Le dessinateur de « Come Prima » (Prix Angoulême 2014) signe une douce comédie qui débouche sur une histoire d’amour, sur fond de magnifique parc italien.

Détail de la couverture de "Senso" d'Alfred
Détail de la couverture de "Senso" d'Alfred © Délcourt

Senso aurait pu s’appeler "Soirée d’un homme au bord de la crise de nerfs", tant les imprévus se succèdent dans cette farce. Cela commence, et c’est la première fois chez Alfred, par une scène muette de sensualité avec les corps mêlés d’un couple. 

Ce moment délicat fait place à l’énervement de Germano Mastorna. Par une chaude journée d’été, ce voyageur descend de son train, et apprend qu’il n’a pas de chambre d’hôtel. Et pas de chance, ce soir, tout est réservé pour un mariage qui va avoir lieu au même endroit…

Détail d'une planche de "Senso" d'Alfred
Détail d'une planche de "Senso" d'Alfred / Delcourt

Et rien ne s'arrange

Germano n'est pas au bout de ses peines : il se fait voler son sac, le marié se trouve être un ancien camarade de classe qu’il n’avait pas forcément envie de revoir, et un homme ivre lui demande d’être son partenaire pour répéter une scène de rupture… Mais alors que la nuit tombe, Germano rencontre Elena.

Unité de temps, unité de lieu, unité de personnages: Alfred respecte les règles de la Comedia dell Arte. Le théâtre quasi-burlesque, dont il est familier - ses parents étaient comédiens, et il dessinait ce qui se passait sur scène pendant leurs répétitions…

Le dessin d’Alfred a changé. Il est plus « lâché ». Il est parti d’une envie de dessiner les décors d’un parc en Italie pour écrire son histoire. Et il a laissé un peu faire. Une technique un peu risquée, qui, dans son dessin comme dans le récit, laisse place à l’accident, à l’imprévu qui fait dévier l’histoire… Mais qui fonctionne ici. Ses croquis de la nature et des vestiges, la nuit, restent poétiques et très évocateurs. 

Planche de "Senso" d'Alfred
Planche de "Senso" d'Alfred / Delcourt

Comment dessiner "Senso", la leçon de dessin d'Alfred

"Le premier personnage auquel j’ai pensé quand j’ai voulu faire « Senso », c’était le décor. Cela partait d'une envie de dessiner ce parc. Un parc sans frontière, ni limite qui va grandir au fur et à mesure que lui avance… J'ai chercher à représenter la végétation, à représenter la nature, à jouer avec les différents outils qui me permettraient de raconter les différents temps de cette nuit que les personnages vont passer à l’intérieur de ce parc. 

Comment j'allais m'y prendre ? 

La réponse, je l’ai trouvée bêtement en ne m’interdisant rien. 

En me disant que le meilleur moyen pour moi, pour représenter ce que je voulais, c’était de pouvoir changer d’outil en cours de route en fonction de ce que j’avais besoin de dire, de raconter, ou de représenter. C’était par exemple, prendre le dos du pinceau et jouer avec ça. Jouer avec ce que j’avais sous la main, puisqu’il met arrivé de me servir d’un morceau de bois pour représenter des éléments alors que je n’avais pas forcément prévu de faire ça. 

Donc, le premier élément, ça a été de trouver comment dessiner ces arbres en mélangeant parfois ce que j’ai fait sur les planches des couleurs, des teintes qui m’ont servi et même des accidents… Je suis toujours ravi quand quelque chose que je n’avais pas prévu se passe et que je me trouve à devoir composer avec. C’est d’ailleurs un des sujets du livre. C’est même le propos du livre : une ode à l’imprévu. Comment à partir de quelque chose que l’on n’a pas imaginé dix minutes avant que cela ne se produise, on arrive quand même à en faire un moment important de sa vie ? Une fois que ça a été posé, très naturellement, les personnages se sont imposés..."

Senso d'Alfred est publié chez Delcourt

Détail d'une planche de "Senso" d'Alfred
Détail d'une planche de "Senso" d'Alfred / Delcourt

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