Le flamenco est l’une des formes artistiques actuelles les plus fécondes et originales. Sa force repose sur un subtil mélange de spontanéité et de maîtrise de la tension qu’exprime une passion extrême . Aux chants, danses et musiques que les Gitans, héritiers des Tsiganes, développèrent et enrichirent en Andalousie depuis leur arrivée au XVème siècle, la littérature, le cinéma, la photographie, les arts plastiques, le théâtre et la mode vestimentaire participent désormais à l’extraordinaire vitalité créative de cet art populaire. À Chaillot, où le flamenco est depuis longtemps régulièrement présenté, nous donnons rendez-vous à tous les amateurs pour la première édition de cette biennale imaginée en complicité avec la Biennale de Séville , avec le soutien du Gouvernement de la région Andalouse (Junta de Andalucía) et avec l’aide précieuse et experte de Daniela Lazary . Tous les plateaux et les espaces de théâtre vont résonner du tempérament singulier de très grands artistes et de propositions belles et surprenantes.L’acteur et metteur en scène Marcial Di Fonzo Bo tissera tout au long du festival un fil inattendu et festif, tout comme, par exemple, la soirée d’improvisation réunissant quatre chorégraphes et interprètes de la danse flamenca et de la danse contemporaine avec Eva Yerbabuena et Carolyn Carlson, Andrés Marín et Kader Attou. Bien d’autres événements à partager et à découvrir : bon festival !

Quelques spectacles

Eva Yerbabuena / Federico según Lorca - les 19, 20, 21 juin à 21h et le 22 juin 19h Salle Jean Vilar Il y a ceux qui y étaient et ceux qui n’y étaient pas. Grenade, la terre de Lorca. Une nuit d’été. Eva Yerbabuena, a choisi précisément ce lieu et ce moment pour créer Federico según Lorca. Ce fut un choc ! Le public ô combien exigeant de Grenade attendait pourtant avec méfiance une «énième» version du mythe Lorca. Et ce fut un de ces instants qui renversent tout. Tempête d’émotions et de sensations qui balaya tous les scepticismes, il y a ceux qui y étaient et ceux qui n’y étaient pas. Avec Eva Yerbabuena tirant les fils d’un théâtre de marionnettes où l’enfance de Lorca habite pas à pas la chorégraphie, la bailaora réussit à offrir, avec un langage chorégraphique parfaitement contemporain, une vision de l’enfance du poète. Lorca, petit andalou, tout oreilles, yeux grand ouverts sur son monde. Il est l’éponge et le médium. L’enfance, toutes les enfances, où sensations, perceptions déferlent et se choquent. Au final du spectacle, chacun comprend que la Yerbabuena a réussi le prodige de nous montrer bien plus que l’enfance d’un poète mais l’Enfance, avec un grand E. Le même que son prénom. C’était une nuit à Grenade. Michel Mompontet

La Familia de los Reyes - le 23 juin à 15h30 - Salle Gémier Le flamenco n’a pas d’université, il n’a que des familles. Les familles sont bien, depuis toujours, la forge où se fabrique, se transmet et se conserve tout ce qui fait la singularité de cet art. C’est au sein de la famille que se vit l’identité flamenca, comme une évidence et une responsabilité.Une famille gitane flamenca, c’est une encyclopédie remuante qui recueille et fait vivre un arbre généalogique sonore de plus de deux cents ans. Les petits-enfants connaissent intimement la manière qu’avait de chanter « por soleá » l’arrière-grand-père qu’ils n’ont bien sûr jamais connu.Mémoire et transmission, voilà de quoi il s’agit. La Familia de los Reyes est l’une de ces familles gardiennes du trésor flamenco. Deux générations d’artistes sur scène pour montrer, – c’est là la plus audacieuse et la plus généreuse des intentions – ce qui se cache habituellement aux yeux du profane : la mémoire vivante d’un clan, avec la danse gitane au coeur de chacun de leursgestes. Michel Momponte tRencontres Carolyn Carlson + Eva Yerbabuena + Kader Attou + Andrés Marín - le 26 juin à 19h30 - Salle Jean Vilar Si le flamenco, avec ses codes et ses rites, constitue un monde à lui seul, son influence sur les autres arts est forte. En va-t-il de même de l’influence des autres artistes contemporains sur le monde du flamenco ? Les duos présentés lors de ce spectacle unique devraient démontrer que, pour le moins, les envies de dialogues et d’échanges existent bel et bien. À l’origine de cette soirée, il y a un souhait d’Eva Yerbabuena qui rêvait de « rencontrer » Carolyn Carlson. Souhait exaucé dans un duo qui se prolongera par la rencontre de deux hommes : Andrés Marín et Kader Attou. Ainsi, l’intensité poétique de Carolyn Carlson et de Kader Attou viendra se frotter aux énergies brûlantes du flamenco, tout en retenue, tensions et fulgurances. Dans un dialogue, sans nul doute passionnant, entre puissances telluriques et forces aériennes, entre narration et abstraction, le public éprouvera tour à tour les vertiges de l’envol et de l’élévation suggérés par Carolyn Carlson et Kader Attou puis la confiance de l’appui, l’énergie intense puisée dans le sol par Eva Yerbabuena et Andrés Marín. Entre défis et attentions réciproques, les danseurs plongeront dans l’univers de l’autre, portés et réunis par la musique vivante de musiciens de flamenco contemporains.

