Je vous l'ai dit, 2012 année Lavier sur ce blog. Troisième partie de la rencontre avec cet artiste qui maintient dans son oeuvre un rapport à l'objet tout en interrogeant le statut de la peinture, la sculpture ou de la représentation artistique.

Bertrand Lavier
Bertrand Lavier © Radio France
blogcs interview automatique (ok)
blogcs interview automatique (ok) © Radio France

"Bertrand Lavier, 1969" C'est une exposition rétrospective d'une cinquantaine d'oeuvres à Paris à partir du 26 septembre prochain. Une rétrospective? C'est un mot un peu fort non?

Bertrand Lavier: J’ai déjà fait des rétrospectives, le titre exact est « Betrand lavier depuis 1969 », je revisite le genre de la rétropective qui est un peu désuet, mortifère ou morbile. Moi je trouve que l’on peut en faire quelque chose de très vivant. C’est une manière de jouer avec avec les dates, et le processus même de la rétrospective.

Allez-vous faire de "LAVIER" une marque?

Oui il va y avoir de cela; et puis il y a aussi cette dimension qui fait qu' on ne voit pas un piano peint sur un coffre fort en 2012 comme on le voyait en 1984 quand je l'ai fait.C'est très paradoxal car si un aritste vise l'intemporel, il est sûr de passer aux oubliettes, alors qu'aujourd'hui en 2012 il est par exemple très plaisant de contempler le style Louis XIII. Ca m'amuse beaucoup.

Je repose la question : êtes-vous une marque ?

Bertrand Lavier: J’avais un ami qui considérait les artistes comme des porte-drapeaux d’eux-mêmes. "Buren c’est les rayures .. et toi ce sont les objets peints" , me disait-il.

Un artiste c’est un style ou une longueur d’ondes. Il faut un certain temps pour s’apercevoir de ça; pour qu’on puisse sentir un style il faut qu’il y ait une certaine durée. Moi je m’inscris dans ce processus là . On ouvre une maison de création, et il y a un côté ironique, quoique ça tombe bien 1969. La première fois que je suis allé en Californie, en 1976, j’étais très très étonné de voir des gens n’avaient aucun scrupule de mettre au-dessus de la porte de leur bar « depuis 1971 »…Alors que nous en Europe si ce n’ est pas avant 1950 on n’ose pas le dire.

Derrière le sourire, est ce que cela veut dire « je suis à vendre » puisque cela fait référence au commerce?

Bertrand Lavier: Oui et il n’y aucune pudeur par rapport à ça. Qui veut nous faire croire que l’art ne serait pas à vendre? Je pense que déjà à Lascaux, pour peindre la grotte, on a pris les meilleurs parmi ceux qui étaient présents. Dès le départ on a monnayé ce qui était la qualité ou la rareté. A chacun d’en jouer… On n’est pas obligé d’être débiteur des gens qui vous paient, mais se dire que l’art n'a pas de relation avec l’argent, ce serait une erreur.

Aujourd'hui, on est dans une financiarisation de l’art qui rend l’atmosphère irrespirable .

Beaucoup de gens sont tributaires du fait que c’est la ploutocratie qui fait la tempépature. Les prescripteurs sont des gens très riches et pas forcément très cultivé. Le niveau baisse et le rempart contre ça c’est l’institution, le musée, qui autrefois était très attaqué.

Un artiste doit pouvoir composer avec ces phénomènes et ne pas y laisser trop de plumes.

Nicolas Bourriaud a trouvé le concept de Post-production pour décrire ce qui se passe dans la création artistique à la suite du ready-made de Marcel Duchamp? C 'est à dire qu'aujourd'hui la matière première de l'artiste est souvent un objet déjà produit? Qu'en pensez-vous?

Bertrand Lavier: Je pense que les artistes continuent à exister à l’intérieur de ces mécanismes, ils sont un peu plus chefs d’orchestre ; et pour le peu que je sache de cette théorie la post-production, cela n’empêche pas un artiste d’avoir des méthodes traditionnelles, je suis persuadé qu’il existe des artistes. J’ai encore la prétention d’en être un.

L'artiste que vous êtes ne serait-il pas plutôt un chef d'atelier, faisant appel à plusieurs compétences, et quand il peint lui-même ce n'est plus une toile, mais un piano par exemple?

Bertrand Lavier: Je suis au carrefour de ça. Ce que moi je fais avec mes mains, cela représente 10 ou 15% du travail mais ces 10 ou 15% sont suffisants. Cela montre que l’on peut faire des

choses traditionnelles et quand on fait une oeuvre pour la série des Disney je fais appel à des infographistes, ou à des néonistes pour d'autres pièces. Ce qui a une importance, c’est la longueur d’ondes qui émane de ces œuvres et qu’on reconnaisse dans ces choses très différentes que c’est le même artiste qui en est le chef d’orchestre.

Vous montrez que ce qui n’est pas de la peinture peut en devenir.

Bertrand Lavier: Oui, en étant toujours avec des choses qui sont familières. Mon vocabulaire formel puise dans des choses que les gens connaissent, qui les entourent, par exemple les panneaux qui représentent des paysages emblématiques que l'on voit sur le bord des autoroutes. Dernièrement cela m'a amusé de les "peindre" à ma façon.

Bertrand Lavier, Ifafa IV
Bertrand Lavier, Ifafa IV © Radio France / simeone
Lorsque je fais un tableau-néon par exemple Ifafa IV, c’est la reproduction grandeur nature d'une oeuvre de Franck Stella des années 60. Je voulais passer du tube de peinture au tube de néon. La plupart des artistes utilisent le tube de néon comme un trait. Même si on ne sait pas que ça vient de Franck Stella, ce n’est pas grave car les gens se disent "on n’a jamais vu de tableau comme ça". **L’abolition de l’art a-t-elle eu lieu selon l'expression d'Alain Jouffroy?** **Bertrand Lavier:** On ne fait pas de progrès en art, mais les artistes font des progrès, voilà ce que je pense. Je fais partie d'une génération qui a vu des théories échouer. Par exemple, les révolutions de Dada se retrouvent au murs au-dessus des cheminées des nantis de la terre. La révolutionsde Dada a eu lieu, c'est très important notamment sur le plan esthétique, mais de là à penser que cela a révolutionné le système social, on fait que c'est un échec total et il y a eu ensuite une succession d'échec. Dans les années 60 certains ont annoncé la fin de l'art, c'était peut-être une façon de se mettre à nouveau sur le devant de la scène, cétait peut-être très hypocrite. Malraux disait que l’anti-art ça n'existe que dans la tête d’un artiste et pas dans la tête d’un garde-barrière. Bertrand Lavier et Giulietta, **[l' entretien> ](http://www.franceinter.fr/blog-le-blog-de-christine-simeone-prime-a-la-casse-les-voitures-font-de-l-art)** [**et** 2012, année Lavier> ](http://www.franceinter.fr/blog-le-blog-de-christine-simeone-2012-annee-lavier-0) Bertrand Lavier, au Centre Pompidou, Paris, 26 septembre 2012 au 07 janvier 2013
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blogcs signature C Simeone © Radio France / C Siméone
_Pour ce blog, Textes © Christine Siméone_ _Photos © Christine Siméone sauf indication_ **Ce blog se nourrit sur la toile** Pour les [collections d’art présentes en France ](http://www.photo.rmn.fr/) Pour les [collections](http://www.moma.org/explore/) aux Etats-Unis Au sujet d’Arman, le [site historique](http://www.arman-studio.com/)
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