personnalité tellement optimiste, avec une sorte de naïveté dans l'optimisme, il voyait tout en rose"

Gilles Jacob, ancien président du festival de Cannessur Twitter : 

"On le fredonnait partout. Ses notes étaient douces comme des caresses, ses parapluies nous faisaient pleurer. En nous quittant en catimini, Michel Legrand commet sa première fausse note. Musique, maestro, please."

Jack Lang, ancien ministre de la culture : "Je me souviens le jour où Macha Méril m'a dit qu'ils s'épousaient l'un l'autre avec Michel Legrand - il avait 82 ans - c'était pour nous, pour ceux qui les entendaient, un hymne à la vie, à l'amour, à l'optimisme. La leçon qu'il nous laisse est une leçon de bonheur, de joie, de jouissance de la vie".

"Il réveillait les gens"

Richard Galliano, accordéoniste.

"C’est quelqu’un qui vous donne envie de vivre. Il donnait tout, et était exigent avec lui-même et les autres. Ses colères étaient célèbres ; certains ont pris ça au premier degré, mais il y a un coté attendrissant.  Quand on passe des nuits à écrire des milliers de notes, et qu’il voyait des musiciens assoupis en arrivant en studio, il pétait les plombs ; c’est quelqu’un qui réveillait les gens"

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