C’est une information France Inter : le théâtre Paris Villette va rouvrir ses portes, cet automne, avec, à sa tête, un duo : Valérie Dassonville et Adrien de Van.

L’une est metteure en scène. Elle a réhabilité le théâtre de Bligny, dans l’Essonne. L’autre est comédien, metteur en scène. Il a dirigé durant 4 ans le théâtre du Jardin, à Paris. Ils ont la quarantaine, ce ne sont pas des stars du théâtre mais des spécialistes de l’accueil des compagnies, soucieux de la question du public.

Après la longue crise qui a opposé la Mairie de Paris au directeur Patrick Gufflet, à qui il était reproché une mauvaise gestion de son lieu essentiellement financé par la Ville, la Mairie a lancé un appel à projets. Plus d’une quarantaine de propositions ont été examinées et c’est la proposition de ce duo qui a été choisie : Valérie Dassonville et Adrien de Van manifestent une double volonté : présenter du théâtre jeune public, accueillir un public jeune, qu’il s’agisse d’enfants ou d’adolescents mais aussi des spectateurs de tous âges qui n’ont pas l’habitude de franchir les portes du théâtre. L’autre volonté est d’accueillir au moins 6 compagnies en résidence par an.

Les précisions de Bruno Julliard, adjoint au Maire de Paris, chargé de la culture:

Le théâtre Paris Villette a donc trouvé un successeur à Patrick Gufflet, l’ancien directeur ? Oui, il était important pour le Maire de Paris et pour moi qu'une nouvelle direction portant un projet renouvelé soit nommée rapidement au Théâtre Paris Villette.

Pourquoi choisir un couple et qu’est-ce que cette union apporte au théâtre ? L'appel à candidature laissait la possibilité de se présenter seul ou en binôme. Nous n'avons pas choisi un binôme, nous avons privilégié un projet. Ce projet est porté par une co-direction, qui réunit Valérie Dassonville et Adrien de Van. Une femme, un homme. Une nouvelle génération. C’est un signe fort pour la reprise de ce très beau lieu.

Vous misez sur deux inconnus du grand public, même s’ils sont du métier. C’est un pari et quel pari faites-vous? Ils sont jeunes mais ont tous les deux un beau parcours avec des expériences diverses. Pour être connu, il faut en avoir eu la possibilité et il y a beaucoup de professionnels compétents qui n'ont aujourd’hui pas assez de visibilité. En faisant ce choix, nous faisons le pari à la fois de la jeunesse, de l’audace et de la créativité. Et du renouvellement.

Il restait trois projets en lice. En quoi ce projet était-plus convaincant, selon vous ? D’abord, nous avons reçu 44 dossiers. 44 projets très différents. D’une grande qualité. Le choix n’a donc pas été facile. Les trois derniers projets retenus incarnaient trois visions différentes. Valérie Dassonville et Adrien de Van ont su proposer un projet très lisible, avec un découpage de la programmation en 4 saisons à l’identité spécifique – avec 250 représentations annuelles. Ils ont su nous convaincre quant à leur capacité à révéler et accompagner de jeunes compagnies, mais aussi par leur approche des publics. Ils sont artistes et ont déjà chacun l’expérience de direction de lieux, même si ces lieux ne sont pas comparables avec le Théâtre Paris Villette, cette double vision et double expérience est un atout. Par ailleurs, ils ont su transmettre, tant dans leur dossier écrit que lors des auditions, leur enthousiasme, leurs valeurs, leur audace et leur capacité à fédérer les énergies artistiques comme les publics. Ils nous ont fait rêver. Nous avons vu ce qu’allait devenir le théâtre. Ce projet est cohérent, crédible. Nous avons souhaité leur faire confiance.

Le Paris Villette devient-il un théâtre pour la jeunesse ? Le projet de Valérie Dassonville et Adrien de Van est celui d’un théâtre tout public, familial, qui s’adresse à tous, dont les enfants et les adolescents. Chacune des pièces portera la mention de l’âge minimum à partir duquel on peut y assister. Il n’y aura pas de programmation spécifique pour un public en particulier. Aujourd’hui le théâtre doit rassembler tous les publics, sans limite d’âge.

Le but est-il de faire venir des enfants et des adolescents au théâtre, de rajeunir le public ? Le rôle d’un théâtre public c’est aussi de donner l’occasion à ceux qui n’en ont pas l’habitude, d’aller au théâtre. Le Paris Villette doit avoir cette ambition d’aller chercher les jeunes publics, notamment issus des quartiers les moins favorisés.

