Terre de paradoxes, l’Afrique du Sud est une nation Black & White Rainbow. Des rituels extatiques aux danses excentriques, la Nuit déploie les couleurs contrastées d’une culture vibrionnante et d’une création rayonnante. Robyn Orlin revient à la Ferme après Beauty remained for just a moment, then returned gently to her starting position en 2012 dans le cadre de TEMPS D’IMAGES. À l’origine de Who needs ’centre stage’ when one’s role is to be a caterpillar … ? (création Ferme du Buisson ) : le refus des danseurs de l’Opéra de Paris de jouer devant l’image d’un homme sautant des tours du World Trade Center en flammes. L’émotion suscitée par cette image polémique inspire à la chorégraphe sud-africaine une réflexion sur nos peurs contemporaines et le refoulement collectif d’un état du monde. À travers cette allégorie du XXe siècle, Robyn Orlin appelle les mythes d’Icare et de la Tour de Babel et explore les métaphores de la chute. Ce solo, premier opus des deux soli qui constituent le spectacle intégral, s’empare de la figure féminine : la femme noire à l’image de Billie Holiday ou Nina Simone, qui, puisant dans l’effondrement et la souffrance, transcende la chute dans une énergie créatrice et une force de vie . La danse dans son essence par le corps seul et sans artifice, incarne cette image de la chute et de l’ascension, de la mort et de la renaissance, de la chenille et du papillon… La nuit est là, un chant s’élève… En chœur, ces voix masculines érigent une harmonie d’une douce puissance. Dans leurs chaussures cirées et leurs élégants costumes, les Phuphuma Love Minus entament la danse qui accompagne l’isicathamiya , cet a cappella propre à la culture zouloue né des chants du labeur, et font résonner les pas chaloupés de leurs ancêtres autrefois silencieux. D’autres voix scandent sur une musique rock et impulsive : The Brother moves on . Ces performers, plasticiens et musiciens de Johannesburg, inventent leurs chansons au fil des fluctuations de leur ville, vibrante et électrique. À l’image d’une génération post-apartheid, ils revendiquent leur appartenance à une nation métissée et plurielle qui tente l’unité. Leurs parures de scène sont des costumes et masques qu’à chaque prestation ils recréent et leurs personnages éphémères illuminent un show époustouflant qui tient autant de la cérémonie rituelle que du concert punk. Albert Ibokwe Khoza s’inspire aussi du rituel dans sa performance incantatoire Influences of a closet chant . Ce jeune artiste engagé et transgressif présente pour la première fois en dehors des frontières sud-africaines un spectacle qui lui a valu une surveillance policière lors des représentations à Johannesburg. Nu, grimé en Sangoma , guérisseur mystique, il danse la sexualité, la religion et le déracinement. Les contradictions du pays inspirent aussi les créateurs d’ici. Marc Lainé compose un récit théâtral et spectaculaire inspiré de la vie d’Oscar Pistorius , cet athlète handicapé, récemment inculpé du meurtre de sa compagne. Révélateur de nos peurs primaires enfouies, l’impact émotif de cet acte est ici traduit en corps. Comme un écho masculin à l’œuvre féminine de Robyn Orlin où il est aussi question de chute et de mythes… Au fil de la soirée, le pantsula des Via Katlehong (à la Ferme du 23 sept au 4 oct) et le défilé imaginé par Marianne Fassler avec des gens du quartier feront vibrer les pavés et les curieux. Pour achever cette nuit magique, Dj Nicky B de Kaya FM et Mo Laudi , mixeront leurs sons made in Jo’burg ! Et en bonus : HotPots bouillonnants, massages bienfaisants de l’OstéoParty et dégustation de vins et nourriture d’Afrique du Sud.

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