Une impressionnante exposition à Lyon rend hommage au travail ethnologique du dessinateur en présentant des originaux et des agrandissements de détails des albums de Corto Maltese en regard d’objets tirés des collections du musée. Une belle immersion dans l’univers de Pratt.

Détail de l'affiche de l'exposition "Hugo Pratt, lignes d'horizon"
Détail de l'affiche de l'exposition "Hugo Pratt, lignes d'horizon" © Corto Maltese/Hugo Pratt/Musée des confluences

Comment se nourrit l’imaginaire d’un artiste ? L’alchimie de la création artistique reste souvent mystérieuse. Mais la confrontation d’objets du monde entier (armes, masques, bijoux, parures, pirogue, vêtements d'époque, scaphandrier… soit 94 en tout) qui ont inspirés Hugo Pratt, avec son œuvre (130 planches exposées au Musées des Confluences à Lyon), donne quelques pistes. 

Derrière une petite allée formée d’authentiques voiles de bateau, le visage de Corto Maltese. L’aventurier voyageur, inspiré par les traits de Burt Lancaster dans Le Roi des îles (1954) apparaît pour la première fois dans Sergent Kirk en 1967. Il devient le héros d’une bande dessinée dans l'album La Ballade de la mer salée en 1975, début d’une longue série de récits d’aventures qui se déroulent entre 1904 et 1925 et mènent le marin de l’Océanie aux Amériques en passant par l'Afrique.

Ces vis-à-vis d’objets en face de leur reproduction dans les cases agrandies mettent en évidence les méthodes de travail d’Hugo Pratt. À la manière d’un Tardi dans sa reconstitution de la Première Guerre mondiale, on découvre un souci de la précision des objets présents dans les histoires, et des motifs qui deviennent plus que des éléments de décor. 

Dans l'exposition Hugo Pratt ligne d'horizon au Musée des confluences
Dans l'exposition Hugo Pratt ligne d'horizon au Musée des confluences / Bertrand Stofleth/Musée des confluences

Surtout, comme le rappelle Patrizia Zanotti, l'ancienne coloriste de Pratt et responsable de son œuvre aujourd’hui, Corto Maltese est la synthèse de son auteur jusque dans son goût pour le nomadisme. 

L’univers géographique imaginaire d’Hugo Pratt vient de son imagination, et de ses lectures (Jules Verne que lui racontait son père en français quand il était enfant, L’Île au trésor de Stevenson qu’il va continuer à lire, adulte). 

Mais les destinations choisies par le héros sont aussi liées à la vie de son créateur. Corto Maltese, comme Pratt, voyagera en Europe (Venise, la Suisse…), ira en Argentine, au Moyen Orient, en Amérique centrale (Mexique) et du Nord…

Hugo Pratt : « Le dessin, la bande dessinée, c’est huit secondes d’intuition et huit heures de travail »

Corto Maltese dans l exposition Hugo Pratt lignes d'horizon
Corto Maltese dans l exposition Hugo Pratt lignes d'horizon © Radio France / AD/France Inter

"Hugo Pratt voyageait au départ pour trouver des ambiances, mais ensuite il partait à la recherche de documentation pour nourrir son œuvre. On oublie qu’à l’époque, il fallait se déplacer pour obtenir des livres de références, des catalogues de musées. Quand il voyageait il se rendait souvent dans les librairies, à la recherche, par exemple, de récits de voyages de la fin du XXe siècle pour s’imprégner des gravures et nourrir son dessin. Il n’avait pas de méthode fixe de travail. Il pouvait dessiner le matin, ou en voyage, et n’était pas vraiment régulier. Mais il travaillait beaucoup : il a énormément dessiné, parce que comme il le disait : "le dessin, c’est 8 secondes d’intuition et huit heures de travail."

Ecouter Patrizia Zanotti, l'ancienne coloriste de Pratt, directrice générale de Cong, et responsable de son œuvre aujourd’hui, co-commissaire de l'exposition :  : 

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Patrizia Zanotti sur le voyage

Par France Inter
Le scaphandrier d'Hugo Pratt dans l'exposition au Musée des confluences à Lyon
Le scaphandrier d'Hugo Pratt dans l'exposition au Musée des confluences à Lyon © Radio France / AD/France Inter

Hugo Pratt n’était pas un collectionneur d’objets

Ecouter Patrizia Zanotti :

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Hugo Pratt et les objets

Par France Inter
 Reproduction d’une tête colossale, d’après un original datant de 900 - 400 av. J.-C. - Amérique précolombienne, Mexique, culture olmèque, ds l'exposition Hugo Pratt, lignes d'horizon à Lyon
Reproduction d’une tête colossale, d’après un original datant de 900 - 400 av. J.-C. - Amérique précolombienne, Mexique, culture olmèque, ds l'exposition Hugo Pratt, lignes d'horizon à Lyon © Radio France / Anne Douhaire/France Inter

Hugo Pratt est toujours retourné sur les lieux de sa formation intellectuelle

Ecouter Patrizia Zanotti :

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Les lieux de Corto

Par France Inter

Hugo Pratt avait une bibliothèque de travail de plus de 30 000 livres dont des catalogues de musées

Ecouter Yoann Cormier, chef de projet de l’exposition, commenter le rapport entre la pirogue ci-dessous et la planche de Corto Maltese :

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Yoann Cormier sur l'exposition Hugo Pratt au Musée des confluences à Lyon

Par France Inter
 Modèle réduit de pirogue double, vëkêkaré (19e s.- Nouvelle-Calédonie, île des Pins) Dépôt des Œuvres pontificales missionnaires de Lyon, dans l'exposition Hugo Pratt, lignes d'horizon
Modèle réduit de pirogue double, vëkêkaré (19e s.- Nouvelle-Calédonie, île des Pins) Dépôt des Œuvres pontificales missionnaires de Lyon, dans l'exposition Hugo Pratt, lignes d'horizon / Olivier Garcin - musée des Confluences

Aller plus loin 

►►► "Hugo Pratt, lignes d'horizons" à voir au Musée des Confluences à Lyon jusqu'au 24 mars 2019 

Regarder la bande-annonce de l'exposition : 

Les aventures de Corto Maltese sont publiées chez Casterman chez qui reparaît Tinconderoga d’Hugo Pratt et Hector Oesterheld : dans la droite ligne du Dernier des Mohicans, un album charnière pour Hugo Pratt, une saga historique faite de flash-backs où le narrateur, le vieux Caleb Lee, se remémore les péripéties vécues avec Ticonderoga.

Lire aussi : Hugo Pratt, lignes d'horizons, catalogue au format original ( Leporello, ou livre-accordéon), de l'exposition, paru chez Courtes et longues.

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