Le philosophe Edgar Morin se bat contre les pensées simplistes et fait l'éloge des arts - notamment la IXe symphonie de Beethoven, qui le touche particulièrement.

"L'art, le grand Art, nous met en face des grands problèmes humains"
"L'art, le grand Art, nous met en face des grands problèmes humains" © Getty / Mohamad Ridzuan Abdul Rashid / EyeEm

La IXe Symphonie de Beethoven touche particulièrement le sociologue Edgar Morin. Peut-être parce que pour lui, la musique parle le langage de l'âme... Il explique :

C'est l’événement musical qui m'a le plus profondément bouleversé. Quand j'étais à la salle Gaveau et qu'ont retenti les premières mesures, mes cheveux se sont dressés sur ma tête (à l'époque j'avais des cheveux). J'ai ressenti une émotion extraordinaire. [...] Cette chose-là m'a donné une sorte de vouloir vivre, de confiance dans la vie.

L'esthétique pour comprendre le monde

Tout du long de son oeuvre, le philosophe et sociologue Edgar Morin met en garde contre la simplification, le raccourci, la réduction. Sans relâche, il explique la nécessité de la complexité pour appréhender, comprendre et, qui sait ?, résoudre les problèmes auxquels la société est confrontée.

Et pour lui, l'esthétique est la seule façon de toucher du doigt la complexité. Il l'explique au micro d'Augustin Trapenard dans Boomerang :

"Contrairement à ce qu’on pense, nous sommes plus intelligents et meilleurs, par exemple au cinéma. Quand nous voyons un film dont le personnage principal est un criminel, comme la série du Parrain, nous savons que c’est un criminel capable des pires choses, mais nous voyons en même temps que c'est un homme qui a des sentiments de frère, de père, de famille… Nous comprenons que c'est un personnage complexe.

Le sentiment nous aide à mieux comprendre. Le malheur c’est qu’une fois que nous sortons du cinéma, une fois que nous avons quitté la pièce de Shakespeare, que nous avons lu Crimes et châtiment, nous redevons normaux - et pour nous, le vagabond, le criminel, ce sont des êtres à rejeter qui n'ont aucun intérêt.

L'art, le grand Art, nous met en face des grands problèmes humains. Tout le problème de la culture ce serait d’enraciner en nous tout ce que nous avons gagné dans les Arts".

Le philosophe et sociologue Edgar Morin
Le philosophe et sociologue Edgar Morin © Getty / Eric Fougere

La complexité fait peur

Edgar Morin : "La complexité est un défi que la réalité lance à notre connaissance. Nous sommes trop habitués à séparer toutes les choses les unes des autres alors que dans la réalité elles sont mêlées."

Il précise : "Affronter la complexité ça nécessite tout un travail de changer sa façon de voir le monde. Il faut échapper à la pensée binaire qui dit "oui" ou "non", par une pensée qui dit "oui, deux idées contraires peuvent être vraies en même temps". Tout notre système d'éducation est fondé, justement, sur la volonté de simplifier, d'avoir une réalité qui obéisse à la logique - alors que la réalité ne nous obéit pas."

L'inattendu est ce qui arrive le plus souvent

Les pensées simplistes sont malheureusement les plus courantes. Avec parfois des conséquences importantes, comme dans l'élection américaine qui a vu triompher Trump au mépris de (presque) toutes les prédictions.

Edgar Morin : "La croyance naïve que, sur la foi des sondages, c’était Hillary Clinton qui allait être élue - on a donné une valeur absolue à des choses qu’on sait très provisoires et relatives, les sondages d’opinion.

On veut une certitude alors que l'inattendu est ce qui arrive le plus souvent et dès que l'inattendu arrive on essaie de l'anesthésier.

Une fois que Trump a été élu, après la surprise, on a dit : « oui c’est normal, c’est l’Amérique profonde, c’est la revanche du petit blanc, c’est la crise économique ».

On veut tout normaliser, rationaliser - alors que dans le fond, la complexité, c’est apprendre à affronter la surprise et l'inattendu".

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