Barbet Schroeder, réalisateur et producteur suisse était chez Augustin Trapenard ce matin. On y a parlé haine et traumatisme d’enfance.

Photo "Bambi" Walt Disney, 1942 de David D. Hand
Photo "Bambi" Walt Disney, 1942 de David D. Hand © Walt Disney Pictures

Barbet Schroeder a côtoyé de grandes figures du 7ème art comme Jean-Luc Godard, Henri Langlois ou Eric Rohmer avant d’en devenir un. Il fonde sa maison de production « Les films du Losange » à 22 ans avec Eric Rohmer, réalise son premier film More en 1969 et ne s’est jamais arrêté depuis. Le coffret DVD Barbet Schroeder, Un regard sur le monde, ainsi que The Charles Bukowski Tapes viennent de paraitre. Le centre Pompidou lui offre également une rétrospective. Il était donc normal qu’Augustin Trapenard se charge de lui aujourd’hui.

Né à Téhéran, Barbet Schroeder a grandi en Colombie, à Caracas. Sa famille est ensuite venue en France pour ses études. Il confie à Augustin Trapenard ce qu’il a vécu en France : une exclusion scolaire mais également une sidération lorsqu’il a vu des enfants et adolescents crier « du sang » lors de bagarres qui éclataient en cours d’école. Ayant vu de la violence enfant, il a mal supporté cela. On peut replacer alors dans cette enfance la vision de Bambi des studios Walt Disney, comme importante et fondatrice de la cinéphilie du mal de Barbet Schroeder.

Malheureusement la haine est devenue à la mode.

La haine a torturé Augustin Trapenard ce matin. Il est vrai que la haine a fait parler d’elle ces derniers temps : les anti-Le Pen n’ont-ils pas appelé à voter contre la haine ? La haine, c’est quelque chose de violent. On le voit rien que dans le mot-même : « haine », avec ce « h » aspiré qui oblige à projeter l’air de la bouche et en fin de mot, ce « aine », comme un accent terne, comme une syllabe abrupte. Le mot semble se tenir seule, il ne mérite même pas un point, car il dit tout. On ne veut pas de l’autre : on le nie comme on se nie soi-même…

Le mal est quelque chose qui peut avoir un aspect très anodin, et qui peut très bien se déguiser sous une bonne humeur, une gentillesse et il faut, c’est ce que j’ai pensé à voyant Amin Dada, il faut que les gens se rendent compte que le mal peut avoir une face très attrayante, très charmante et qu’il faut réfléchir et pas se laisser prendre.

Le mal est complexe, compliqué à concevoir et à comprendre. Barbet Schroeder a analysé les tréfonds de l’âme humaine et fait des gros plans du mal durant sa carrière cinématographique notamment dans Le Mystère von Bülow (1990), La Vierge des tueurs (2000), Calculs meurtriers (2002) ou More (1969). Barbet Schroeder a travaillé tout au long de sa vie sur la haine, le mal, le mauvais dans l’homme, en tournant des fictions, mais également des documentaires, proches de la réalité. La haine, sous sa caméra, devient un moyen d’approcher l’humain, et l’amour un moyen de faire disparaitre la haine. Chaque humain porte une part de haine. Pour Barbet Schroeder, cette haine a été dissoute dans le bouddhisme.

Il a consacré une partie de sa vie et de son art à l’élaboration d’une trilogie du mal, contenant trois films : Général Idi Amin Dada : Autoportrait (1974), L'Avocat de la terreur (2007), césarisé en 2008, et Le Vénérable W (2017). Ce dernier film va être présenté au Festival de Cannes en séance spéciale. Cette fascination pour le mal aurait-elle une source dans son enfance ..?

Carte Blanche : Bambi, David D. Hand (Studios Walt Disney), 1942

Augustin Trapenard a poussé le vice jusqu’à passer le passage de la mort de la maman de Bambi, choisi pour sa carte blanche par Barbet Schroeder. La musique lorsque le chasseur commence sa poursuite, l’apogée des violons et le tir final qui vient à bout de la biche, alors que Bambi continue de courir pour échapper à la mort est encore saisissant... On y entend également la recherche, les pleurs du faon et la sentence du père.

Ta mère ne pourra plus jamais être auprès de toi.

N’a-t-on pas tous (ou presque, ceux qui ont ri, asseyez-vous !) pleuré quand le chasseur tue la maman de Bambi ?

Le lien entre la question du mal et Bambi parait peut-être douteux, mais la cinéphilie de Barbet Schroeder devrait être une solution.

Il a vu le film petit à Caracas en Colombie et en est sorti traumatisé. Si la plupart d’entre nous, nous souvenons du film et rions de notre propre traumatisme, certains pleurent encore la mort de la mère de Bambi. Barbet Schroeder analyse cinématographiquement les plans qui précèdent la scène que l’on a entendu : si le film se place du point de vue de Bambi et de sa famille, certains plans avant la scène de mort appartiennent à un point de vue extérieure, qui est celui du chasseur qui guette les deux animaux pour les tuer. Ainsi, le mal a un point de vue, mais pas de visage, il a une action possible et meurtrière mais on ne le voit pas.

En découvrant qu’il n’avait pas été le seul à avoir souffert à la vue de la mort de la mère de Bambi, il a été voir sa propre mère qui lui a avoué avoir appris que le film n’était pas forcément pour les enfants mais qu’elle avait rencontré l’auteur du livre (le film en est une adaptation) Félix Salten, à Zurich. Celui-ci a écrit Bambi, l’histoire d’une vie dans les bois en 1923. Il connait le succès à l’époque pour ce roman.

On dit merci à Barbet Schroeder :

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