Simon Nogueira a escaladé pour la première fois le toit de Notre-Dame de Paris en octobre 2018. Pour France Inter, il se souvient d'une ascension dont il a tiré des images à couper le souffle et une certitude : beaucoup d'autres visiteurs se sont aventurés dans la flèche avant lui.

Le freerunner Simon Nogueira a publié une série de clichés de Notre-Dame sur son compte instagram @simonnogueira
Le freerunner Simon Nogueira a publié une série de clichés de Notre-Dame sur son compte instagram @simonnogueira © @simonnogueira/Instagram

"On n'a jamais autant les yeux rivés sur quelque chose que quand c'est en train de partir en fumée" écrivait lundi soir l'escaladeur urbain Simon Nogueira, en légende d'une photo postée sur Instagram sur laquelle on voit Notre-Dame en flammes, vue depuis les toits de Paris.

Le sportif, qui se présente comme un "freerunner", s'est fait une spécialité d'escalader monuments et édifices religieux à Paris ou ailleurs. De ces escapades en altitude, il ramène des clichés et des vidéos. Le 5 octobre dernier, il avait, pour la première fois, arpenté le toit désormais détruit de la cathédrale. "Pour moi c'était grandiose", nous confie-t-il. "Il fallait le faire, c'était fou ! Notre-Dame, ça a été le 'boss final'. Je suis monté sur beaucoup d'autres édifices religieux à Paris ou dans les autres villes et Notre-Dame était bien trop grosse pour que je passe à côté. Je suis assez content d'avoir pu la visiter avant que le toit ne soit parti."

Dans la vidéo publiée en octobre sur sa chaîne Youtube, on peut voir l'artiste se filmer au petit jour - il a commencé l'ascension vers 06h du matin - et passer un certain temps sur le faîtage ciselé de la toiture avant de grimper le long de la flèche. Il finira par se faire arrêter par les services de sécurité de Notre-Dame vers 9h du matin, après avoir joué l'équilibriste pendant près de trois heures sur le toit de la cathédrale.

"Notre-Dame m'a coupé du temps"

"J'ai commencé à marcher le long du faîte pour commencer à grimper en haut de la flèche. Les cloches ont sonné à huit heures pile", se souvient-il. "J'ai commencé à descendre à l'intérieur de la toiture et les cloches ont sonné. C'était assez imposant d'entendre de là le son des cloches de Notre-Dame. J'ai conscience que les clochers sonnent fréquemment et en règle générale je prête attention aux heures, mais Notre-Dame m'a coupé du temps pendant une petite période."

"Ça rappelle l'imaginaire, ça rappelle Quasimodo, poursuit Simon. Les cloches ont sonné fort, elles m'ont surpris et elles étaient assez jolies à entendre de là où j'étais."

À l'intérieur de la flèche de Notre-Dame, dont la chute a été filmée par toutes les télévisions du monde, Simon Nogueira découvre une multitude de noms gravés sur le bois de la structure. "À diverses périodes de l'histoire, il y a beaucoup de gens qui ont pu s'approprier le dos de Notre-Dame de Paris, estime-t-il. Il y a beaucoup de gens qui ont dû passer là-haut, parce qu'il y a de l'Histoire, à la fois par la richesse du bâtiment mais aussi par ces petits mots écrits un peu partout. Il y avait une dimension assez étonnante : au milieu de ce bois et de ces énormes cloches dans cette flèche, il y avait des petits écriteaux avec des dates."

J'ai pu escalader toutes les autres églises en pleine journée. Pour Notre-Dame de Paris, il a fallu que j'y aille la nuit.

Notre-Dame n'est pas plus difficile à escalader que d'autres édifices, estime Simon, mais elle est surtout beaucoup plus protégée. "J'ai pu escalader toutes les autres églises en pleine journée sans me soucier de l'heure. Pour Notre-Dame de Paris, il a fallu que j'y aille alors que la nuit était présente et que j'attende le jour une fois en haut." Avant de se lancer dans son exploration acrobatique de la cathédrale, un repérage des lieux était nécessaire, que Simon Nogueira a réalisé "la veille et l'avant-veille" pour décider quand intervenir et par où passer pour pouvoir grimper sans se faire arrêter.

Le freerunner est conscient du danger que représentent ses sessions d'escalades, et rappelle qu'il ne cherche pas à inciter les amateurs à tenter l'aventure. "Je ne veux pas que les gens aillent aux mêmes lieux que moi. Je partage ce que je vois parce que rares sont ceux qui peuvent se rendre dans de tels endroits."

Un peu, explique-t-il, comme une façon de ramener avec lui un morceau des lieux qu'il a explorés, tout en laissant intacts ces derniers. Simon Nogueira étudie d'ailleurs la possibilité de proposer des tirages de ses clichés dont les bénéfices seraient destinés à contribuer à la rénovation de Notre-Dame.

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.