Un siècle après sa parution, l'éditeur Martin de Halleux nous fait redécouvrir l'artiste belge dont le graphisme et le propos n'ont pas pris une ride.

Détail de la couverture de "Mon livre d'heures" de Frans Masereel
Détail de la couverture de "Mon livre d'heures" de Frans Masereel © Martin de Halleux

Publié en 1919, Mon livre d'heures est le livre qui fait passer Frans Masereel à la postérité. On comprend pourquoi. En 165 images (en aplats de noir et blanc) le graveur belge nous raconte une histoire complète, sans le secours des mots. 

Un homme arrive en ville en train. Il y voit des usines, rencontre des femmes, tombe amoureux, soigne un chagrin, se remet d'un deuil, se désespère, voyage… reprend goût à la vie, montre ses fesses à un ecclésiastique, urine du haut d'un building à la manière d'un Manneken-pis, se fait poursuivre, est rejeté… 

Mon livre d'heures est l'histoire d'une libération, une véritable ode à la liberté.

Ce livre résume rien de moins qu'une vie, celle d'un personnage tourmenté,  mal à l'aise dans une société qu'il perçoit comme absurde. Un héros auquel on s'attache immédiatement.

Pour ce récit, pas une ligne n'est écrite

Détail d'une planche de "Mon livre d'heures" de Frans Masereel
Détail d'une planche de "Mon livre d'heures" de Frans Masereel / Ed. Martin de Halleux

A l'imaginaire du lecteur de remplir les vides entre les images. Les vignettes tiennent lieu de cases pour une aventure à la narration très fluide. Au point que certains voient dans ce roman gravé l'invention du roman graphique. Des dessins émanent une telle force qu'on ne cesse de tourner les pages pour connaître l'image suivante. Les traits qui rappellent l'expressionnisme sont résolument modernes. Les gravures aux décors évocateurs sont emplies de détails et rendent l'épopée vivante. Le ton un peu désabusé, un brin provocateur et teinté d'humour n'est absolument pas daté. Ami de Romain Rolland ou de Stefan Zweig, Frans Masereel, est lui-même anarchiste, libertaire et antimilitariste, ce qui lui valut quelques interdictions de séjour en Belgique.

Pour réaliser cet exploit narratif, l'artiste dessinait son histoire à l'encre de chine avant de la graver sur du bois de poirier en inversant l'image…

Une tâche colossale

Mon Livres d'heure est le troisième livre publié par l'éditeur Martin de Halleux, après Soleil (sur le sens de la vie), Idée (sur l'inspiration). Venu récemment à l'édition, il a fait connaissance avec l'œuvre de Frans Masereel par les livres de la bibliothèque de ses parents. Passionné, il nous fait partager son admiration pour un grand artiste qui mérite d'être à nouveau lu.

Mon livre d'heures de Frans Masereel (préface de Jacques Tardi) est paru aux Éditions Martin de Halleux

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