A Londres, une exposition organisée à la Royal Academy of Arts met en regard les oeuvres de l'un des plus célèbres artistes de l'histoire, Michel-Ange, avec celles d'un vidéaste, Bill Viola. Si la Renaissance et l'art contemporain n'ont, a priori, pas grand chose à voir, elles communiquent bien plus qu'on ne le pense.

Les œuvres vidéo de Bill Viola s'inspirent souvent de motifs de la Renaissance
Les œuvres vidéo de Bill Viola s'inspirent souvent de motifs de la Renaissance © AFP / Tiziana Fabi

Si vous êtes familier du milieu de l'art contemporain, le nom du vidéaste Bill Viola ne vous est pas inconnu. Mais peut-être serez vous surpris de découvrir que celui-ci partage les murs de la Royal Academy of Arts avec un artiste légèrement plus ancien : Michel-Ange. Depuis ce week-end et jusqu'à la fin du mois de mars, l'institution britannique présente une exposition mettant en regard les œuvres des deux artistes, qui ont pourtant vécu à plus de 500 ans d'écart. 

Faire cohabiter artistes contemporains et artistes de la Renaissance est un exercice difficile - le Château de Versailles l'a expérimenté à plusieurs reprises, avec plus ou moins de succès (l'exposition des oeuvres pop de Takashi Murakami ou Jeff Koons dans la galerie des glaces avait déplu aux puristes). Mais dans le cas de cette exposition, on peut difficilement trouver meilleure cohabitation que celle de Bill Viola, artiste américain né en 1951, avec les artistes d'il y a 500 ans. 

Une création très inspirée par la Renaissance

Et ce n'est pas un hasard : à l'âge de 23 ans, c'est à Florence, berceau de la Renaissance italienne, que le jeune Viola est allé faire ses armes au sein d'un d'un groupe de vidéastes d'avant-garde, nommé Art/tapes/22. Quand il est revenu à Florence pour une grande rétrospective en 2017, déjà, le Palazzo Strozzi a choisi de faire cohabiter ses oeuvres avec celles, d'époque, qui l'ont inspiré. Le tout sous un titre évocateur : "Renaissance électronique". 

Comme les artistes des années 1600 sculptaient la matière, Bill Viola affirme, lui, qu'avec le medium vidéo, il sculpte le temps. Dans l'une de ses premières vidéos, "Reflecting Pool", réalisée en 1979 et considérée comme l'une des œuvres pionnières de l'art vidéo, il crée dans un même cadre deux images et deux espaces-temps, celui du monde "réel" et celui du reflet dans l'eau, qui semblent être totalement dissociés. 

Avec le décès de ses parents dans les années 90, c'est dans l'art de la Renaissance qu'il trouve de plus en plus de modèles : "Il s'est retrouvé face à la mort (...). C'est à ce moment que le contenu émotif, le côté humain de la Renaissance, l'ont frappé", expliquait son épouse Kira Perov dans une interview à l'AFP en 2017. "Il est devenu très influencé par les émotions extrêmes éprouvées dans ces beaux tableaux", ajoute-t-elle. 

En effet, contrairement à beaucoup d'artistes contemporains, Bill Viola cherche l'émotion plus que la réflexion dans ses oeuvres. "Trop d'artistes cherchent à parler au cerveau du public avant de parler à leur cœur", déplorait-il en 2014, dans une conférence en marge de son exposition au Grand Palais, à Paris. Ainsi, il s'est directement inspiré de tableaux de la Renaissance pour ses créations. Sa séquence vidéo intitulée "The Greeting" est directement inspirée de "La Visitation" de Pontormo, un tableau du XVIe siècle. 

A la manière des artistes de la Renaissance, il a ainsi travaillé pour l'Eglise, offrant à la cathédrale Saint-Paul de Londres un retable vidéo, faisant réellement un pont formel entre l'art sacré et l'art contemporain. 

Détournements et pastiches

A l'inverse de Bill Viola, nombreux sont les artistes qui, aujourd'hui encore, s'inspirent de motifs venus du Moyen-Âge ou de la Renaissance, ainsi que de l'art sacré, mais pour les détourner dans leurs œuvres plutôt que d'en assurer une forme de continuité. On ne compte plus le nombre de réinterprétations de la Cène de Léonard de Vinci par des artistes contemporains, ou des street-artists, comme ZEVS, qui a exposé sa propre version au Château de Vincennes, ainsi qu'un buste de Louis XIV... criblé d'une balle dans le front. 

Vue de l'exposition de ZEVS au Château de Vincennes
Vue de l'exposition de ZEVS au Château de Vincennes © Radio France / JB

Sans aller jusqu'au détournement, on peut citer également les photographies de David LaChapelle dont la composition rappelle parfois les tableaux très denses de la Renaissance (dont sa Pieta avec Courtney Love en vierge marie), ou encore les très nombreux artistes qui, comme De Vinci, ont utilisé la formule géométrique du Nombre d'Or pour leurs créations. 

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