L’équipe des critiques cinéma du Masque et la plume a vu "Bonne Pomme", le film qui réunit à nouveau le couple mythique du "Dernier Métro" et ils ne sont pas très convaincus.

Détail de l'affiche de "Bonne pomme" de Florence Quentin
Détail de l'affiche de "Bonne pomme" de Florence Quentin © Mon Voisin production, Thelma films

La présentation de Bonne Pomme par Jérôme Garcin

_Bonne pomme de Florence Quentin avec Catherine Deneuve et Gérard Depardieu, et la "bonne pomme", c'est Gérard, qui reprend un garage dans un village du Gâtinais que connait très bien le réalisateur Didier Lagarde. Le maire du village est Guillaume de Tonquédec qui tombe sous le charme de l'aubergiste. Barbara, c'est Catherine Deneuve. On peut peut-être juste dire aux fans du couple du Dernier métro_ que ce n'est pas la même chose. Juste pour les avertir. Même pour les fans du couple de Potiche... On est assez loin.

Xavier Leherpeur : "Un film où il ne se passe strictement … rien"

Je l'ai vu dans une salle pleine de jeunesse : l'âge moyen devait être autour de 83 ans à vue de nez. Et ils parlent à cet âge-là devant les films : tant mieux, ça m'a tenu éveillé. La seule bonne idée, parce que j'essaye de rester positif, c'est qu'ils ont un peu inversé les codes : Gérard Depardieu est tout gentil, tout mielleux, il rend service, il l'accepte... Et Catherine Deneuve, "joue" Gérard Depardieu : elle râle, elle picole, elle crache, elle s'emporte contre tout le monde... A partir de là, il ne se passe plus rien.

Ce soir on a quand même cité les mots de "prévisible" "d'attendu" pour d’autres films, alors là, mes enfants qu'est-ce que vous allez avoir comme rhétorique pour Bonne Pomme… Où il ne se passe strictement rien.

Je crois que je n'ai jamais vu un film aussi fade, aussi lisse, aussi inexistant en terme de scénario. A la toute fin, que je ne vous révélerai pas, parce que je suis bon camarade, et encore, si je le faisais, vous me remercieriez : 10 € d'économisés par les temps qui courent, c'est toujours ça de pris ! Les scénaristes, puisqu'il s'agit de Florence Quentin et de son fils, je présume, se sont dit : "ouh, là, on n'a pas grand chose pour finir ! Comment est-ce qu'on termine ?" Donc ils inventent une abracadabrantesque, histoire de go-fast de voitures qui passent les frontières pour essayer de sortir les personnages de village qui ressemble à celui du Prisonnier. On se dit qu'on ne va jamais sortir de cet endroit. C'est encore plus anxiogène que dans Les Proies.

On se dit :

Mais mon dieu, Catherine, envoyez-nous un message, on va vous envoyer un chèque ! Vous n'avez pas le droit de nous faire ça ! On vous aime d'amour.

Elle est formidable, elle joue toute seule. Elle surjoue du coup. On l'aime d'amour dès qu'elle bouge un bras, ou un cil, mais non ! Moi, là, je lui envoie un chèque même si je ne gagne pas beaucoup... La prochaine fois, Catherine, envoyez-nous le scénario, enfin le post-it, avant de signer !

Jean-Marc Lalanne : "Comme une électricité statique et électrique de cinéma"

Tu parlais de la fuite des personnages, et effectivement, on a l'impression que ce sont les acteurs qui s'évadent à la fin, qu’ils laissent tout derrière eux, et disent : on se fait la malle ! Ils quittent un contexte extrêmement poussif avec un récit auquel on ne comprend rien. C'est un imbroglio très ennuyeux. Mais il y a quelque chose malgré tout sédimente sur les dix films qu'ils ont faits ensemble qui reste fort. Il y a une comme une électricité statique et électrique de cinéma qui se produit. Comme ils n'ont rien à jouer, il se produit quelque chose qui tient à l'histoire que l'on a avec eux depuis longtemps qui fait que c'est un peu émouvant de les voir encore une fois à ce moment-là de leur carrière, de leur vie se retrouver.

Sophie Avon : "Bonne pomme, ça sent la recette à plein nez !"

C'est vrai qu'il y a ces retrouvailles, mais sinon, ça sent la recette à plein nez. On prend des stars, on les met dans des rôles qui ont déjà joué des milliards de fois. Elle a déjà joué des grandes extravagantes, élégantes. Entre parenthèses, elle vient de Paris, parce que bien sûr, une élégante, elle ne peut pas venir de province ! Et puis la douce France, et puis des bons acteurs autour. Tout ça avec un scénario que je trouve, au contraire, très épais, pâteux.

Jérôme Garcin : "Le film à ne pas faire"

Comme en plus il y a Guillaume de Tonquédec, qui a l'air de dire aux deux autres "Fais pas ci, fais pas ça" : c'est le film à ne pas faire.

ECOUTER I Le masque et la plume dont ce passage est extrait

La bande-annonce

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.