Tom Hanks interprète Chesley "Sully" Sullenberger le pilote de l’US Airways qui posa son avion sur l’Hudson en 2009 et dont Clint Eastwood raconte l'histoire

Tom Hanks et Clint Eastwood
Tom Hanks et Clint Eastwood © Copyright Warner Bros. France

Le film résumé par Jérôme Garcin : Le 15 janvier 2009, à 15 h 30, Sully a posé sur l'Hudson son A320 de l'US Airways, privé de réacteurs après avoir croisé, ce qui est un peu ballot, des oies sauvages. Il a sauvé la vie de 155 personnes, passagers et membres d'équipage. Ce qui intéresse Eastwood, c'est moins l'exploit que son retentissement médiatique et toutes les questions qui vont avec, puisqu'une commission d'experts a prétendu que Sully aurait pu, aurait dû surtout, atterrir à la Guardia et que sa décision d'amérrir était un peu inconsidérée. C'est un peu le contraire du film catastrophe puisque l'action a moins d'importance que les débats qu'elle a suscités.

Xavier Leherpeur

Dès qu'il démarre son film, Clint Eastwood a conscience qu'il n'a en fait rien à raconter

On a un amerrissage qui a duré environ trois minutes, qui est un peu sensationnel. Alors pour nous le raconter on a, à peu près, les points de vue de tout le monde, y compris des mouettes qui étaient ce jour là sur l'Hudson. On a les passagers, on a Sully, on a le capitaine du bateau qui va les secourir. On a les hôtesses de l'air. Les hôtesses de l'air de devant, les hôtesses de l'air du fond. Cinq fois la même scène. D’ailleurs, ce principe de répétition, c'est le principe de Clint Eastwood depuis le début, de façon systématique. Les répétitions ne sont pas synergiques, elle n'apportent rien. Il doute. La manière dont ce personnage doute, ce sont des cauchemars récurrents, toujours le même, il se revoit le 11 septembre.

ça se termine par le procès. Après les deux premières simulations, Sully est perdant . Et puis à ce moment là, comme dans les grandes films de prétoire à l'américaine qu'on aime tant, il y a un moment de silence. Sully a cette idée formidable de dire "Oui, mais peut-être qu'il vous manque une donnée". La donnée est intégrée immédiatement. On se retape les scène de simulation. Comme par hasard, Sully en sort gagnant.

Et c'était là le vrai sujet. Pourquoi la compagnie qui a un héros, un type valeureux qui a sauvé 150 personnes de la mort s'acharne-t-elle à vouloir le faire tomber de ce piédestal. Où est la compagnie ? Où est l'explication ? Il n'y va pas Eastwood !

Tom Hanks et Aaron Eckhart
Tom Hanks et Aaron Eckhart © Warner Bros. France

Michel Ciment

C'est un film très virtuose, d'une apparente sobriété, pas du tout tape à l’œil comme beaucoup de films d'aujourd'hui

On n'a pas parlé de la maîtrise absolue de ce film, qui réussit à faire un montage non linéaire. Qui mêle trois séquences temporelles très différentes et pas du tout dans un ordre chronologique.

C'est un film qui traduit une idéologie qui est celle qu'on trouve chez Capra, chez des acteurs comme James Stewart ou Gary Cooper, c'est à dire le héro contre l'institution. C'est pour ça que je trouve que ce qui est passionnant chez Eastwood c'est la dichotomie : L'opposition radicale entre le citoyen qui opte pour Trump, c'est à dire pour ce qu'il y a de plus misogyne, de plus raciste, de plus horrible dans la société américaine et qui fait un film qui est au contraire, comme tous ses autres films, un film qui prend la défense des femmes, qui montre les noirs et les asiatiques avec sympathie, qui parle de l'injustice, qui parle des laissés pour compte. C'est à dire un homme humaniste qui tient un discours qui est le contraire.

Dans ce film, ce qui est intéressant, c'est effectivement ce Conseil National de la Sécurité des Transports qui essaie, sous la pression des compagnies d'assurance, de démolir l'action de ce pilote, pour montrer qu'il ne devait pas faire cela, pour ne pas avoir à payer des dommages et intérêts.

Le film essaie d'effacer le 11 septembre. L'acte de Sully répare l'affront qui a été fait aux Etats Unis. Je ne dis pas que c'est un chef d'oeuvre. Je dis que c'est un film de grande qualité

Sophie Avon

Clint Eastwood a un sens du récit, de la dramaturgie, du timing exceptionnel.

C'est un film que je trouve très beau, très puissant, très bouleversant. Il commence son film par un rêve, il le termine par une boutade et au milieu, il y a cet amerrissage qu'il montre plusieurs fois parce qu'en effet, ce n'est pas un film sur l'héroïsme, c'est un film sur la réparation. Et comment on répare les tragédies de l'histoire ? On les répare avec du travail bien fait. Ça peut paraître naïf, moi je trouve ça très fort. Parce que transformer un fait divers qui aurait pu être terrible, en miracle, et bien, ce ne sont pas les Dieux qui font ça aujourd'hui, ce sont les hommes. Et c'est la philosophie de Eastwood et moi je trouve ça magnifique.

Eric Neuhoff

On a doublement intérêt à mettre son portable en mode avion, parce qu'on est vraiment dans la carlingue

J'ai rarement vu un accident décrit de cette façon là. Contrairement à Xavier, j'ai trouvé ça très bien fichu. Et la construction se justifie complètement. Le fait que le procès ne dure que 3/4 d'heures ça suffit amplement.

Tom Hanks est un des plus grands acteurs américains du moment et il était étonnant que Clint Eastwood ne l'ait pas encore utilisé pour jouer ce héros qui ne veut pas en être un.

►►► (Ré)écoutez l'extrait concernant Sully et les échanges vifs entre Xavier Leherpeur et ses camarades

►►► (Ré)écoutez l'émission
Les films chroniqués : La fille de Brest |
Une vie | Ma’ Rosa | Alliés | Seul dans Berlin | L’ultimas spiaggia

Articles liés
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.