Benjamin Renner présente le 21 juin au cinéma "Le Grand Méchant Renard", un dessin animé tiré de sa BD à laquelle il a ajouté deux nouvelles histoires dans la même veine.

Détail de l'affiche du Grand Méchant renard de Benjamin Renner et Patrick Imbert
Détail de l'affiche du Grand Méchant renard de Benjamin Renner et Patrick Imbert © FOLIVARI / PANIQUE!/ STUDIOCANAL / RTBF (Télévision belge) - OUFtivi / VOO / Be

Les films sont poétiques et drôles. Le dessinateur sera présent au Festival du film d'animation d'Annecy, l'occasion d'une rencontre.

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Des histoires qui viennent de l’enfance

Benjamin Renner : "L’idée du Grand Méchant Renard vient de mon enfance. J’avais six ou sept ans, j'ai visité une ferme, où j'ai découvert une couveuse remplie d’œufs. J’ai voulu voir les poussins sortir. L’attente pouvait encore durer longtemps avant que les œufs éclosent.

Mon père avait envie de partir. Pour me dégoûter, il m’a dit : « Ecoute Benjamin, si jamais tu restes, les poussins vont penser que tu es leur mère. La première personne qu’ils voient, ils pensent que c’est leur mère, et comme c’est toi… » Ça m’a tellement effrayé d’avoir une telle responsabilité si jeune que j’ai accepté de partir. Mais l’anecdote m’est restée.

Et j’ai été conforté par des vidéos de canards, qui suivent des humains ayant assisté à leur naissance. Mais l’idée d’une histoire avec un renard qui adopte des poussins, je l’ai eue à l’adolescence. Puis je l’avais mise de côté… Après Ernest et Célestine, j’ai eu envie de la raconter".

Une BD dont le succès a été une surprise

Benjamin Renner : "Le Grand Méchant Renard est une BD qui a bien fonctionné, mais c’était une surprise. L’éditeur ne s’attendait pas à un tel succès. On a commencé à travailler sur le film avant même la sortie de la BD. Je me suis lancé en pensant seulement adapter la bande dessinée.

Mais en cours de route, j’ai proposé à mon producteur de faire des films en plus. On en a fait trois et on les a assemblés pour en faire un long métrage. J’ai donc bricolé tout ça, c’est un film qui s’est fait au fur et à mesure. Il n’a pas été pensé dès le début dans sa forme. Il a donc des défauts, mais aussi une fraîcheur, et une naïveté qui me plaisent".

Le premier des trois moyens métrages animé : Un bébé à livrer

Un bébé à livrer - extrait du Grand Méchant Renard de Benjamin Renner et Patrick Imbert
Un bébé à livrer - extrait du Grand Méchant Renard de Benjamin Renner et Patrick Imbert © FOLIVARI / PANIQUE!/ STUDIOCANAL /RTBF (Télévision belge) - OUFtivi / VOO / Be

Benjamin Renner : "C’est une cigogne qui se plante dans un arbre, et qui (l’inconsciente !) refile le bébé à livrer à un cochon, à un lapin et à un canard sans se rendre compte que ce sont les trois pires personnes pour le job. Le bébé ne va pas forcément entre de bonnes pattes !

Le canard, le cochon, et le lapin de cette histoire étaient des personnages que je dessinais pour mes frères et sœurs. C’est un petit univers que j’avais mis en place. Puis à chaque Noël, je leur offrais des planches. Un jour j’ai eu envie de raconter une grande épopée avec ces personnages. Et le jour où mon frère m’a annoncé que sa femme était enceinte, c’était l’occasion de faire ce grand récit en racontant comment leur bébé était arrivé jusqu’à lui.

Je crois que ces trois personnages sont les trois parties de ma personnalité

  • Un raisonnable qui manque de confiance en lui - le cochon.
  • Un canard un peu bête qui n’ose pas faire les choses.
  • Et un lapin totalement inconscient.

C’est un rêveur qui ne se rend pas compte qu’il a un génie caché du fait de sa bêtise… En attaquant l’animation, je me suis rendu compte qu'il y avait un côté psychanalytique dans cette aventure. C’est peut-être prétentieux par rapport à un petit film très léger !"

Des influences : d’Astérix à Quentin Blake

Benjamin Renner : "Mon travail est plein de petites influences, et ce n’est pas toujours conscient. J’ai une sorte de nostalgie des BD de mon enfance : Astérix, Gaston, Chlorophylle… Mais aussi, Sylvain et Sylvette, dont j’ai repris le principe des animaux anthropomorphes… Ma mère aimait beaucoup ça. C’est un peu idiot ces animaux qui font des bêtises, mais je pense que ça a influencé inconsciemment mon travail.

