Conçu presque autant comme un jeu vidéo que comme la célébration d'une vieille amitié entre deux poids lourds du domaine, le jeu d'Ubisoft est l'excellente surprise de la rentrée.

Mario et les Lapins Crétins rassemblés dans un jeu de stratégie réjouissant
Mario et les Lapins Crétins rassemblés dans un jeu de stratégie réjouissant © Ubisoft

[Chaque semaine, FranceInter.fr se penche sur un jeu vidéo qui mérite qu'on le remarque... Même si l'on n'y connait rien en jeux vidéo.]

Le projet a d'abord été une rumeur, dont on parlait en chuchotant dans le petit monde du jeu : l'impertinent Ubisoft aurait réussi à convaincre le vieux sage Nintendo de lui confier son personnage fétiche de plombier à casquette rouge. Plus intrigant encore, il aurait ajouté aux cocktails ses propres mascottes, les Lapins Crétins, et il s'agirait d'un jeu de stratégie. Sur le papier, tout cela paraissait hautement improbable... Jusqu'au dernier salon E3 à Los Angeles, où Shigeru Miyamoto (figure historique de Nintendo et créateur de Mario) et Yves Guillemot (fondateur d'Ubisoft) ont annoncé ensemble le jeu, sans surprise mais avec un enthousiasme assez communicatif.

Quelques mois plus tard, le produit fini est là. Et comme prévu, c'est un joyeux bazar : fort heureusement, le mot important, ici, c'est "joyeux".

On mélange tout et on secoue très fort

Le scénario n'est ici qu'un prétexte au cocktail : pas de longue introduction, on se retrouve rapidement propulsé dans un Royaume Champignon redécoré par les fameux Lapins, adeptes du chaos et de la blague de cour de récré. Un univers coloré de conte de fée d'un côté, une ambiance délirante et irrévérencieuse de l'autre : en terme d'univers, le résultat est à mi-chemin entre l'enfance et l'adolescence. Héros local, Mario se retrouve flanqué de deux acolytes à grandes oreilles, déguisés en personnages bien connus de son royaume, pour tenter d'empêcher une fusion totale (et catastrophique) des deux. Rien de plus classique, même si l'on saluera la direction artistique générale du jeu, beau, coloré, acidulé et globalement agréable à parcourir.

Là où le jeu surprend nettement plus, c'est sur son genre : au lieu de se tourner vers le sempiternel jeu de plate-formes, ou la suite de mini-jeux (qui ont fait le succès des deux univers), Mario + The Lapins Crétins Kingdom Battle fait un pari osé, celui du jeu de stratégie au tour par tour. À la manière d'un X-Com par exemple (une référence du genre), mais en rendant le tout aussi simple d'accès que possible. Le pire, c'est que ça marche ! En quelques combats, on parvient assez vite à élaborer des stratégies efficaces : il suffit d'être bien attentif aux explications du jeu.

La salopette bleue entre deux chaises

Ce qui fait la force du jeu (ses choix audacieux) peut aussi être vu comme une faiblesse. En parcourant les niveaux, on se demande parfois à qui il est destiné : les joueurs aguerris y trouveront certes un défi à la hauteur, mais seront peut-être rebutés par tout ce pastel et la galerie de personnages plutôt appréciés des plus jeunes. À l'inverse, ces derniers seront sans doute séduits par l'univers enchanteur, tout en butant à terme sur des combats parfois corsés. Toutefois, on se surprend vite, manette en main, à en apprécier le subtil équilibre : les lapins ne sont jamais assez "crétins" pour agacer, et le jeu jamais punitif au point de faire fuir les petits nouveaux. En bref : un enfant (assez patient) peut s'y amuser autant qu'un adulte.

Mario + The Lapins Crétins Kingdom Battle est non seulement un cocktail réussi, mais aussi un excellent jeu en soi, qui fonctionnerait sans doute aussi bien sans figures de proue prestigieuses. Il constitue une parfaite introduction à un genre majeur du jeu vidéo, tout en se payant le luxe d'offrir un contenu presque aussi riche que ses illustres aînés. On imaginait le résultat improbable, il n'est pas loin d'être incontournable.

MARIO + THE LAPINS CRÉTINS KINGDOM BATTLE - Disponible sur Nintendo Switch

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