Invité dans l'émission "La Tête au carré" consacrée aux autopsies des morts célèbres, Philippe Charlier, médecin légiste, archéo-anthropologue et "paléopathologiste" revient sur deux de nos grands écrivains nationaux, ou plutôt sur la fin de leur vie : Emile Zola et Honoré de Balzac.

Emile Zola et Honoré de Balzac
Emile Zola et Honoré de Balzac © Getty / Bettmann (Zola) et Apic (Balzac)

Dans ces deux cas présentés, le médecin légiste a pratiqué la "pathographie", il s'agit de s'intéresser aux écrits et aux témoignages d'époque qui portent sur la vie, la maladie (et la mort) des morts célèbres. Reconstituer les derniers moments physiques et psychologiques devient donc moins sujet à caution car ils sont rapportés par des témoignages multiples. Avec l'exemple de ces deux écrivains, Philippe Charlier donne une autre dimension aux archives que l'on garde précieusement. Elles deviennent témoignages, chroniques, donnent une vision subjective des événements mais permettent de pallier l'absence de corps ou de preuves tangibles. 

Et le café emporta Honoré de Balzac

L'entretien commence avec la diffusion d'un extrait d'une mini-série réalisée par Josée Dayan et consacrée à Balzac, Balzac. Le célèbre écrivain y est joué par Gérard Depardieu. Ce qui fait réagir Philippe Charlier qui compare ainsi les breuvages préférés des deux hommes. 

Honoré de Balzac était visiblement caféinomane, accro à la caféine. 

Philippe Charlier explique qu'il n'a pas eu accès directement au corps de l'écrivain. Néanmoins, il explique s'être basé sur des documents médicaux contemporains, qui montrait "l'altération profonde et progressive de l’état physiologique du patient au fur et à mesure de sa consommation de café", mais également "le développement d’une insuffisance cardiaque liée à la [consommation de] caféine, à une néphropathie [une atteinte des reins], des œdèmes qui s’installent au fur et à mesure et une défaillance multi-viscérale". 

Tous les organes ont donc cédé les uns après les autres jusqu’à l’agonie finale le matin du 18 août 1850 et la mort de l'écrivain, le soir du même jour.

Victor Hugo a chroniqué les derniers instants de l'écrivain dans Oeuvres inédites de Victor Hugo. Choses vues et fut son dernier visiteur :

Je redescendis, emportant dans ma pensée cette figure livide ; en traversant le salon, je retrouverai le buste immobile, impassible, altier et rayonnant vaguement, et je comparai la mort à l'immortalité. [...] Il mourut dans la nuit. Il avait cinquante et un ans.

Il s'agit de conclusions médicales qui peuvent être approfondies avec l'étude du corps. Mais que faire lorsqu'on ne l'a pas sous la main ? Et surtout quand les conclusions ne sont pas complètes ? 

Emile Zola, meurtre ou accident ?

Le cas d'Emile Zola est intéressant. Philippe Charlier insiste sur la mort de l'écrivain en disant qu'il est mort d'une intoxication aiguë au monoxyde de carbone, mais il précise également "on ne sait pas si c’est accidentel ou criminel". 

Rappelons que l'écrivain est mort dans la nuit du 28 au 29 septembre 1902, à son domicile au 21 bis, rue de Bruxelles, dans le 9ème arrondissement de Paris.

Le médecin légiste revient sur les faits en expliquant que le tuyau d’évacuation d'un poêle de la maison avait été bouché, il y avait eu des travaux peu de temps avant. Son épouse a été atteinte, le petit chien du couple qui dormait dans la même chambre a été touché et est mort mais l’épouse a survécu. Emile Zola n'a pas survécu à cette intoxication sévère. 

Philippe Charlier explique avoir travaillé sur des archives conservées dans les archives de Préfecture de police de Paris avec des comptes-rendus médicaux, des examens par des experts, des témoignages et des auditions jusqu’à l’ouvrier qui avait réparé le poêle. 

Le médecin légiste s'en tient aux faits durant l'émission. Car la mort de Zola a été sujette à polémique durant longtemps : ses engagements politiques et militantes pouvaient en faire une cible potentielle. Une instruction a été ouverte dès le matin du 29 septembre, à la découverte du corps par les domestiques du couple. 

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