Avignon, J moins 2, et pourtant, ils sont là. Les affiches signalent leur présence. On comprend que les organisateurs ne gonflent pas les chiffres quand on voit le nombre d'affiches (d'une laideur! d'une laideur, pour la plupart, avec des gros plans de visages grimmés et déformés souvent par une mimique excessive, comme s'il fallait surligner sa présence! Venez NOUS voir, NOUS!)miraculeusement accrochées sur les fenêtres, grilles, panneaux de signalisation de la ville. 900 troupes, dans le off, sans parler des compagnies françaises et étrangères accueillies dans le In. Ils, ce sont les acteurs. Quelques noms connus, Clémentine Célarié et ses fils, Claire Nadeau dans une pièce anglaise adaptée par Besset, l'incontournable Gérard Majax, des professionnels moins médiatisés qui montent Koltés, Molière, Tenesse Williams, Rodrigo Garcia, et des centaines de débutants, des adolescents aux accents de toute la France qui sans doute ont commencé le théâtre récemment et se sont mis à rêver d'une carrière. On voit ce désir dans leur regard et dans l'énergie qu'ils mettent à trouver une place à leur affiche. Ce n'est pas que leur "steak" qu'ils défendent, c'est leur amour nouveau du théâtre, et peut-être leur vocation d'artiste qui vient de naître et les étonne encore. Combien seront vus? Combien vivront de leur art? Pensent-ils que la déception et le découragement sont deux données possibles? Que le chômage ne demande qu'à les rattraper? En début de ce festival qui vit depuis soixante ans, on s'en veut de raisonner comme doivent le faire leurs parents! Pourtant cet acte traditionnel de l'affichage sauvage fait naître ce sentiment confus : à la fois, une admiration pour cette énergie là, et un sentiment d'inquiétude. Avignon est un miracle mais aussi une foire ignoble. Petit miracle économique pour ceux qui les accueille, mais pour ceux qui s'y donnent sans compter, une loterie terrifiante. Dimanche dernier, je déjeunais avec un couple de comédiens d'environ 55 ans. Sans jamais décrocher de premiers rôles, ils ont connu tout de même Avignon, le in et le off, le cinéma, la télé, les séries à succès. Aujourd'hui, leur téléphone ne sonne plus. Ils se refusent à appeler, par "dignité et par orgueil" avouent-ils. Mais ils n'ont pas gagné un seul euro depuis plus d'un an. Que leur dire? Comment les aider, les conseiller? Rien trouvé qui les aide... Juste l'envie de les rassurer, et de leur rappeler que les métiers d'acteur et d'écrivain restent pour moi les plus beaux. Un texte et des acteurs, c'est ce qui fait qu'on aime le théâtre et qu'on y retourne, malgré l'ennui qu'il dégage trop souvent, non?

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.