Une belle adaptation en bande dessinée d'un premier roman prometteur. Quand l'électricité mène en prison. Roscoe T. Martin est fasciné l'électricité. Mais sa femme hérite de la ferme familiale et veut faire de son électricien de mari, un fermier. Roscoe a l'idée de détourner une ligne électrique de l'Alabama Power...

Détail de la couverture d'Un travail comme un autre d'Alex W Inker d'après Virginia Reeves
Détail de la couverture d'Un travail comme un autre d'Alex W Inker d'après Virginia Reeves © Sarbacane

Une escroquerie qui fonctionne, jusqu'au jour où son branchement sauvage coûte la vie à un employé de la compagnie... Alex W. Inker adapte le premier roman de l’américaine Virgina Reeves, et c’est passionnant. Les relations du couple, le Sud des Etats-Unis d’après la dépression y sont parfaitement bien rendus. L’épisode de la prison avec ses gardiens sadiques est d’une justesse incroyable. Le dessin inspiré de comics de l’époque complète l’immersion.

Alex W. Inker : "A chaque crise, on fait le parallèle avec la Grande Dépression, mais je ne crois pas que les époques se ressemblent"

Alex W. Inker : "J’ai connu le livre de Virginia Reeves grâce à une chronique élogieuse sur France Inter. A la lecture, j’ai trouvé qu’il y avait vraiment un potentiel pour une adaptation en BD : c’était très graphique avec le Sud des Etats-Unis et les lignes électriques. 

Un livre déplacé après la Dépression

"Outre ce cadre magnifique, j’ai été attiré par la relation entre Roscoe et Mary, très brutale, mais décrite avec justesse. Il fallait toutefois que je rajoute des enjeux à cette histoire d’amour. C’est pourquoi j’ai déplacé l’action du roman, qui se situe dans les années 1920, dans les années 1930, l’époque de la Grande Dépression, pour que Roscoe ait non seulement à sauver son couple, mais aussi sa ferme, son enfant… Tout ce qu’un chef de famille doit endosser". 

L’électricité comme symbole de la toute puissance

"L’électricité était pour moi, un bon prétexte pour parler de l’hubris, cette notion de toute puissance dont on parle beaucoup aujourd’hui au sujet de la nature et de l’environnement. 

Mais il faut voir aussi dans Un Travail comme un autre un parallèle avec la mythologie grecque : Roscoe est le dieu Prométhée qui vole le feu électricité au Dieu de la finance. Derrière tout cela, il y a une légère fable anticapitaliste. Roscoe est un personnage fort, qui paye cher son entêtement, comme Prométhée qui s’est fait dévorer le cœur". 

Détail d'une planche d'"Un travail comme un autre" d'Alex W.Inker
Détail d'une planche d'"Un travail comme un autre" d'Alex W.Inker / Sarbacane

Roscoe, un personnage pas si sympathique

"Le héros, Roscoe, est assez paradoxal : dans une période de solidarité, il est assez individualiste, et pense surtout à sa famille. Mais c’est un personnage très humain. Wilson et les métayers jouent, eux, le rôle du chœur antique : ils doutent des choix de Roscoe et le mettent en garde sur la conséquence de ses actes. Roscoe a les connaissances en électricité pour pouvoir sauver des gens, mais il ne sauve que sa ferme…

Pour le dessiner, je me suis inspiré de moi, pour Mary, de ma compagne et pour le fils, de mon enfant".

Des images des Etats-Unis trouvées… du côté de la Chine

"Je ne suis pas allé chercher des images du Sud des Etats-Unis au cinéma : les frères Coen ont fait ça trop bien dans O’Brother, qui est devenu une référence graphique pour la Grande Dépression. J’ai évité tout ce qui pouvait être sépia et ressembler à  leur travail.

Je me suis aussi éloigné de Robert Crumb qui l’a très bien dessinée dans ses planches sur le blues. Finalement c’est mon travail sur la Chine dans Servir le peuple, avec tous les croquis de nature, qui m’a aidé dessiner les champs de coton et de maïs… 

Je me suis aussi entouré de photos, en particulier de vieilles voitures. C’est l’une des premières leçons de BD que l’on m’a donné : « Mets une voiture dans un paysage, et tu as une époque ».

En revanche, pour "calmer" le dessin de la nature plein de détails foisonnants, j’ai choisi des couleurs simples que je suis allé chercher dans les BD des années 1930, comme les Mickey de Gottfredson. J’en ai tiré une trame, comme je l’avais fait pour Apache. Et j’ai choisi la couleur dominante orange trouvée dans des vieux Zig et Puce. Je l’ai accentuée pour obtenir une teinte quasi fluo qui casse l’aspect classique de mon dessin" 

Détail d'une planche d'"Un travail comme un autre" d'Alex W.Inker
Détail d'une planche d'"Un travail comme un autre" d'Alex W.Inker / Sarbacane

Une prison éloignée des clichés 

"C’est compliqué d’éviter les clichés avec les histoires de prison. Pour m’en sortir j’ai essayé de travailler sur l'intériorité du personnage de Roscoe, sur son absence de relation avec sa femme. Et sur le fait que la prison casse son orgueil".

Un parallèle avec aujourd’hui 

"A chaque crise, on fait un parallèle avec la Grande Dépression. Mais je ne crois pas que ces périodes se ressemblent. Dans les années 1930, il y avait peut-être plus de solidarité qu’aujourd’hui où on se pose la question de l’entraide ou du repli sur soi."

Comment j'ai dessiné "Un travail comme un autre"

La leçon de dessin confinée d'Alex W. Inker

► Un travail comme un autre d’Alex W. Inker d’après le roman de Virginia Reeves chez Sarbacane

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Détail d'une planche d'"Un travail comme un autre" d'Alex W.Inker
Détail d'une planche d'"Un travail comme un autre" d'Alex W.Inker / Sarbacane
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