Mon dessin d’aujourd’hui, il vient plus de Sempé, de Reiser, d’univers où tout est très jeté, où il y a une spontanéité comme chez Quentin Blake, l’illustrateur de Roald Dahl. Parmi mes influences narratives, il y a Le Roman de Renart - même si je ne suis pas certain de l’avoir vraiment lu.

Goscinny a une écriture parfaite avec beaucoup d’humour. Les Douze travaux d’Astérix, La Ballade des Dalton, sont des films qui peuvent paraître insignifiants, mais qui ont un charme très marqué. J’essaye de reprendre cette logique avec mes petits personnages. Avant de me lancer dans le Grand Méchant Renard, j’ai aussi regardé Paper Moon, l’histoire d’un père qui n’arrive pas à gérer sa fille

Je n'oublie pas les Tex Avery, bien sûr : Je regardais Ça cartoon sur Canal + et l'émission a eu une grosse influence dans ma manière de concevoir des dessins animés. J’ai également vu toutes les Silly Symphonies de Disney, Donald, Tic et Tac… Cet humour-là me touchait énormément. J’aime encore les regarder aujourd’hui. Il y a un côté madeleine de Proust mais pas seulement…"

C’est un piège d’adapter son propre livre

Extrait du film Le Grand méchant renard de Benjamin Renner et Patrick Imbert
Extrait du film Le Grand méchant renard de Benjamin Renner et Patrick Imbert © FOLIVARI / PANIQUE!/ STUDIOCANAL / RTBF (Télévision belge) - OUFtivi / VOO / Be

Benjamin Renner : "J’aurais aimé que le rythme soit naturellement vif, mais non. C’est un des pièges quand on adapte son propre livre. On pense que ça va aller vite. On a l’impression d’avoir fait les choses en amont. Mais si on suit à la lettre ce qu’on a fait dans la BD, ça ne fonctionne pas. Il y a quelques répliques, blagues ou scènes dans la BD qui font deux pages et sont amusantes à lire. Mais si on les anime, ça va mettre deux ou trois minutes… Et c’est moins drôle.

Si on regarde chaque scène du Grand Méchant Renard : chaque scène est la même chose que dans le livre, mais la manière dont ça se passe n’est pas du tout la même. Les personnages n’ont pas les mêmes relations. Et il y a plein de petits détails qui changent. Dans la BD, les poussins forment une entité indifférenciée. Or dans le film ils ont chacun une voix. J'ai donc dû leur faire une personnalité un peu plus marquée.

Un autre détail : les rapports du loup avec les autres personnages. Dans la BD : il n’est pas méchant du tout. Il aime manger de la viande. Il n’y peut rien, il est né comme ça. Il n’est pas là pour faire le Dark Vador de l’histoire. J'aimais beaucoup ce personnage de la BD, mais il était compliqué à préserver dans le film. Il avait l’image du grand méchant loup qui lui collait à la peau. Pour avoir du temps afin de mieux présenter les autres personnages, j’ai dû rendre le loup un peu plus cliché".

Le troisième moyen-métrage : Le Noël parfait

Extrait d'un Noël parfait, l'un des moyens-métrages du "Grand méchant renard" de Benjamin Renner, et Patrick Imbert
Extrait d'un Noël parfait, l'un des moyens-métrages du "Grand méchant renard" de Benjamin Renner, et Patrick Imbert © FOLIVARI /PANIQUE!/ STUDIOCANAL /RTBF (Télévision belge) - OUFtivi / VOO / Be

Benjamin Renner : "On ne peut pas prouver que le Père Noël existe ou pas. Dans mon enfance, je n’y ai jamais cru. J’avais des grands frères et sœurs qui en savaient un peu plus que moi. Mais ça ne me dérangeait pas. Mais parents me disaient qu’il existait et en même temps un peu le contraire. Dans la cour de récré, c’était le grand débat.

Quand j’étais petit je voyais des Père Noël accrochés partout à des balcons. Un jour, j’ai demandé à ma mère : « Mais pourquoi on ne fait rien pour sauver le Père Noël ? » Elle m’avait répondu que, comme ce n’était pas le vrai, on ne le sauverait pas. J’ai voulu raconter une histoire autour de cette croyance. Et les parents s’inquiètent beaucoup autour du secret de l’existence du Père Noël. Moi, je joue beaucoup avec ça avec mes neveux et nièce, et ils sont beaucoup moins naïfs qu’on ne l’imagine. Les enfants savent qu’il y a quelque chose de louche, et ils aiment jouer avec !"

Un extrait du Grand Méchant Renard, le film d'animation de Benjamin Renner et Patrick Imbert :

La leçon de dessin de Benjamin Renner

Comment j'ai dessiné le Grand méchant renard :

Et la seconde leçon de dessin :

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