Le dernier Star Wars est sorti en France le 13 décembre dernier, pile pour les vacances de Noël. Si le film a engrangé 450 millions de dollars de recettes pour son premier-week-end d'exploitation dans le monde, la période n'a pas toujours été heureuse pour la saga créée par George Lucas.

Une parade de Noël à Minsk (Biélorussie), le 25 décembre 2015.
Une parade de Noël à Minsk (Biélorussie), le 25 décembre 2015. © Maxppp / Tatyana Zenkovich

Cette année, comme l'année dernière et l'année d'avant, il y a un Star Wars au cinéma pour Noël. Depuis 2015 et la sortie de l'épisode VII de la saga, le premier depuis le rachat de Lucasfilm par Disney en 2012, les films de la franchise sortent en décembre. Du temps où George Lucas était encore aux manettes, c'était les sorties VHS et/ou DVD qui étaient calquées sur le calendrier des fêtes de fin d'année. "Pour Noël offrez-vous toute l'action, toute la magie... Star Wars épisode I, La Menace Fantôme... La saga commence en vidéo", promet ainsi cette publicité de novembre 2000, retrouvée sur le site de l'INA.

Proposer du Star Wars à Noël, ça marche. Mais vendre un Star Wars de Noël, là, les tentatives montrent que c'est moins évident. 

Le film de Noël que George Lucas veut vous faire oublier

Nous sommes en 1978, un an après la sortie du tout premier Star Wars, écrit et réalisé par George Lucas. Le cinéaste, tout auréolé du succès de son film, donne son accord pour la réalisation d'un long-métrage destiné uniquement à la télévision, pour une diffusion censée coïncider avec les vacances de fin d'année. Un projet dont il va, à l'époque, rester à l'écart. 

Le format : une suite de scénettes basées sur l'univers de la Guerre des étoiles. Le casting : tous les héros du premier film plus quelques nouveaux personnages, dont le chasseur de primes Boba Fett. Le scénario : pour le "Life Day", équivalent de Noël chez les Wookiees, Chewbacca tente de rentrer chez lui quand le Faucon Millenium est attaqué par des vaisseaux impériaux.

Le "Star Wars Holiday Special" a été diffusée sur CBS, aux États-Unis, le 17 novembre 1978. La légende veut que, depuis ce jour, George Lucas cherche à détruire toute copie de la chose, plus proche des sitcoms de l'époque que de "L'Empire contre-attaque". Dans une interview donnée en 2010 au New York Times, Carrie Fisher (la princesse Leia dans le film) affirmait posséder une copie du téléfilm "pour les soirées, quand je veux que tout le monde s'en aille".

Pour le plus grand bonheur des amateurs de nanars, ceux qui l'ont enregistré en VHS à l'époque ont mis le film en ligne sur YouTube. Il est à regarder ci-dessous dans son intégralité.

Mais pourquoi tant de haine ? Peut-être à cause des longues minutes (non sous-titrées) où le téléspectateur doit suivre la famille de Chewbacca, dont les membres ne communiquent, logiquement, qu'en Wookiee. Ou peut-être pour la scène finale où ledit Chewbacca porte une toge rouge et où, film de Noël oblige, la princesse Leia se met à chanter. Même les fans de la saga sont embarrassés : en 2015, le webzine geek The Escapist a titré son billet consacré au film : "Comment Star Wars a tué Noël, et vice-versa".

Le "Star Wars Holiday Special", avec ses gags ratés, sa mise en scène approximative et ses effets spéciaux inexistants, a été diffusé en France le 1er janvier 1980, sur TF1.

"Que la force soit avec vous pour la nouvelle année"

Le gros ratage du Star Wars de Noël ne signifie pas forcément qu'il est impossible de transposer l'univers de la saga dans le cadre des fêtes de fin d'année. Parmi la tonne d'objets dérivés de la saga, on trouve logiquement des pulls de Noël avec des Stormtroopers portant des bonnets rouges. De même, on peut dénicher sur Internet les cartes de vœux envoyées par Lucasfilm à ses employés.

