Le Grand Palais présente jusqu'au 9 juillet une exposition nommée "Artistes & Robots", qui explore le lien entre des plasticiens et les robots qu'ils imaginent et utilisent pour créer leurs œuvres d'art. Mais un robot peut-il être autre chose qu'un exécutant, et faire preuve d'une sensibilité artistique ?

Le robot est-il un artiste comme les autres ?
Le robot est-il un artiste comme les autres ? © AFP / Ole Spata / DPA

Des bras mécaniques articulés, des voitures télécommandées qui se déplacent le long d'une toile, une araignée mécanique géante, mais aussi des logiciels, des algorithmes et des intelligences artificielles : voilà les artistes de l'exposition "Artistes & Robots", présentée au Grand Palais depuis le 5 avril et jusqu'au 9 juillet prochain.  

A la frontière de l'art et de la science 

Mais même si ce sont eux qui produisent les œuvres d'art que les visiteurs peuvent observer, sont-ce bien les artistes, c'est-à-dire qu'ils ont leur propre sensibilité artistique ? Ou sont-ils des outils programmés par les artistes, qui transmettent donc la vision d'un autre ? C'est l'une des questions centrales que pose cette exposition, qui explore le lien entre les artistes et leurs robots.  

Ces "robots" (le terme est très global puisqu'il contient aussi des programmes virtuels) produisent des œuvres génératives, aléatoires, algorithmiques, "à la frontière de l'art et de la science", expliquait sur France Inter Jérôme Neutres, l'un des commissaires de l'exposition. Leur production est "l'expression d'un imaginaire artificiel (…) ces expressions artificielles sont peut-être l'énergie de l'art de demain", ajoute-t-il.  

Sensibilité et aléatoire 

Ainsi, dans ses "Orogénèses", l'artiste Joan Fontcuberta a donné des photos de toiles de maître à interpréter à des logiciels censés créer des images en trois dimensions à partir de cartes. Court-circuitant la fonction "normale" de ce programme, il génère ses images en trompant un logiciel, qui crée donc de l'art sans le savoir.  

Au contraire, les petites voitures robotisées de Leonal Moura ont une sensibilité, mais à une seule couleur : chaque robot posé sur la toile (à plat) trace des lignes d'une seule couleur, et est muni d'un "œil" qui ne voit que cette couleur-là, et le blanc. Là où il voit du blanc, il trace sa couleur, là où il voit sa couleur, il la renforce. S'il passe sur une ligne tracée par un autre, il ne fait rien. Si chaque petit robot a sa propre sensibilité "artistique", quoiqu'un peu mécanique, l'œuvre finale est le fruit de la collaboration et de l'interdépendance des robots et donc, en quelque sorte, du hasard.  

A quel point le robot est-il humain ? 

Donner du goût à un robot, c'est l'expérience qu'ont mené des chercheurs de l'Ecole nationale supérieur de l'électronique et de ses applications, pour créer Berenson, un robot amateur d'art. Présenté en 2016 au Musée du Quai Branly dans une exposition nommée "Persona, étrangement humain", Berenson est conçu pour enregistrer les réactions des spectateurs face à des œuvres d'art, les croiser, et se faire sa propre opinion, de sorte que lorsqu'il se retrouve ensuite seul face à une œuvre, il peut sourire, rester coi, voire se montrer dégoûté. Simple calcul mathématique ? Peut-être, mais au fond, les êtres humains ne font-ils pas, au moins en partie, la même chose, pour se forger leur propre goût artistique ?  

Et si c'était un aspect incontournable de la personnalité humaine, que de prêter un sens artistique à un robot, c'est-à-dire un objet qui, par essence, n'a pas de conscience ? L'exposition "Persona" du Quai Branly montrait aussi une expérience menée par des psychologues, Fritz Heider et Marianne Simmel, en 1944, a prouvé que l'esprit humain ne pouvait s'empêcher de chercher, partout autour de lui, à interpréter les actions par des sentiments et des intentions. Chez les animaux, mais aussi chez les choses inanimées. De sorte qu'une animation montrant des formes bougeant de façon aléatoire est forcément interprétée comme une petite histoire. Voyez par vous-même : en toute logique, vous verrez dans cette séquence l'histoire d'un petit cercle et de deux triangles qui se disputent un espace rectangulaire.  

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