La BPI du Centre Pompidou présente une exposition rafraichissante sur la créatrice des "Frustrés", l’une des rares femmes dessinatrices BD dans les années 70.

Claire Bretécher
Claire Bretécher © Dargaud pour l'exposition Bretecher à la BPI / Rita Scalia

Les Frustrés, Agrippine, Cellulite, Docteur Ventouse … quel que soit votre âge, vous n’avez pas pu y échapper, tant les héros deClaire Bretécher sont ancrés dans leur époque depuis presque 50 ans. L’exposition à laBibliothèque publique d'information du Centre Pompidou rend hommage à la dessinatrice, et permet d’en savoir plus. La première partie s’attarde sur ses influences (de Franquin à Sempé en passant par les strips américains) et sur l’évolution de son dessin (d’une grande simplicité vers plus de réalisme). Après un passage par la presse catholique jeunesse, Claire Bretécher pousse la porte de Pilote où elle est accueillie par Goscinny.

Puis, avec Gotlib et Mandryka , elle participe à naissance de l’Échos des Savanes, en1972 avant de débuter au Nouvel Observateur où elle crée Les Frustrés en 1973, puis Agrippine et le "bobologue"Docteur Ventouse . Parallèlement, Claire Bretécher peint. Ce tour d’horizon de son œuvre, souligne son immense capacité à saisir avec acuité et humour les travers de l’époque et des rapports sociaux au sein de la classe moyenne.

Dessinatrice libre et fine observatrice Un exemple de ce regard particulièrement aiguisé de Claire Bretécher sur la société avec cette planche tirée des Frustrés sur les stéréotypes de genres dans un couple :

Ma moitié de Citron / Les frustrés
Ma moitié de Citron / Les frustrés © Dargaud pour l'exposition Bretecher à la BPI / Claire Bretecher

Ce qui me frappe c’est sa liberté. Dèjà dans son histoire : elle arrive à Paris à 20 ans. Très obstinée, elle veut gagner sa vie avec son dessin. Elle debute à Bayard presse avant de s'orienter vers la BD. Elle a beaucoup de cran. Et puis, dans les thèmes qu'elle traite : les relations humaines en particulier. C'est assez original pour les années 1970. Elle se dit très peu observatrice, mais ressent finement les enjeux des rapports sociaux. Ce qui se dégage de son travail, c'est son indépendance vis à vis des idéologies, elle donne l'impression de n'avoir peur de rien

Isabelle Bastian-Dupleix, commissaire de l'exposition :

Claire Bretécher vue par Charles Berberian, dessinateur

Nous avons demandé à Charles Berberian, dessinateur et fan absolu de Bretecher, de nous parler du dessin de cette grande artiste. Il l'a découverte dans les magazines pour la jeunesse :

Claire Bretécher n'est pas du tout dans les codes graphiques de la BD classique. Elle a eu très tôt son vocabulaire à elle, qui est plus proche de la bande à Hara Kiri et Charlie Hebdo. Elle libère les dessins d'humour, comme Reiser, d'un critère de lisibilité : les traits maîtrisés, les formes qui se ferment. Elle simplifie, les dessins et les décors, mais le résultat n'est pas froid. Et il y a une énergie ! Ce qui me fascine, c'est l'exactitude du dessin : ça a beau être synthétique, interprété, ou caricatural, les positions de ses personnages sont extrêment justes, finement observés. Elle a une acuité visuelle et graphique...

Il commente ci-dessous cet autoportrait présenté dans l'exposition :

Autoportrait à l'encre de Chine
Autoportrait à l'encre de Chine © Dans l'exposition qui est consacrée à la BPI / Claire Bretecher

J'aime beaucoup comment Claire Bretécher se dessine : elle accentue son sourire inversé, qui du coup n'en est plus un. Comme toutes les personnes qui ont beaucoup d'humour, je crois que c'est une forme d'élégance pour cacher sa mélancolie. À la manière d'Oscar Wilde, dans son portrait de Dorian Gray :elle, elle est belle, elle a des traits fins, mais quand elle se dessine, c'est une espèce de veau, on a l'impression qu'elle va s'enterrer dans sa table à dessin. Mais ça la rend très fragile, le contraire de ce qu'elle donne à voir. Quand elle s'exprime, elle est précise, on ne lui fait pas dire ce qu'elle n'a pas envie de dire. Elle ne se laisse pas entraîner dans quelque chose qui lui déplait, elle sait se préserver. Elle s'est beaucoup dessinée, mais à chaque fois de façon différente.

Dans les archives de l'INA

Esquisse pour la couverture des Frustrés en 1975
Esquisse pour la couverture des Frustrés en 1975 © Dargaud pour l'exposition Bretecher à la BPI / Claire Bretecher

Peu diserte en Interview, Claire Bretécher a néanmoins accepté parfois de participer à des émissions de radios. Pour dire qu’elle n’aimait pas ça, mais pas seulement. On a fouillé dans les trésors de l'INA :

Vers le bas, à partir des hanches, elle a deux jambes…

Le 9 décembre 1973, sur France Culture dans l'émission Court circuit, une ITW foutraque avec Gotlib qui la décrit.

J’ai fait le tour des rédactions, comme tout le monde, et j’ai débarqué à Pilote. J’ai été reçue par Goscinny. J’en suis sortie toute tourne boulée…

Dans l'émission Le Bon plaisir le 11 février 1989 sur France Culture sur Goscinny et l'ambiance à Pilote.

Un album, c'est deux ans de travail [...] C'est fatiguant, et en vieillissant, c'est de moins en moins facile, et je suis moins cool, je suis plus exigeante sur le dessin

Au micro de Pascale Clark, sur France Inter dans l'émissionTam Tam le 8 novembre 2001 au moment de la sortie d'un nouvel album d'Agrippine :

Aller + loin

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