Le compte à rebours a démarré. Le 9 juin prochain, le 24 jurés viendront à la maison de la radio délibérer, sous la présidence de Riad Sattouf. Coup de projecteur d'ici là sur les dix romans sélectionnés.

Franck Bouysse
Franck Bouysse © Getty

Franck Bouysse a écrit Né d'aucune femme (La Manufacture de Livres).

L'histoire par l'auteur

"Rose, c'est une fille qui sait à peine lire et écrire et qui est vendue par son père pour une bourse pas très fournie à un notable, un maître de forge. Quand il n'y avait pas de garçon et beaucoup de filles dans une famille, on pouvait placer, "vendre" une fille, comme servante, sans trop savoir ce qui allait se passer par la suite."

"Ce livre vient de la rencontre d’une émotion et d’une révolte. Je me souviens, j'ai commencé par cette phrase, je ne sais pas pourquoi, je ne sais pas d'où ça vient : "Mon nom c'est Rose. Rose, c'est comme ça que je m'appelle" J'ai écrit ça sur un cahier. Elle s'est mise à me raconter son histoire. Je n'avais jamais écrit à la première personne. Et du coup, je lui ai tenu la main, ou c'est elle qui me l'a tenue, je ne sais plus, et je ne l'ai plus lâché."

"Ce qui semble relever du conte a existé et existe encore aujourd'hui. On me rapporte, au cours de signatures, que ce genre de chose s'est passé encore après guerre. Ces jeunes femmes étaient vendues pour être bonnes à tout faire. Sans trop savoir ce qui advenait vraiment d'elles. Là, pour le coup ça va aller encore un peu plus loin que ça."

C'est un livre sur la puissance et sur l'impuissance. Cette idée du destin.

"Une fille comme Rose qui naît dans une famille de paysan, elle a un destin tout tracé, malheureusement. Elle va théoriquement travailler toute sa vie pour pas grand chose et mourir sans avoir ajouté grand chose à ce qu'elle est au départ."

Je m'aperçois au fur et à mesure de l'écriture que mon ambition, c'est aussi de contrarier ce satané destin. De le contrarier grâce à l'art. 

"Elle a trouvé le moyen de résister grâce aux mots. Elle ne sait pas ce que ça va devenir, mais c'est son seul moyen d'exister. Elle parle beaucoup de traces, Rose, c'est-à-dire laisser une trace. Que cette petite Rose, grâce aux mots, elle va trouver une forme de rédemption.

C'est un monde qui n'a pas complètement disparu, un monde paysan, où les humains étaient encore incorporés à la nature. Ça me tient à cœur parce que ce sont les gens qui m'ont fabriqué, qui m'ont élevé. Ce ne sont pas des gens qui parlent beaucoup. On parle de taiseux. Les émotions, on ne les exprime pas. La seule valeur d'ajustement, c'est le travail et donc moi, ma façon de parler, ça a été d'écrire."

L'auteur en quelques lignes

  • Sa vocation pour l’écriture est née d’une grippe. Sa mère, institutrice, lui offre trois livres pour l’occuper. Il ressort de ses lectures avec un objectif : raconter des histoires, lui aussi.
  • Professeur dans un lycée technique à Limoges, il se lance en 2004 dans l'écriture avec la publication du roman La paix du désespoir
  • Grossir le ciel paru en 2014 à La Manufacture de livres est salué par de nombreux prix notamment le Prix Polar Michel-Lebrun 2015, le Prix Polars Pourpres 2015 et le Prix SNCF du polar 2017. Au total, près de 100 000 exemplaires seront vendus.
  • Né d'aucune femme est son 13ème roman

Ecoutez l'entretien dans son intégralité

7 min

Franck Bouysse avec Eva Bettan

Par France Inter

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