Chaque jour vous découvrez l'un des dix romans sélectionnés pour le respecté et très convoité Prix du Livre Inter. Les auteurs ont la parole dans cette dernière ligne droite avant l'attribution du prix le 10 juin.

Simon et Capucine Johannin
Simon et Capucine Johannin © Hélène Tchen Cardenas / Editions Allia

Capucine et Simon Johannin ont écrit Nino dans la nuit (Allia)

L'histoire par l'auteur

Simon Johannin :  Ce sont deux livres qui se sont retrouvés en un seul. On ne savait pas si on voulait faire une grande histoire d'amour, ou si on voulait écrire sur la fin du salariat tel qu'on a pu, nous, l'expérimenter. Et tout ça s'est mélangé dans un seul et même livre.

Ce qu'on essayé de faire, c'est à travers les yeux d'une jeunesse d'aujourd'hui, d'une petite bande entre 20/25 ans, raconter un monde tel qu'on le voit, mais depuis une sorte de marge quand même. C'est une jeunesse qui est un peu abîmée, un peu cassée, qui a raté une marche ou deux et qui ne sait pas trop comment faire pour rattraper le wagon.

Capucine Johannin : Des gens comme Nino et ses amis, on peut les voir facilement comme des ratés, et on voulait montrer que les choses ne sont pas si faciles. On voulait montrer comment on en arrive à leur situation.

Les gens qu'on décrit dans le livre, ce sont des inadaptés à ce système, qui n'est pas un système inclusif et qui laisse des gens sur le côté.

Rendre visible des gens invisibles

Simon : C'est sûr que dans le paysage de la littérature française d'aujourd'hui, on porte en littérature des gens qui sont peu représentés ou pas du tout représentés. On a souvent des retours sur les réseaux sociaux de gens de notre génération, ou pas, qui nous disent, "c'est la première fois que j'ouvre un bouquin où il y a quelqu'un qui me ressemble à l'intérieur."

On n'aurait pas fait ce livre si on n'avait le sentiment que tout ce qu'on dit dedans avait déjà été dit et que les personnages qu'on y montre avaient déjà été montrés.

Capucine : Dans Nino dans la nuit, il n'y a pas énormément de choses qui sont inventées. C'est beaucoup de choses que des amis à nous ont pu vivre ou des gens qu'on connait. 

J'avais des amis que je trouvais tellement méritant et brillant qui en fait n'avait aucune chance et je les voyais s’abîmer. On avait envie de parler de tout ça. Je pense que des gens comme nous qui ont été aussi précaires et qui ont eu un parcours comme le nôtre, il n'y en pas tellement dans la littérature aujourd'hui.

On est les privilégiés de chez nous. On a eu le privilège de la culture chez nous

L’écriture à 4 mains

Simon : C'est assez instinctif. On essaie vraiment de se dégager de tout ce qui est intellectuel au moment de la production du texte. Il y a plusieurs règles qu'on s'est donné au départ avec Capucine.

Il faut que tous nos amis puissent avoir accès au texte et puisse le lire et le comprendre dans son entièreté, donc toujours avoir un vocabulaire et un champ lexical commun à tout le monde, mais avec lequel on peut aussi jouer, qu'on peut frictionner, faire fusionner et faire éclater comme un volcan quand on le souhaite. 

Capucine : On parle d'abord tous les deux de ce qu'on a envie de raconter. Puis après, Simon écrit, par rapport à cette trame qu'on a décidé tous les deux. Et moi, après, je vais rebondir sur le texte.

Simon : Moi je vais sortir une matière qui va être très brute et Capucine va la retravailler. Donc plus diriger le navire. Moi je suis tous les matelots et je fais ce qu'il faut pour que le navire avance, mais la direction est vraiment donnée par Capucine

On a l'habitude de travailler ensemble, c'est vrai que pour la littérature c'est assez peu commun.

L'auteur en quelques lignes

  • Après de brèves études de cinéma, Simon Johannin a intégrer l’atelier d’espace urbain de l’école de La Cambre à Bruxelles
  • L’Été des charognes, son premier roman, paraît en janvier 2017.
  • C'est sur ce premier roman que Simon et Capucine ont vraiment travaillé ensemble, puisqu’une série de photographies est à l’origine du geste d’écriture

Ecoutez l'interview dans son intégralité

9 min

Capucine et Simon Johannin avec Eva Bettan

Par France Inter

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