Elle décorait l'un des plus beaux monuments funéraires du Moyen-Âge. Une statuette de "pleurant", volée pendant la Révolution et estimée à 2 millions d'euros, fait l'objet d'un bras de fer entre le ministère de la Culture qui en revendique la propriété et une famille qui en a hérité.

Moulage du pleurant n° 17 du tombeau de Philippe le Hardi.
Moulage du pleurant n° 17 du tombeau de Philippe le Hardi. © François Jay / Direction des musées et du patrimoine de Dijon

À qui appartient ce "pleurant", une statuette en albâtre qui ornait le tombeau du duc de Bourgogne, Philippe Le Hardi, pillé pendant la Révolution ? Elle est au cœur d'un litige opposant une famille et le ministère de la Culture, chacun revendiquant sa propriété. Il faut dire que cet objet d'art est estimé à 2 millions d'euros. Après deux décisions de justice favorables au ministère en 2015 et en 2017, le Conseil d'État devrait trancher au printemps prochain.

Derrière cette histoire, c'est la question de la propriété des œuvres disparues d'églises ou de châteaux sous la Révolution française qui est posée, car ces œuvres se retrouvent aujourd'hui entre les mains de particuliers qui en ont héritées ou qui les ont achetées. C'est ainsi qu'en décembre 2014, Marie-Claude Le Floc'h et ses deux sœurs décident de vendre cette statuette achetée par leur arrière grand-père en 1813 et font une demande de certificat d'exportation. Mais, après vérification de l'origine de l'œuvre, la direction générale des patrimoines interdit la vente et réclame sa restitution gratuitement, considérant que le "pleurant" appartient au patrimoine public. 

Pour Judith Kagan, conservateur général du patrimoine, cette statuette "n'aurait jamais dû quitter le domaine public" car "c'est une disparition illicite". Pour appuyer sa demande de restitution, le ministère dispose de documents datant de l'époque révolutionnaire "qui montrent qu'il y a eu une volonté constante de préservation des tombeaux des ducs de Bourgogne dans leur globalité".

L'avocat des actuelles propriétaires, Me Basile Ader, lui, dénonce une "véritable spoliation". Il estime que ses clientes sont "de bonne foi" et réclame, en cas de restitution, une indemnisation. "Mais, pour l'instant, leur position est de dire qu'elles sont bien propriétaires, poursuit Me Ader, et que si elles entendent le vendre -y compris à des étrangers puisque ça se vendrait sans doute mieux à l'étranger- elles puissent le faire comme on a toujours fait jusqu'à présent et encore très récemment."  

Si le Conseil d'État donne raison au ministère de la Culture, cela ne fera pas pour autant jurisprudence car l'État ne pourra pas récupérer les œuvres disparues pendant la Révolution qu'en s'appuyant sur des archives. En attendant l'avis de la plus haute juridiction administrative, le "pleurant" pleure tout seul, caché dans un coffre.

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