Entre mission en Syrie et vie de famille, le tiraillement d’une médecin humanitaire que Les deux vies de Pénélope de Judith Vanistendael rend palpable et universel.

Détail de la couverture de "Deux vies de Pénélope" de Judith Vanistendael
Détail de la couverture de "Deux vies de Pénélope" de Judith Vanistendael © Le Lombard

Pénélope est comme Ulysse : toujours loin. Chirurgienne pour une ONG en Syrie, cette mère d'une ado et épouse d'un mari attentionné, part neuf mois sur douze pour opérer des blessés du conflit. Ses retours au sein de sa famille ne sont pas évidents : pendant qu’elle est confrontée à la guerre, eux vivent leur vie d’occidentaux, qui lui parait forcément futile… 

D’autant qu’elle arrive de moins en moins à ne pas rapporter son vécu des combats avec elle… Le trait de Judith Vanistendael (David, les femmes et la mort…) sur lequel elle pose une aquarelle légère et pertinente est en parfaite adéquation avec ce propos sensible et émouvant sur le tiraillement entre vie professionnelle et vie privée. 

De l’Odyssée à la déchirure parentale

Judith Vanistendael : « A la relecture de l’Odyssée, une œuvre magistrale, j’ai trouvé la position de la femme peu valorisante. J’ai cherché à raconter ce qu’il se passe quand un des parents part longtemps du foyer alors qu’il y a un enfant. 

J’ai construit toute une histoire, en inversant les rôles, pour donner une bonne raison à Pénélope de quitter sa maison. Comme Ulysse part à la guerre, ma Pénélope aussi : elle part sauver des vies humaines. Je me suis demandé comment on ressentait ce choix de partir ? 

Je suis moi-même mère. J’ai toujours été déchiré entre « je veux absolument travailler, écrire des histoires, de la BD », et « j’ai des enfants à la maison ». Que fais-je ? Chaque parent a cette déchirure en lui. »

Un déséquilibre entre ces deux pans de vie

Judith Vanistendael : « J’ai contacté Médecin sans frontière : ils n’ont pas voulu communiquer. Mais j’ai trouvé un ancien médecin qui avait travaillé dans l’humanitaire dans des zones de guerre. J’ai parlé longuement avec lui pour connaître comment techniquement fonctionne ce genre de métier.»

Je cherchais surtout à savoir comment on gère ces deux vies : la vie là-bas et le quotidien ici. Comment on les connecte ? J’ai eu l’impression qu’il y a tellement d’intensité quand on travaille dans une zone de conflit qu’on n’a pas le temps de réfléchir. Mais le retour à la maison est compliqué parce que les gens qui sont restés sur place, leur vie a continué et ils ne savent pas ce que la personne en mission a vécu. Ils ne se comprennent pas. Et aussi, retour chez soi signifie chute de l’adrénaline. »

La réalité violente du terrain que Pénélope rapporte chez elle est symbolisée par une petite fille fantôme

Judith Vanistendael : « Je n’ai pas trop réfléchi. Ce fantôme est venu spontanément. C’est une fille morte qui a fait le voyage. C’est après coup que je me suis rendu compte que ça rendait un grand service à la narration. 

J’ai eu du mal avec le caractère de Pénélope. Elle était trop dure au début. Je voulais un personnage que l’on comprend, que l’on ne déteste pas. La nuance a été compliquée à trouver. » 

Comment dessiner Les deux vies de Pénélope ? 

Les deux vies de Pénélope de Judith Vanistendael est publié aux éditions du Lombard

A venir : 

  • La première édition du Festival Bédérama du 27 au 29 septembre, au Forum des images à Paris, avec notamment une Master class de Mathieu Sapin, une rencontre Mathieu Sapin, Christophe Blain et Joann Sfar etc...
  • Et la 7ème édition du Festival Formula Bula, se tient à Paris du 24 au 29 septembre, avec une série d’expositions et de rencontres dans une dizaine de lieux.
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