C’est la mangaka Rumiko Takahashi, connue surtout en France pour "Maison Ikkoku" ("Juliette je t’aime" en français) et "Ranma ½", qui a remporté le Grand prix d’Angoulême devant deux grands noms de la bande dessinée : Chris Ware et Emmanuel Guibert.

"Ranma ½" - tome 1 (extrait de la couverture) est publié chez Glénat
"Ranma ½" - tome 1 (extrait de la couverture) est publié chez Glénat © 2016 Rumiko TAKAHASHI/SHOGAKUKAN

Rumiko Takahashi figurait parmi les finalistes du Grand Prix d’Angoulême aux côtés d’Emmanuel Guibert et de l’Américain Chris Ware. Son nom est peu connu du grand public, et pourtant elle est l'une des auteures les plus lues au monde : plus de 200 millions d'exemplaires vendus dans le monde !

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Rumiko Takahashi : portrait

Née en 1957 à Niigata au Japon, Rumiko Takahashi a publié son premier manga en 1976. Formée à l’école de Kazuo Koike, dont l’influence sur son travail sera marquante (absence de clichés, personnages féminins supérieurs aux hommes), elle a produit une oeuvre riche : sept séries et, au total, tout confondu, près de 200 tomes ! Une oeuvre riche et surtout, éclectique : la mangaka a touché à différents genres, de la comédie sentimentale (Maison Ikkoku) à la série noire (Mermaid Forest), en passant par la science-fiction (Urusei Yatsura), les arts martiaux (Ranma ½) ou le fantastique (Rinne)... 

Après avoir reçu au Japon deux fois le Prix Shōgakukan du Shonen (en 1980 pour Lamu et 2001 pour Inu-Yasha), Rumiko Takahashi a aussi fait son entrée en 2018 dans le prestigieux Eisner Hall of Fame aux côtés d’Osamu Tezuka, Hayao Miyazaki et Katsuhiro Otomo… 

Avec Akira de Katsuhiro Otomo, Dragon Ball d'Akira Toriyama ou encore Sailor Moon de Naoko Takeuchi, Ranma ½ de Rumiko Takahashi est l'un des premiers mangas populaires en France (des œuvres aidées dans leur succès par leurs adaptations en série TV ou au cinéma). Rumiko Takahashi est aussi connue pour un autre grand succès en France : Juliette je t'aime (Maison Ikkoku).

La mangaka aime à mettre en scène des personnages marginaux originaux, parfois excentriques, mais toujours loin des clichés. Les femmes y sont des personnages forts. Il n'y a pas de manichéisme : les personnages sont animés par des motivations différentes, qui parfois sont contradictoires, et c'est ainsi qu'avance l'histoire.

Dans son ensemble, l'oeuvre de Rumiko Takahashi est populaire, fraîche, et surtout vraiment très drôle. Elle utilise l'absurde et les quiproquos pour créer du suspense et des effets comiques, le tout à un rythme soutenu : on trouve par exemple dans Ranma ½ un canard bigleux lanceur de couteaux, un maître d'arts martiaux qui se transforme de temps à autre en panda, un jeune homme qui alterne, lui, entre le physique d'un garçon et celui d'une fille selon qu'on l'asperge d'eau chaude ou froide...

Une planche de "Ranma 1/2" (spécial)
Une planche de "Ranma 1/2" (spécial) / 2016 Rumiko TAKAHASHI/SHOGAKUKAN

Un Grand prix du festival d'Angoulême (enfin) remporté par une femme !

Le Festival de la Bande dessinée d'Angoulême entame sa 46e édition cette année. Et jusqu'ici, une seule femme avait remporté un Grand prix : Florence Cestac, en 2000. En 2016, cette sous-représentation des auteures avait été dénoncée lors du festival, qui avait été chahuté par les auteurs. Riad Sattouf (L'Arabe du futur) avait à l'époque exprimé sa gêne sur Facebook : 

Il y a beaucoup de grandes artistes qui mériteraient d'y être. Je préfère donc céder ma place, par exemple à Rumiko Takahashi [tiens donc !], Julie Doucet, Anouk Ricard, Marjane Satrapi, Catherine Meurisse... 

C'était en 2016… Trois ans plus tard, on voit une femme remporter le prestigieux Grand prix… Enfin !

Un auteure femme, et en plus, une mangaka !

En France, une BD vendue sur trois est un manga (et ce n'était pas gagné a priori puisque ces albums sont en général en noir et blanc et doivent se lire de droite à gauche, selon le sens de lecture japonais !) 

Pourtant, le manga est un genre qui a longtemps été peu représenté au festival (pourtant international) de la BD. Mais cela change depuis quelques années ! Le festival a pris depuis quelques années le virage « manga » qu’avait pris les lecteurs bien avant : Akira Toriyama (Dragon Ball, Dr Slump…) a reçu en 2013 le « prix spécial 40e anniversaire du FIBD », Katushiro Otomo a été sacré Grand Prix en 2015 – et cette année, c’est donc Rumiko Takahashi qui remporte le Grand Prix du festival !

Aller plus loin

Le Festival International de la Bande Dessinée (ou FIBD) se déroule du 24 au 27 janvier 2019 ; suivez-le sur France Inter ici.

A noter que cette année, deux autres mangakas bénéficient d'une mise en lumière au FIBD :

"Ranma 1/2" (special)
"Ranma 1/2" (special) / 2016 Rumiko TAKAHASHI/SHOGAKUKAN

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