Deux personnes que tout sépare, se rencontrent au cours d’un combat mythique et truqué : le champion de boxe noir Jack Johnson et le dandy blanc Arthur Cravan. Un prétexte pour mettre un coup de projecteur sur les vies incroyables de deux hommes très libres, qui en disent beaucoup sur leur époque.

Détail de la couverture d'"Il était 2 fois Arthur" de Nine Antico et Grégoire Carlé
Détail de la couverture d'"Il était 2 fois Arthur" de Nine Antico et Grégoire Carlé © Aire Libre/Dupuis

Il était 2 fois Arthur débute par un combat de boxe entre noirs… les yeux bandés ! A peine l’esclavage aboli aux Etats-Unis (1865), les noirs servent de chairs à canons pour des spectacles violents vus par des blancs… La ségrégation sévit encore. Jack (né John Arthur en 1878) Johnson s’est toujours senti l’égal des blancs… Et on va le lui reprocher sans cesse.

Johnson boxait en toute décontraction

Il laissait ses adversaires se fatiguer à venir à lui, pour mieux les achever. En dehors du ring ? Une vie de provocation et de plaisirs (vitesse, alcool, femmes)… En avril 1916, un pseudo match truqué à Barcelone l'oppose à Arthur Cravan, poète dandy un brin prétentieux de la famille d’Oscar Wilde. Un double inversé de Jack Johnson avec lequel le boxeur noir partage un goût intense pour la liberté. Deux personnalités que le livre de Grégoire Carlé et Nine Antico raconte en maniant habilement un jeu de miroirs.

Ce qui a attiré Nine Antico vers ces deux trajectoires : 

C’est la boxe avec sa symbolique des corps à corps, leurs beautés quand ils se touchent, s’étreignent et dansent. En particulier dans « le clinch » lorsque les masses corporelles se poussent l’une l’autre et avancent comme dans une chorégraphie.

L'auteure de BD a elle-même pratiqué le noble art 

Vers 30 ans j’ai eu besoin de me confronter à la notion de courage, j’ai eu envie de me battre et de savoir le faire. J’étais heureuse d’apprendre à canaliser la violence à ne pas avoir peur, à garder mon sang froid, à ne pas cligner des yeux, et à esquiver. 

Mais la boxe est aussi l’occasion d’évoquer la pauvreté, le racisme… Et le match qui a réuni Johnson et Cravan « n’est qu’une métaphore du combat pour leur indépendance et leur liberté qu’ils ont dû chacun mener avec des dommages dans leurs vies et celles de leurs proches. » Quand on demande à Nine Antico de quel côté il faudrait regarder aujourd’hui pour trouver autant de liberté, elle répond, sans hésiter: "le courage des nouvelles féministes très jeunes qui changent le code de l’esthétisme, du genre, et de la féminité."

La construction originale du récit, le ton ironique au service de personnalité d’exceptions font de cette BD une biographie à part. Le trait en noir et blanc exceptionnel de Grégoire Carlé rend hommage aux champions, et s’accorde avec l’aspect décalé du récit de Nine Antico, tout en magnifiant les corps à corps des combats de boxe. Le dessin rend particulièrement palpable les coups, la tension… Un livre complet et moderne.

Comment j’ai dessiné "Il était 2 fois Arthur", la leçon de dessin de Grégoire Carlé

Il était 2 fois Arthur de Nine Antico et Grégoire Carlé est publié chez Dupuis

Détail d'une planche d'Il était 2 fois Arthur de Nine Antico et Grégoire Carlé
Détail d'une planche d'Il était 2 fois Arthur de Nine Antico et Grégoire Carlé / Aire Libre/Dupuis

🎧  ECOUTER | Jack Johnson, le boxeur noir qui divisa l'Amérique

A venir : 

Grégoire Carlé sera présent à la 7ème édition du Festival Formula Bula qui se tient à Paris du 24 au 29 septembre, avec une série d’expositions et de rencontres dans une dizaine de lieux. Ne pas manquer la première édition du Festival Bédérama du 27 au 29 septembre, au Forum des images à Paris, avec notamment une Master class de Mathieu Sapin, une rencontre Mathieu Sapin, Christophe Blain et Joann Sfar etc...

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