La parole est aux auteurs. À quelques jours de la révélation du lauréat du Prix du Livre Inter, écoutez chacun des écrivains en lice parler de son livre.

Maylis de Kerangal
Maylis de Kerangal © Getty

Maylis de Kerangal a écrit Un monde à portée de main (Verticales)

L'histoire par l'auteur

"Mon livre raconte l’histoire de Paula Karst, qu’on va suivre entre 20 et 27 ans. Et c’est l’histoire d’une initiation. Une initiation à la peinture mais aussi une initiation au monde. Paula va apprendre dans une école très particulière à Bruxelles, à reproduire les matériaux qui composent le monde : les marbres, les bois et... les écailles de tortues. Forte de ce savoir-faire que je me suis attachée à décrire de manière très précise, très technique, m’initiant moi-même à ce monde que je ne connaissais pas, elle va travailler sur plusieurs chantiers. C’est tout un parcours de sortie de l’adolescence et d’entrée dans l’âge adulte qui vont lui ouvrir les portes des grottes de Lascaux.

Ce dernier chantier, c’est un jeune homme qu’elle a rencontré à Bruxelles, Jonas, qui l’y emmène. Et entre eux deux, il y a toute une histoire d’amour qui avance à bas bruit pendant tout le livre."

"J'avais envie de montrer quelqu'un qui se métamorphose dans l’acquisition d'un savoir particulier. Et je pense qu'il y a dans l'acquisition d'une compétence, d'un savoir, d'une culture, quelque chose d'assez merveilleux, qui vous métamorphose et qui travaille votre sensibilité, votre regard et je trouvais justement que la peinture était idéale."

Un personne au travail, c'est un corps qui bouge.

"Tout l'aspect sentimental des personnages est traduit par les corps. Paula reçoit un enseignement académique extrêmement dur. Son corps en souffre. L'idée qu'on a toujours des maux de tête parce qu'on est toujours un peu défoncé dans les vapeurs de solvants, dans les vapeurs de peinture. Elle reçoit, comme quand on est initié, des marquages, des espèces de stigmates. Donc les yeux brûlent, elle a des grands cernes.

Je voulais montrer vraiment qu'elle s'initie au monde par le corps, par un rapport à la matière et non pas uniquement dans un rapport uniquement intellectuel, uniquement cérébral."

"Il y a dans l'idée du trompe-l’œil tout ce qui est le vrai et le faux."

"Ce qui était important pour moi, c'était d'approcher peut-être ce que c'est que la fiction, c'est-à-dire le mystère de l'illusion, la crédulité que ça engage. Dans le trompe-l’œil, il y a toujours deux temps. Le temps où l’œil est trompé, le temps où l’œil se détrompe. Et ce second temps est celui de la jouissance et du plaisir. 

C'est-à-dire qu'on doit s'engager physiquement justement en posant sa main sur les parois. Elle découvre que ce n'est pas de la pierre, c'est une peinture de marbre. Je trouvais ça beau cette histoire de tâtonnement."

La reconstitution de Lascaux

"Cette grotte a été reconstituée en convoquant les savoirs des scientifiques d'une part et puis d'autre part les artistes, les braqueurs de réel, les trafiquants de fiction : les sculpteurs, les vitraillistes, les peintres, comme elle, pour que les visiteurs ai accès à une expérience de ce que pourrait être l'art du paléolithique.

Je ne veux pas du tout dire que ce fac-similé, c'est la vérité en soi. Je veux dire qu'il est un accès à une expérience sensible et pour moi, il contient de la vérité."

L'après Réparer les vivants

"Réparer les vivants, ça a été une expérience merveilleuse et j'ai eu besoin de m'intéresser à un art modeste, la copie, le trompe-l’œil. 

C'était pour moi une façon de me reconnecter à ma matière, c'est-à-dire le langage.

L'auteur en quelques lignes

  • Maylis de Kerangal a publié son premier roman, Je marche sous un ciel de traîne, en 2000. Elle a créé les Éditions du Baron Perché spécialisées dans la jeunesse 
  • En 2010, Naissance d'un pont remporte à l'unanimité et au premier tour le prix Médicis 
  • En 2014, Réparer les vivants, qui suit pendant 24 heures le périple du cœur du jeune Simon, en mort cérébrale, jusqu'à la transplantation de l'organe remporte cinq prix dont celui du Roman des étudiants France Culture-Télérama
  • Trois de ses romans ont été adaptés au cinéma

Ecoutez l'entretien dans son intégralité

7 min

Maylis de Kerangal avec Eva Bettan

Par France Inter

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