La Rmn - Grand Palais et la Fondation Orange lancent le Mooc "Couleurs : bleu, jaune, rouge dans l’art". Jusqu'au 26 avril, on peut s'inscrire et suivre un parcours complet et ludique, pour apprendre l'origine des couleurs et leur place dans l'histoire de l'art. Voici trois histoires insolites.

Le Prisme de Newton
Le Prisme de Newton © akg -images / Science Source

Quelle est l'histoire des pigments, l'utilisation des couleurs par les artistes, leur interprétation dans les sociétés selon les époques ? Ce Mooc  promet une approche décomplexée de l'histoire de l'art en répondant à ces questions. Ni cubisme, ni abstraction au programme, concentrons-nous sur les couleurs primaires, le bleu, le jaune et le rouge, et leur apparition dans les fresques pariétales jusqu'à la peinture récente. 

Quand aux pigments, la matière même des couleurs, leur histoire est ancestrale, et parfois étonnante.

Faut-il mettre des lunettes soleil sur les tableaux de Van Gogh ?

Les tournesols, Van Gogh
Les tournesols, Van Gogh / Domaine public

Connaissez-vous le jaune de chrome ? Au XVIIIe siècle, un minerai de crocoïte a été découvert en Sibérie, et en travaillant sur ce cristal, le chimiste français Louis-Nicolas Vauquelin a mis au point quelques décennies plus tard, un pigment, le jaune de chrome, obtenu à partir du chromate de plomb. 

A partir de 1810-1820 ce pigment  court abondamment sur la palette des artistes. Fabriqué de manière industrielle, il porte aujourd'hui le nom de PY34. 

Van Gogh a utilisé le jaune de chrome, en y additionnant un peu de blanc, du sulfate de baryum, pour le rendre plus lumineux. Ces tournesols sont célèbres, sa chambre à Arles, également, et comme ces deux chefs d'oeuvres, certains de ces travaux contiennent ce pigment.

Une étude a été menée par des chercheurs de Grenoble en 201, sur Vue d’Arles avec iris (1888) et Berges de la Seine (1887), exposés au Musée Van Gogh d’Amsterdam. Elle a montré que les rayons ultra violets de la lumière engendrent sur le chromate de plomb une réaction chimique, qui finit par assombrir le jaune. Cette réaction est exacerbée par la présence du sulfate de baryum présent dans les jaunes de Van Gogh.  

Il faut donc barrer la route aux ultra-violets du soleil ou des lumières artificielles, sur les toiles de Van Gogh, et celles des artistes qui l'ont utilisé. Sinon, les célèbres tournesols du peintre risquent de perdre de leur intérêt et de leur valeur !

Quand le bleu outremer valait de l'or 

Deux détails de deux miniatures illustrant Les Très Riches Heures du duc de Berry, livre commandé vers 1410 par le duc Jean I de Berry et actuellement conservé au musée Condé à Chantilly
Deux détails de deux miniatures illustrant Les Très Riches Heures du duc de Berry, livre commandé vers 1410 par le duc Jean I de Berry et actuellement conservé au musée Condé à Chantilly / Domaine public

Qui dit bleu outremer, pense à Yves Klein, qui se l'est approprié dans les années 60, le baptisant de son propre chef, "International Klein Blue".  Qui dit Klein, se souvient de ces performances lors desquelles il enduisait copieusement des modèles nues de peinture bleue outremer pour en faire ses Anthropométries. Cette utilisation de la couleur et du pigment bleu à foison n'aurait pas été possible au XVIe siècle. 

Le bleu outremer est tiré d'une pierre semi-précieuse, le lapis lazuli, souvent extrait en Afghanistan. Il a été utilisé depuis l'Antiquité, et de plus en plus fréquemment à partir du XVIe siècle. Mais avec une très grande parcimonie car on le disait plus cher que l'or.  Donc seuls de riches mécènes pouvaient passer commande de peintures contenant ce bleu, et la quantité utilisée est réglée par contrat au préalable. Il était si cher que les artistes posaient d'autres pigments bleus, plus communs, en première couche sur la toile, et l'outremer n'était déposé qu'en surface et en quantité minime. 

En 1828, le chimiste français Jean-Baptiste Guimet a mis au point l'outremer artificiel, dix fois moins cher, et grâce à lui  l'outremer se répandit plus facilement. 

Des milliers de trajets maritimes pour avoir du rouge 

Le rouge carmin vient du kermès, parasite des chênes de Méditerranée, et de la cochenille, parasite des cactus d'Amérique latine. Au Mexique, ou au Pérou, on élève des cochenilles depuis 2000 ans. Lorsque les femelles cochenilles sont grosses comme des lentilles, elles sont récoltées, tuées, cuits au four, bouillies, séchées, et vendues comme colorant. Il fallait 70 000 insectes pour une livre de colorant. 

Purs produits de la colonisation, plusieurs milliers de milliards d'insectes ont été convoyées par les flottes espagnoles pour être importées en Europe. Des documents d'un chroniqueur espagnol du XVIIe siècle,  mentionnent qu'une livraison a eu lieu en 1578 à Séville : 72 tonnes de rouge de cochenille sont arrivées à Séville et ont été répandues dans toute l'Europe. 

Ce rouge, si rayonnant et profond, a peu à peu supplanté le rouge kermès de Méditerranée. Depuis, les colorants de synthèse sont apparus, mais les cochenilles se cachent encore dans certaines nos couleurs, en cosmétique et alimentation.  Ce rouge est aussi le E120 que l'on retrouve dans l'alimentation industrielle, et les bonbons notamment. 

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