Carmen Linares / Ensayo Flamenco (Remembranzas) le 26 juin à 21h30 - Salle Jean Vilar Depuis cinq décennies sur scène, la légendaire chanteuse flamenco Carmen Linares pourrait se contenter de gérer sa carrière. Mais le verbe « gérer » n’est pas dans son vocabulaire. En nous offrant une « répétition » de flamenco (« ensayo » en espagnol), elle rappelle qu’il n’y a pas d’art sans risque. Car l’espace de répétition, c'est bien l’espace du risque. C'est là que nous sommes, ce n’est pas si souvent, invités à entrer. C'est là que vont résonner, grâce à sa science incomparable de cantaora, les mots des poètes espagnols qui l’accompagnent depuis toujours :Federico García Lorca, Miguel Hernández, Juan Ramón Jiménez… Et tous, dans sa voix aérienne et âpre, deviendront instantanément « flamenco ». Comme un autre point de lumière, la présence de la star du baile flamenco, Belén Maya, invitée à danser une granaina bouleversante, achèvera cette soirée passée dans le sillage de la grande Carmen. Michel Mompontet

Olga Pericet / De una pieza le 27 juin à 20h30 et le 28 juin à 19h - Salle Gémier En flamenco, les prix ne sont rien, mais ils disent beaucoup. Recevoir le prix de la critique du festival de Jerez, la Mecque du flamenco, est bien plus qu’une récompense. C’est un adoubement. Olga Pericet c’est d’abord une présence qui tient du prodige. Ce corps frêle, lorsqu’il envahit la scène semble se déployer et grandir. Olga Pericet, cordouane de naissance, est une innovatrice née. Si elle peut l’être avec cette radicalité, c’est qu’elle possède un vocabulaire classique parfaitement maîtrisé dans les différents chapitres qu’exige la danse flamenca traditionnelle. Ne fut-elle pas formée par les maîtres Manolo Marin et Rafaela Carrasco? Mais à partir de là, son sens de la plastique et son incroyable maîtrise corporelle lui donnent la hardiesse d’inventer son propre lexique gestuel en une géométrie subtile et engagée. Pour construire De una pieza, sa deuxième création, Olga Pericet s’inspire du concept qui nourrit l’art traditionnel du casse-tête chinois, le tangram. Le but du tangram est de reproduire les figures et les silhouettes proposées à partir de pièces à disposition. Et c’est dans ce territoire déroutant qu’elle met son art en jeu et en fait un jeu. Michel Mompontet

Rocio Molina / Danzaora le 28 juin à 21h et le 29 juin à 20h30 - Salle Jean Vilar Le flamenco est une langue. En espagnol, un chanteur se dit « cantante ». Mais en langue flamenca c’est « cantaor » le terme juste. De la même manière, danseuse en espagnol se dit « bailarina ». Mais pour le flamenco c’est « bailaora » qui se dit, comme s’il s’agissait d’autre chose que de chant et de danse. Voilà l’usage. Dans le choix du titre de son spectacle, il y a bien une clé du mystère : Danzaora ; Rocío Molina transgresse en inventant un mot, trouble moderne, instable, à l’image sûrement de sa personnalité artistique. Elle est comme ça Rocío : elle connaît toutes les références traditionnelles et les transmute. Danzaora donc, est plus qu’un spectacle de danse. C’est une expérience d’occupation intelligente de l’espace et du temps. La force de sa danse indique un chemin lumineux vers le futur de cet art. Et ce futur se forge actuellement dans son atelier d’alchimiste où cette surdouée, née sur scène, couronnée de tant de prix, dessine, jour après jour avec courage – car c’est aussi de ça dont il s’agit – l’un des destins flamenco les plus évidents de ce début de XXIème siècle. Michel Mompontet

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