Au lendemain de la disparition de Jacques Chirac, la photographe Bettina Rheims a accordé un entretien exclusif à Augustin Trapenard, pour Boomerang sur France Inter. Elle raconte les coulisses de la photo officielle du président en 1995. Et nous parle d'une photo jamais diffusée où il est en larmes.

Bettina Rheims décorée par Jacques Chirac, et élevée au grade d'officier de l'ordre national du mérite en 2002
Bettina Rheims décorée par Jacques Chirac, et élevée au grade d'officier de l'ordre national du mérite en 2002 © AFP / PATRICK KOVARIK

> Réécoutez Bettina Rheims avec Augustin Trapenard, pour Boomerang sur France Inter.

"Tout est dans le regard", dit Bettina Rheims à propos de la photo officielle, "il y a beaucoup de fragilité dans le pouvoir. Chirac était secret, pudique, il n'était pas si sûr de lui". Le jour de la prise de vue, Bettina Rheims a choisi une chemise bleue pour le président "sans trop savoir pourquoi", dit-elle. La photo a été prise en extérieur. Elle dit:

J'ai toujours pensé que Jacques Chirac était un cow-boy. Il fallait faire ce portrait officiel dehors

Vingt minutes ont suffi. Bettina Rheims a tiré trois planches contact des clichés fait avec Jacques Chirac. 

Quand je regarde ce portrait de Jacques Chirac, je vois la personne qu'il va devenir et restera. Cette image, c'est Jacques Chirac pour l'éternité

Pour la photographe, Jacques Chirac était tout en séduction, il "aimait les gens", il les "touchait": "il aurait séduit une chaise". Il avait ce "petit côté rebelle, un peu voyou. Il aimait bien ne pas être là où on l'attendait".

La photo officielle de 1995 a été tirée à 36 000 exemplaires, diffusée et affichée dans tout le pays pendant douze ans.

La photo "sublime" de Chirac en larmes qu'elle n'a jamais publiée

Mais il y a une photo de Jacques Chirac que l'on ne verra peut-être jamais. 

Il y a une photo que je n'ai pas eu le droit de publier, qui est dans un coffre, qui est sublime, probablement la plus belle photo que j'ai faite de lui."

Bettina Rheims décrit cette photo prise en 1995 le soir de sa victoire: "Il est huit heures ce dimanche soir, on est dans son bureau, lui et moi. Tous les conseillers sont partis annoncer la bonne nouvelle, 'il est président de la République'. On est tous les deux dans le bureau, il y a une toute petite télévision. Il est debout, très grand, les mains derrière le dos. Il regarde l'écran. Sur l'écran s'affiche le portrait du gagnant. Et des larmes coulent, et je fais la photo".

Claude Chirac lui a demandé de ne pas publier le cliché, "parce que c'est un moment de vulnérabilité" et qu'un président "élu deux minutes avant n'a pas le droit à la vulnérabilité", dit la photographe.

Bettina Rheims résume son expérience en disant que "photographier les hommes" la "trouble". "Quand je le fais, je ne suis plus photographe, je suis une femme".

Le président Jacques Chirac a élevé la photographe au grade d'officier de l'ordre national du mérite, le 06 décembre 2002 au Palais de l'Elysée lors d'une cérémonie de remise de décorations. 

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