Camus, obsédé sexuel et alors ? N'y a-t-il rien d'autre à retenir de l'écrivain, cinquante ans après sa mort ? France 2 a livré dans un téléfilm de Laurent Jaoui le portrait d'un Camus priape, les dix dernières années de sa vie, plaçant ainsi son oeuvre en mode mineur. Certains journaux brossent aussi et surtout le portrait d'un Camus cavaleur. José Lenzini, lui (ce journaliste et écrivain né à Sétif en Algérie et auteur de nombreux ouvrages sur le philosophe), a le mérite de publier un petit récit très juste, sans dérive people, sans effets. "Les derniers jours de la vie d'Albert Camus" chez Actes Sud évoque la route entre Lourmarin et Paris prise en ce début de l'année 1960 par Camus et son éditeur, Michel Gallimard. Camus devait repartir en train, il avait son billet dans la poche, mais Gallimard a insisté. Hélas, un platane dans l'Yonne met fin à trois vies, celle des deux hommes et de l'épouse de Gallimard. La fille du couple est blessée mais survit. Elle a aujourd'hui 78 ans et n'évoque jamais la tragédie. Lenzini évacue les potins. Il profite de ces heures passées dans la voiture, l'antichambre de la mort, pour imaginer les pensées de Camus. L'auteur déroule ainsi une vie et une carrière, forte d'un désir de liberté et de démocratie. L'enfance en Algérie, l'expérience de la pauvreté, le football et le théâtre qui forment les "universités" de l'écrivain. Les amis, comme Sartre qui, différence de classe oblige, s'éloignent et l'éreintent quand il obtient le Nobel ou tient des discours différents des leurs sur l'Algérie. Apparaît Maria Casarès, l'une des maîtresses aimée passionnément, mais sans aveux déplacés. Seule compte une présence majeure, la mère quasi muette, avec laquelle Albert entretenait une relation complexe. Les silences de cette femme se retrouvaient dans ses livres. Lenzini retrace leur lien avec pudeur et intelligence. Sa plume abuse parfois d'un certain lyrisme, mais son propos est incontestablement digne et utile. Il provoque l'envie de lire ou relire, pour certains, l'oeuvre de Camus.

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Camus © Radio France
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