Le duo affiche une volonté éducative, un travail artistique réunissant les scolaires. Vous qui avez travaillé aux côtés de Vincent Peillon en vous occupant du dossier des rythmes scolaires, avez été sensible à cette démarche ? Le projet de Valérie Dassonville et d’Adrien de Van était en effet l’un des plus ambitieux sur la démarche éducative, auprès des scolaires notamment. Le contexte de la réforme des rythmes éducatifs n’était pas mentionné dans notre cahier des charges mais nous avons été sensibles à la prise en compte de cet enjeu qui va devenir une réalité dès la rentrée 2013. Mais ce qui nous a surtout convaincu dans le projet de Valérie Dassonville et d’Adrien de Van, c’est l’articulation forte entre les ateliers proposés et la programmation artistique, l’action culturelle n’est pas pensée séparément du projet artistique, les artistes restent au cœur du projet dans toutes ses dimensions et seront pleinement impliqués dans la démarche d’éducation artistique.

Un spectateur de plus de 50 ans, fidèle du Paris Villette, va-t–il s’y retrouver ? Le Paris Villette était et reste un théâtre de création qui a vocation à accueillir des compagnies émergentes, principalement. Par définition, la création contemporaine est sans cesse en mouvement, en renouvellement. Les fidèles du théâtre Paris Villette, quel que soit leur âge ou leurs goûts, auront la possibilité de découvrir de nouvelles écritures, de nouvelles formes, mais aussi de retrouver certains artistes plus confirmés qu’ils connaissent peut être déjà. Le théâtre Paris Villette change de direction mais garde sa vocation initiale dédiée à la création contemporaine.

Les artistes qui seront accueillis sont déjà programmés dans d’autres théâtres, comme Cyril Teste, au 104, par exemple ou Pauline Bureau. Quelle est alors la véritable nouveauté de ce projet ? Depuis quelques années, les établissements culturels de la Ville de Paris travaillent ensemble sur des projets coproduits et qui sont présentés dans différents lieux parisiens – favorisant ainsi la diversification des publics tout en accueillant des projets d’envergure qui ne pourraient être portés par un unique lieu. Valérie Dassonville et Adrien de Van veulent s’associer à cette démarche et à cette dynamique. Et je les y encourage. Les univers artistiques qu’ils proposent sont plus vastes que l’exemple des deux artistes cités. Ils ont évoqué Benoît Lambert, Fanny de Chaillé, Christophe Chassol, Mathieu Roy etc. ou encore le théâtre de troupe avec des collectifs comme In Vitro ou le groupe ACM. Par ailleurs, avec le temps fort « nouvelles graines », en lien avec les écoles nationales de théâtre, ils vont donner une visibilité à de jeunes équipes artistiques.

Allez-vous pouvoir assumer, seul, la charge budgétaire du théâtre ? Vous accordiez en 2012 au théâtre la somme de 865 000 euros. Allez-vous devoir augmenter cette subvention ? Le budget présenté par Valérie Dassonville et d’Adrien de Van prévoit une subvention de la Ville moins importante que celle de la précédente équipe. D’autres financements, publics comme privés, devraient compléter le seul financement de la Ville. C’est l’ambition des codirecteurs. Nous resterons vigilants.

Vous affirmiez que sous la direction de Patrick Gufflet, le théâtre Paris Villette accueillait moins de 8 000 spectateurs par an. Quelle est la barre fixée aux nouveaux directeurs ? La dernière année, le Paris Villette a accueilli 4 000 spectateurs quand il en accueillait 14 000 en 2006. Nous n’avons pas donné d’objectifs quantitatifs aux directeurs. Ce serait absurde. Un juste équilibre est nécessaire : le théâtre doit être ouvert et accessible au plus grand nombre. Nous avons choisi un binôme dont le parcours est traversé par la conquête de publics éloignés et empêchés. Valérie Dassonville et Adrien de Van pensent le Paris Villette comme un lieu de vie : du bar (lieu de convergences et de convivialité), aux ateliers en passant les spectacles. Un public nombreux et divers devrait trouver sa place dans ce lieu renouvelé – d’autant que la politique tarifaire sera très attractive.

Que devient Patrick Gufllet ? Patrick Gufflet a choisi de partir dans le réseau culturel français à l’étranger. Par son expérience internationale, notamment en lien avec l’Afrique, il saura développer des projets de coopération intéressants et je me réjouis de cette perspective pour lui.

Quand verrons-nous un spectacle et quel spectacle au Paris Villette ? Des « journées portes ouvertes » devraient être organisées à la rentrée, avec probablement une présentation du projet et de la saison artistiques. L’objectif que nous leur avons fixé est une ouverture à l’automne 2013.

Le nom du théâtre va-t-il changer ? Certains candidats l’ont suggéré. La nouvelle direction désignée, ne le souhaite pas. Le Théâtre Paris Villette gardera donc son nom.

Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.