Entre Yoda habillé en Père Noël et les messages du type : "Que la force soit avec vous pour les vacances et pour la nouvelle année", les cartes de Noël Star Wars peuvent susciter l'émerveillement (ou, a minima, la curiosité) des fans. La preuve : certains reproduisent l'exercice et partagent leur propre carte de vœux sur les réseaux sociaux :

"Petit Papa Noël" version C-3PO

Pour autant, la candeur et la bienveillance associées aux fêtes de fin d'année ne résistent pas à la dure loi du "quand ça veut pas, ça veut pas". En 1980, George Lucas a donné son accord pour un autre projet qui allait connaître à peu près le même sort que le "Star Wars Holiday Special" : un album de Noël Star Wars.

Aux États-Unis, la tradition du disque de Noël est aussi ancrée que celle du programme télévisé réalisé spécialement pour les fêtes de fin d'année. Les Beach Boys, Phil Spector et même James Brown ont sorti des disques de Noël. Une franchise comme Star Wars se devait d'avoir le sien. À l'origine du projet, deux hommes : Tony Bongiovi et Meco Monardo, déjà responsables, en 1977, d'une adaptation disco du thème de Star Wars. Un single qui s'est vendu à 2,5 millions d'exemplaires.

"Bien sûr, quand le disque a fait un tabac, nous étions dans les petits papiers de George Lucas, parce qu'il y avait les droits d'auteur qui lui étaient payés à lui et à John Williams (le compositeur, ndlr)", se souvient le producteur Tony Bongiovi dans une interview donnée en 2016. Quoiqu'il en soit, le feu vert donné par le créateur de la saga va permettre à l'album de Noël d'aligner parmi ses chanteurs Anthony Daniels, l’interprète du droïde C-3PO. Dans la même interview, Maury Yeston, le compositeur, plaisante : 

Je ne suis pas le seul que l'on peut faire chanter avec ce disque

Sur le site de critique musicale Allmusic, Bradley Torreano écrit dans sa chronique consacrée à "Christmas in the Stars" : "Peu d'albums de Noël sont aussi mauvais que [ce disque]. Mais entre les célébrités cachées dans les crédits et les sept chansons chantées par des « robots », peu d'albums de Noël sont aussi agréablement mauvais que celui-ci."

"C'est un objet d'art assez ésotérique"

Contrairement au "Star Wars Holiday Special", ceux qui ont été impliqués dans l'enregistrement de ce disque gardent de la tendresse pour le résultat final. Ce que l'on entend ici, ce sont des mélodies de Noël entrecoupées de commentaires de C-3PO et de "bip-bip-bip" de R2-D2, son acolyte de toujours. Le single pose une question essentielle : "Que peut-on offrir à un Wookiee pour Noël (quand il a déjà un peigne) ?". Et dans le dernier titre, on comprend enfin qui est ce "S. Claus" dont tout le monde parle : ce n'est pas le père Noël mais un de ses fils qui vient l'aider. Puisqu'il y a trop d'enfants dans la galaxie pour une seule personne.

Commentaire d'Anthony Daniels, toujours dans la même interview de 2016 :

Le disque est sorti et je pense que certains de mes amis qui l'ont entendu étaient... Vous savez, j'ai de bons amis acteurs qui sont un peu décontenancés à propos de certaines choses que j'ai faites. C'est un objet d'art assez ésotérique. Certaines personnes pourraient avoir honte de l'avoir et de l'écouter. (...) Mais avec les chansons de Noël, on a toujours fait dans les choses amusantes, n'est-ce pas ? Il a sa place dans les annales.

L'album de Noël Star Wars aurait-il pu battre les records de son homologue disco ? Nous ne le saurons jamais : après avoir pressé 150.000 exemplaires, la maison de disques RSO Records a fait faillite. Sur le site de vente en ligne Discogs, un pressage original du "Christmas In The Stars : Star Wars Christmas Album", se revend, en moyenne, 21 euros. Pour ceux qui souhaiteraient l’offrir le 25 décembre, le site Allmusic précise : "Les fans de la série devraient l'écouter juste pour entendre à quel point c'est mauvais. Mais cet album n'est vraiment recommandé qu'à ceux qui aiment le comique dans la mauvaise musique."

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.