L'écrivaine de 62 ans et l'essayiste de 71 ans ont été choisis à l'unanimité, mardi, comme nouveaux membres de l'académie Goncourt, en remplacement de Virginie Despentes et Bernard Pivot. Portraits croisés.

Camille Laurens et Pascal Bruckner, nouveaux jurés du Goncourt
Camille Laurens et Pascal Bruckner, nouveaux jurés du Goncourt © AFP / Joel Saget – Ludovic Marin

Virginie Despentes et Bernard Pivot, tous deux partis pour s'offrir davantage de temps, ont désormais des remplaçants au sein du jury du Goncourt : Camille Laurens et Pascal Bruckner, désignés à l'unanimité.

Camille Laurens, l'introspective

Laurence Ruel (son vrai nom) est née à Dijon. Agrégée de lettres modernes, elle a enseigné en Normandie, puis au Maroc où elle a passé douze ans. Elle donne des cours de création littéraire à Sciences Po Paris.

Dès son premier roman, Index, elle choisit le pseudonyme de Camille Laurens, afin de conserver le mystère sur l'identité sexuelle de l'auteur. Par la suite, elle continue d'écrire sous ce nom. De Romance (P.O.L., 1992) à Celle que vous croyez (Gallimard, 2016), adapté à l'écran, en passant par Dans ces bras-là (P.O.L., 2000), récompensé par le prix Femina, dont elle a rejoint le jury par la suite.

Une absence hante son œuvre : celle d'un enfant perdu en 1994, alors qu'elle vient de le mettre au monde. Avec Philippe (P.O.L., 1995), elle déleste son écriture d'une part d'imaginaire pour se livrer à une introspection, dévoilant sa souffrance et son sentiment d'injustice. Elle devient adepte de "l'écriture de soi", au point que, parfois, fiction et réalité s'entrechoquent.

Ainsi, dans Romance nerveuse (Gallimard, 2010), elle fait référence à la rupture, bien réelle, avec son éditeur, P.O.L., trois ans plus tôt. Dans La Revue littéraire, elle avait accusé Marie Darrieussecq (elle aussi auteure chez P.O.L) de s'être livrée à une sorte de "plagiat psychique" dans Tom est mort (P.O.L., 2007). Quelques années plus tôt, c'est son mari qui l'avait assignée en justice pour atteinte à la vie privée, après la publication de L'Amour, roman (P.O.L., 2003). Il a finalement été débouté.

Amoureuse des mots, elle ne s'est pas arrêtée aux romans. Elle est également l'auteure d'essais et de pièces de théâtre. Elle a tenu une chronique dans L'Humanité, Le Monde, Libération ou encore sur France Culture, avant de reprendre depuis la rentrée le "feuilleton" du Monde des livres.

Pascal Bruckner, le polémiste

Né à Paris, Pascal Bruckner a passé son enfance entre la France, l'Autriche et la Suisse. Il a notamment étudié chez les jésuites à Lyon, avant de poursuivre ses études au sein du prestigieux lycée parisien Henri-IV, à l'université, puis à l'École pratique des hautes études. Il a lui aussi enseigné, dans des université américaines et à Sciences Po Paris.

Côté essais, il a par deux fois collaboré avec son ami Alain Finkielkraut pour Le Nouveau Désordre amoureux (Seuil, 1977) et Au coin de la rue, l’aventure (Seuil, 1979). Dans Le Sanglot de l’homme blanc. Tiers-Monde, culpabilité, haine de soi (Seuil, 1983), il fustige le "tiers-mondisme" qui ronge selon lui les sociétés occidentales, à travers la "culpabilisation". Son œuvre est empreinte de la perception d'un "malaise" occidental. Il va jusqu'à écrire un Essai sur le masochisme occidental (Grasset, 2006), et les "tourments de la repentance" des Européens.

Il se plait également à déconstruire les antagonismes, entre libéraux et les anti-capitalistes dans Misère de la prospérité : La religion marchande et ses ennemis (Grasset, 2002), entre "nationalistes" et "cosmopolites" dans Le Vertige de Babel : Cosmopolitisme ou mondialisme (Arlea Poche, 1999).

Autres thèmes de prédilection : l'amour, l'érotisme, la religion, la mort, et dernièrement, la vieillesse dans Une brève éternité. Philosophie de la longévité (Grasset, 2019). 

On les retrouve d'ailleurs, ces thèmes, dans ses romans. Son second, Lunes de Fiel (Seuil, 1981) a été adapté au cinéma par Roman Polanski. Dix ans plus tard, il reçoit le prix Renaudot pour Les Voleurs de beauté (Grasset, 1997). C'est dans Un bon fils (Grasset, 2014), prix Marcel Pagnol, qu'il libère les démons de son enfance. Un livre autobiographique dans lequel il parle de son père, mari violent, antisémite convaincu et favorable aux thèses nazies.

L'ex-soixante-huitard n'hésite pas à prendre position et à s'engager. Ainsi, il est membre d'Action contre la faim, avant de militer contre les différentes offensives serbes en ex-Yougoslavie, au cours des années 1990. En 2003, il appuie la guerre menée par le gouvernement de George W. Bush en Irak. En 2007, il affiche son soutien au candidat Nicolas Sarkozy à l'élection présidentielle. En 2013, il signe dans Causeur le "Manifeste des 343 salauds" contre la pénalisation des clients de prostituées.

En 2017, il publie Un racisme imaginaire. La Querelle de l’islamophobie (Grasset), où il critique le terme "islamophobie" qu'il ira jusqu'à qualifier de "création, digne des propagandes totalitaires". Plus récemment, c'est dans une tribune du Figaro qu'il assimile le discours de Greta Thunberg à une "dangereuse propagande de l’infantilisme climatique".

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