Le Centre Wallonie-Bruxelles présente jusqu'à l'automne 140 originaux du dessinateur de "Johan et Pirlouit" et des "Schtroumpfs" - plus connus dans le monde que "Tintin" et "Astérix" !

Schtroumpf lors de la sortie du film en Allemagne
Schtroumpf lors de la sortie du film en Allemagne © Getty / Isa Foltin

Oubliez les millions de produits dérivés des Schtroumpfs (qui fêtent leurs 60 ans cette année) et les dessins animés de piètre qualité produits au kilomètre. Au Centre Wallonie-Bruxelles à Paris, une exposition de 140 planches originales exceptionnellement sorties des trésors de la famille de Peyo, permet de redécouvrir le dessinateur, le grand raconteur d’histoire et le créateur d’un univers mondialement connu.

D’où viennent les Schtroumpfs ?

Peyo en 1983
Peyo en 1983 © Getty / Eric Préau/Sygma

Réponses avec Hugues Dayet, l’un des commissaires de l'exposition :

Le Schtroumpf apparaît dans une histoire de Johan et Pirlouit : La flûte à six Schtroumpfs (parue en 1958 dans Spirou puis en album en 1960). Peyo (pseudonyme de Pierre Culliford) a l’idée d’une flûte enchantée : quand on en joue, les personnes se mettent à danser de manière inconsidérée jusqu’à épuisement. Peyo, c’est le roi des renversements des clichés. Il utilise des a priori populaires pour mieux en prendre le contre-pied.

Ainsi, le créateur de cette flûte magique n'est pas un vieux mage ou un sorcier, mais des petits personnages qui doivent se mettre tous ensemble pour couper un tronc gigantesque à partir duquel ils vont fabriquer l’instrument. Pour ne pas être accusé de plagier Blanche Neige, les Schtroumpfs ne sont pas des nains, mais des lutins, et leur couleur de peau n'a rien d'humain. 

Pour la couleur, avec son épouse Nine, Peyo a procédé par élimination

Schtroumpfs récemment apparus dans Johan et Pirlouit. Dessin de Péyo présenté dans l'exposition du centre Wallonie-Bruxelles
Schtroumpfs récemment apparus dans Johan et Pirlouit. Dessin de Péyo présenté dans l'exposition du centre Wallonie-Bruxelles / AD/France Inter

Ces personnages ne pouvaient pas être verts, on les aurait confondus avec le feuillage ; ils ne pouvaient pas être jaunes ou noirs pour ne pas être dans une représentation caricaturale des Asiatiques ou des Africains ; ils ne pouvaient pas être rouges, on les aurait crus toujours en colère. Restait le bleu... 

Le nom « schtroumpf » vient d’un gag que Peyo a souvent raconté

Six mois avant la création des personnages, il est en vacances en famille avec son ami le dessinateur Franquin. A table, il ne se rappelle plus du mot "salière", et dit : « passe-moi le Schtroumpf », ce à quoi le père de Gaston Lagaffe aurait répondu « Je vais te le schtroumpfer »… Très vite le schtroumpf devient un langage. C’est la conjonction du dessin et du néologisme qui va faire le succès immédiat de ces personnages : cent petits bonhommes bleus âgés de 100 ans dirigés par un grand Schtroumpf de 542 ans !

Planches des mini-récits des Schtroumpfs de Peyo
Planches des mini-récits des Schtroumpfs de Peyo © Radio France / AD/France Inter

Les Schtroumpfs n’apparaissent que dans quelques pages de Johan et Pirlouit publiées dans Spirou. Une fois parue en album, l’histoire devient « La flute à six Schtroumpfs ». Quelques temps après, les Schtroumpfs sont publiés en mini-récits sur une idée d’Yvan Delporte. Des mini-albums sont alors confectionnés par les lecteurs eux-mêmes à coup de ciseaux et d’agrafes. Les Schtroumpfs sont donc un des premiers spin-off (histoire dérivée) de la BD. Des personnages de fantaisie, vivant dans une époque intemporelle ce qui leur permet de bien vieillir.

Que voit-on dans l’exposition Peyo ? 

L'une des premières planches de "Johan et Pirlouit" dans lesquelles apparaissent des Schtroumpfs présentée dans l'exposition Peyo au centre Wallonie-Bruxelles à Paris en mai 2018
L'une des premières planches de "Johan et Pirlouit" dans lesquelles apparaissent des Schtroumpfs présentée dans l'exposition Peyo au centre Wallonie-Bruxelles à Paris en mai 2018 © Radio France / AD/France Inter

En quatre parties, on mesure le parcours du dessinateur. Sa jeunesse marquée par la guerre, et l’appauvrissement de sa famille. La construction de sa culture graphique sous influences de Disney et Milton Caniff. Sa formation de dessinateur marquée par les encouragements de Franquin qui lui fait faire d’incroyables progrès. La création de Johan et Pirlouit, et des Schtroumpfs, qui instantanément vont exciter l’appétit des publicitaires et des studios de cinéma. La quatrième partie, enfin, revient sur Peyo chef de studio, quand il dirigeait la production des multiples épisodes de la série animée des Schtroumpfs. L’exposition s’arrête à la mort du dessinateur en 1992.

Annonce dans Spirou de Johan de Peyo
Annonce dans Spirou de Johan de Peyo / Exposition Peyo centre Wallonie-Bruxelles à Paris en 2018

Peyo, des chiffres qui donnent le tournis 

  • 35 millions de livres vendus dans le monde - le 36e album Les Schtroumpfs et le dragon du lac est paru le 2 mars 2018
  • Traduits en 54 langues – dans 90 pays
  • taux de notoriété des Schtroumpfs dans le monde : 95 % 
  • 9 saisons (272 épisodes) de la série TV, 3 films sortis au cinéma (plus d'1 milliard de revenus pour les 3 films) 
  • 700 partenaires qui développent les produits dérivés (vêtements, alimentation, jouets, etc.) 
  • 100 millions de figurines déjà vendues 
  • 60 000 tonnes de bonbons Haribo Schtroumpfs vendus chaque année

►►► L’exposition Peyo au Centre Wallonie Bruxelles (en face du centre Pompidou) jusqu’au 28 octobre 

Planche 18 du "Schtroumpfissime" de Peyo  paru en 1965
Planche 18 du "Schtroumpfissime" de Peyo paru en 1965 / Exposition Peyo au Centre Wallonie-Bruxelles à Paris en 2018
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