Palermo Hollywoodest le 8e album de Benjamin Biolay, une immersion totale en Argentine, pays qu'il a adopté depuis une dizaine d'années. Parce que Piazzola et Che Guevara l'ont attiré quand il n'était encore qu'un gamin perdu de Villefranche sur Saône, il est allé s'y lover et y a laissé la musique le porter. Il annonce déjà un second volume, une suite à ce voyage musical.

Dans Palermo Hollywood , il rend à ce pays dont il est tombé amoureux, ce qu’il lui a donné. Des sonorités d’abord : avec le football, le tango, le bandonéon par exemple. Des figures de proue comme José Luis Borges, et un peu de folie comme celles de Maradona et du football argentin.

Plongée dans l’histoire d’un homme qui vit un amour impossible à Buenos Aires. Il est accompagné d’un ténor, une soprano (Valérie Gabail), d'un as du bandonéon (Martin Ferres), ou de la voix de José Luis Borges, entre autres.

Ça tangue, ça rocke, ça sample, chaloupe en bossa et sussure beaucoup de mélancolie, avec quelques légères sucreries comme dans Miss Miss .

Les coulisses de Palermo Hollywood sur le Pinterest de Benjamin Biolay >

La cumbia, le foot et José Luis Borges

Ici Benjamin Biolay ouvre les portes de trois des chansons de Palermo Hollywood .

Palermo Queens traduit mon envie de danser, c'est la cumbia qui m’a inspirée. La cumbia c'est la musique et la danse populaire, l'Argentine d'aujourd'hui, qui se joue avec des synthé rudimentaires.Dans la cumbia c'est l'envie de danser qui compte.

Borges futbol club : Borges n’aimait pas le football et pour lui c’était un moyen d’inféoder les masses. Mais j’ai mis sur la bande de cette chanson un commentaire sur le but du siècle en 1986, signé Maradonna contre l'Angleterre. Le commentaire est de Victor Hugo Morales. Maradonna dribble toute l’équipe de Angleterre et met ce but incroyable quelques minutes après en avoir mis un sur une faute de la main caractérisée ; c’était une revanche sur la guerre des Malouines. Victor Hugo Morales, éditorialiste urugayen fait alors le commentaire le plus poétique de l’histoire du foot , il invente le nom de Diegoal, pour parler de Diego, et il dit de lui que c’est un "barillet cosmique" . Derrièe cela, j’ai fait une ritournelle un peu symphonico-lyrique, avec la voix de la soprano Valérie Gabail.

Dans Pas sommeil , c’est vraiment la voix de Borges qu'on entend, pour accompagner l'histoire d'une longue nuit d’insomnie. Une nuit qui pourrait être une nuit de lecture. Je ne sais pas dire l’effet que produit une chanson, je sais ce que j’ai voulu faire ; mais l’effet chez les autres est souvent plus intéressant. La musique vient par moments de fulgurances, c'est inattendu. L’appel de la chanson il ne faut pas le rater, c’est la musique qui me convoque. C’est une pulsion qui date de l’enfance que d'avoir ce besoin de m'exprimer en musique.

Charango, bandonéon et clavecin

Les seuls instuments typiquement argentins qui figurent dans cet album sont le charango (petite guitare ou luth que l'on joue en Amérique latine) et le bandonéon. Sinon ce sont des instruments habituels.

Quelques notes de clavecin viennent colorer le tout, en hommage à Enio Morricone.

Martin Ferres
Martin Ferres © Luisalvaz -

J'ai travaillé avec plusieurs musiciens argentins et notamment Martin Ferres , un artiste extraordinaire de l’ex Bajofondo tango club. Je n'avais pas envie de faire une musique de saveur et de clichés argentins ; le mieux c’était le bandonéon de 2016 et la classe de Martin Ferres. C’était compliqué de l’avoir car il est très pris mais c’était formidable. J’étais très intimidé bien sûr, comme toujours d’ailleurs dans ces cas-là, par l’idée de jouer avec quelqu’un comme lui, mais c’est joyeux comme sentiment. Benjamin Biolay

Biolay en cinq mots

• Rire: c’est une bonne moitié de ma vie et de ce que je suis. J’ai très envie d’être dans des comédies en tant qu’acteur, un peu à la manière d'un Buster Keaton, et dans la musique c’est pas ma pulsion de faire marrer les gens, mais le rire et l’humour, sans cela la vie n’est pas possible ; tous les jours un truc me fait marrer, mais c’est privé.

• Bras d’honneur : ce sont des gestes que je fais au football, quand l’arbitre met un carton rouge à tort. C'est un geste à la fois désuet et de supporter. Des bras d'honneur dans le métier ? Les gens ont envie de fabriquer une sorte de personnage autour de moi, qui serait un Serge Gainsbourg, plein d’aspérités qui déblatère sur tout le monde. Je lis des concentrés d’interviewes hilarants. Quand vous lisez que le chanteur des Eagles of Death metal , est quelqu'un que je considère comme un "---" sachant qu’il est militant pour le port d'armes et qu’il est anti avortement, c’est désespérant et je pense que la plupart des gens sont d’accord avec moi. Dire la vérité en interview c’est une grande question, faut-il le faire, ça n’est pas sûr. Tous les personnages que j’encense, à qui je fais des déclarations d’amour à longueur d’entretiens, on n’en parle jamais. Donc c’est une envie de fabriquer un personnage que je ne suis absolument pas.

• Déclaration d'amour : celle du 14 avril va à Christophe Miossec et son single, Après le bonheur , qui d'ailleurs est un peu tangueriste . je voudrais dire à Christophe que je fais partie des dizaines de chanteurs qu’il a décomplexé. Souvent on dit que Dominique A a décomplexé la chanson française, c’est faux, car quand on a entendu pour la première fois Faussaire , c’est une claque qu’on a prise, tellement c’était brillant. Alors que Christophe quand il joue Boire de manière rock c'est vraiment décomplexant ; donc je déclare mon amour à Christophe Miossec, mais aussi à Dominique A bien sûr.

• Confiance : Je ne vois pas du tout de quoi il s'agit. Confiance en moi, on s’en fiche de savoir. J’ai assez confiance pour être devenu un musicien professionnel, j’ai mené des combats pour lesquels il faut faire montre de confiance, mais les gens qui me connaissent ne diront jamais que ce qui est remarquable chez moi c’est ma confiance en moi.

• Pleurer : trop de choses me font pleurer. Pour que j’ai une activité lacrimale il faut qu’il m’arrive quelque chose de très intime, ou un choc esthétique. Je peux pleurer vraiment physiquement en apprenant le décès de quelqu'un que j’apprécie. Mais parfois je peux pleurer de colère en voyant les exécutions massives perpétrées par des imbéciles radicalisés, quand je vois ces abrutis radicalisés qui essaient de dicter notre façon d’être. Cela me fait pleurer de colère.

Benjamin Biolay, la discographie

  • 2001 :Rose Kennedy
  • 2003 : Négatif (double album)
  • 2005 : À l’origine
  • 2007 : Trash Yéyé
  • 2009 : La Superbe (double album)
  • 2012 : Vengeance
  • 2016 : Palermo Hollywood

benjaminbiolay.com.

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