En pleine France post-attentats, un gendarme d'un village du Vercors s’ennuie jusqu’à ce qu’un artiste parisien s’installe avec sa fille… L’auteur de "Polina" et de "La couleur du chlore" s’allie à un scénariste de talent pour livrer un polar sur fond d’actualité.

"14 juillet" de Bastien Vivès et Martin Quenehen
"14 juillet" de Bastien Vivès et Martin Quenehen © Casterman

Il s’appelle Jimmy. Il n’a pas trente ans et est gendarme en Isère. Baraqué, sportif, il est avide d’action. Problème : dans ces montagnes, à part des plantations de haschich ou des jeunettes qui prennent en photo la gendarmerie, il n’y a pas grand-chose à se mettre sous la dent… Jusqu’au jour où un peintre, Vincent, et sa fille Lisa s’installent dans les parages. Ils quittent la région parisienne pour un lieu sûr : la mère de Lisa a été tuée dans un attentat. Ils sont perturbés. Disponible, curieux, un brin paranoïaque et attiré par la jeune fille, Jimmy va s’intéresser à ce duo endeuillé, désespéré, et animé par le désir de faire justice lui-même.

14 juillet est né de la rencontre du dessinateur Bastien Vivès et du scénariste Martin Quenehen dont c’est la première participation à une BD. L’un voulait parler police, et autorité. L’autre voulait s’emparer du sujet des attentats à travers un trio improbable sur fond de montagne. De cette divergence d’objectifs est née l’ambiguïté du récit. De simple polar, 14 juillet évolue vers une histoire plus subtile qu’il n’y parait pour interroger la construction du héros moyen, le désir de vengeance, le deuil… L’atmosphère oscille entre action, mystère et drame psychologique.

Les personnages, très incarnés, sont parfaitement tenus, tout comme leurs relations à travers de subtils jeux de regards. Pour le personnage de Vincent, Bastien Vivès s’est inspiré de Michel Houellebecq, ce qui donne un côté fragile à ce personnage que l’on veut immédiatement aider. Son dessin minimaliste s’est enrichi de décors et s’est assagi. Une réussite.

Détail d'une planche de "14 juillet" de Bastien Vivès et Martin Quenehen
Détail d'une planche de "14 juillet" de Bastien Vivès et Martin Quenehen / Casterman

Martin Quenehen : "Il y a un côté sismique dans cette BD…"

La nécessité d’écrire sur les attentats

MARTIN QUENEHEN : "Après les attentats, il y avait une sorte de nécessité. Je ne me voyais pas ne rien faire. J’ai eu l’idée de ce père et de sa fille qui quittent Paris pour un endroit sûr. J’ai choisi de poser l’histoire dans les montagnes pour l’aspect fantasmatique et spectaculaire, intéressant pour le récit.

Des personnages un peu paumés

Il y a un côté sismique dans cette BD… Il y a des secousses qui vont crescendo, comme dans ce monde. Jimmy vient de perdre son père, et il a un fort désir d’ascension sociale… C’est un moment-clef de son histoire. Ce gendarme perçoit toute la rumeur et la violence du monde depuis son village. Il est fébrile, on le sent attiré, il est pris dans ses contradictions : être protecteur ou autre chose… J'aimais beaucoup l'idée que, sous l'armure, il soit extrêmement sensible. Les jeux de désir sont passionnants.

Le désir de vengeance

Se faire justice soi-même est commun dans la fiction américaine alors qu’en France, c’est scandaleux voire tabou. 

On part ici du principe que toute la construction, notamment politique, toute l'histoire de France, est une histoire où où l'Etat et l'individu trouvent à se parler, où la Constitution vient organiser la société. On voudrait donc, y compris jusqu'à aujourd'hui, que les accès de vengeance personnelle n'ont pas lieu d'être en France. Il y a très peu d'homicides par armes à feu par rapport à d'autres pays du monde.

Malheureusement, quand on lève le voile, on découvre qu'il y a beaucoup de violence interpersonnelle et, surtout, que l’édifice républicain a tendance à se fissurer. Il y a des gens qui crient vengeance. Nous laissons l’interprétation ouverte pour les motivations de nos personnages.

Détail d'une planche de "14 juillet" de Bastien Vivès et Martin Quenehen
Détail d'une planche de "14 juillet" de Bastien Vivès et Martin Quenehen / Casterman

Le talent de Bastien Vivès

Bastien Vivès est pour moi un extraordinaire dessinateur de l’inattendu, c’est le Hugo Pratt d’aujourd’hui. _14 juille_t était à l'origine un polar, mais il l’a ramené à sa façon vers quelque chose de plus naturaliste, un courant que j’aime beaucoup. Ce dessinateur a ce talent de faire surgir de la banalité ce qu’il y a de plus sensible, de plus invisible, d’imperceptible, et de plus fort."

Bastien Vivès : Comment j’ai dessiné "14 juillet" ?

Découvrez en avant-première quelques pages de "14 juillet" de Bastien Vivès et Martin Quenehen

14 juillet de Bastien Vivès et Martin Quenehen est paru chez Casterman

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