"Ah ! Que c’est beau ! Dorénavant, vous travaillerez pour moi, près de moi. Je vous aime déjà." C'est par ces mots que Sarah Bernhardt aurait accueilli l'affiche de "Gismonda" réalisée par Mucha. Cette affiche et ces quelques mots de la diva allaient changer la vie de l'illustrateur.

Sarah Bernhardt par Alphonse Mucha - détail d'une affiche pour le banquet du 9/12/1896 donnée en l'honneur de l'actrice | Fondation Mucha
Sarah Bernhardt par Alphonse Mucha - détail d'une affiche pour le banquet du 9/12/1896 donnée en l'honneur de l'actrice | Fondation Mucha © Radio France / Anne Audigier

Connaissez-vous Alphonse Mucha ?

On se souvient avoir croisé des boites de gâteaux sur lesquelles figurent ces affiches si caractéristiques qui mêlent portrait de femmes, fleurs et volutes graphiques. Parfois, on sait vaguement qu'il a été important dans le développement de ce qu'on a appelé l'Art Nouveau. Et c'est bien ça le problème d'Alphonse Mucha. Artiste à la fois célèbre et méconnu. Célèbre pour avoir parfois donné son nom à l’Art nouveau, dont il fut sans doute le représentant le plus populaire. Méconnu pour son immense ambition de peintre.

La rencontre avec Sarah Bernhardt

Mucha arrive à Paris en 1887 et commence une carrière d’illustrateur.  

À la veille de Noël 1894, il se trouve par hasard dans l'atelier de l'imprimeur Lemercier, raconte Véronique Vienne (journaliste, essayiste, spécialiste des arts graphiques), quand son directeur, Maurice Brunhoff reçoit un appel de Sarah Bernhardt lui demandant une affiche pour Gismonda, de Victorien Sardou qui se joue depuis début novembre au Théâtre de la Renaissance dont elle est devenue la propriétaire quelques mois plus tôt. 

Or, la pièce, dans laquelle elle joue, ne fait pas salle comble. Il faut donc mobiliser un nouveau public pour la prochaine représentation prévue le 4 janvier 1895. 

Aucun des affichistes de renom n'étant disponible en raison des fêtes de fin d'année, Brunhoff est contraint de faire appel au jeune Mucha. Il lui donne quarante-huit heures. Et il n'est pas déçu. 

Horrifié, l'imprimeur refuse dans un premier temps de montrer la maquette à Sarah Bernhardt. Mais il y a urgence. Mucha retravaille donc le dessin initial. Il donne à son trait un peu plus de délicatesse et de fluidité. Il place derrière son personnage une arche, entoure son visage d'une couronne de fleurs et adoucie sa composition par un camaïeu de tons modorés.

Quand la Divine découvre le dessin, la vie de Mucha bascule. Selon ses mémoires, elle aurait donc dit :

Ah ! Que c’est beau ! Dorénavant, vous travaillerez pour moi, près de moi. Je vous aime déjà.

Sortie dans tout Paris au matin du 1er janvier 1895, le succès de l'affiche est fulgurant.

L'affiche de "Gismonda", imprimée sur deux affiches collées ensembles | Fondation Mucha, Prague © Mucha Trust 2018
L'affiche de "Gismonda", imprimée sur deux affiches collées ensembles | Fondation Mucha, Prague © Mucha Trust 2018 © Radio France / Anne Audigier

Dans les années 1890, l'affiche occupe à Paris une place centrale dans la culture visuelle. Grâce au développement de la lithographie en couleur et aux demandes croissantes de publicités commerciales. De nombreux artistes explorent cette nouvelle forme d’expression artistique. Les panneaux de la ville deviennent des "galeries en plein air".

La première affiche de Mucha pour Sarah Bernhardt, est révolutionnaire ! Par son format tout d'abord, tout en longueur. Elle sera d'ailleurs imprimée sur deux affiches collées ensemble. Sa composition et ses couleurs pastel apportent "une bouffée d’air frais" sur les murs parisiens.

Les passants se l'arrachent, au sens propre du terme. Certains n'hésitent pas à soudoyer les colleurs d'affiches. D'autre sonnent directement chez l'imprimeur pour réclamer des tirages.

Fidèle à sa parole, Sarah Bernhardt signe avec Mucha un contrat de six ans et le charge de réaliser des décors de scène, des costumes et des affiches. Il va ainsi exécuter six autres affiches pour ses spectacles, dont La Dame aux Camélias et Lorenzaccio. Dans toutes ses compositions, l’artiste applique les mêmes principes que pour Gismonda : un format long et étroit avec une seule figure, l’actrice en pied placée en hauteur dans une niche peu profonde, à la façon d’une statue de sainte dans une église.

L'affiche de Lorenzaccio et une étude | Fondation Mucha, Prague © Mucha Trust 2018
L'affiche de Lorenzaccio et une étude | Fondation Mucha, Prague © Mucha Trust 2018 © Radio France / Anne Audigier

Créé  le 3 décembre 1896, Lorenzaccio est une reprise de la pièce d'Alfred de Musset. Sarah Bernhardt y joue le rôle du héros masculin qui assassine son cousin. Tout en représentant Lorenzaccio en jeune homme fringant, dont la silhouette en S se détache sur fond de baie cintrée, Mucha se concentre sur l'expression de l'actrice au moment où elle interprète le héros contemplant sa victime

Le style Mucha

En tant qu’affichiste, Mucha développe un style très personnel caractérisé par des formes sinueuses, des lignes organiques et une gamme subtile de tons pastel. Ce style incarnera bientôt le mouvement émergeant à l’époque dans les Arts décoratifs, l’Art nouveau

Je préfère être un illustrateur populaire qu’un défenseur de l’art pour l’art.

Quand l’Exposition universelle de Paris ouvre ses portes en 1900, Mucha est déjà une figure de proue du mouvement et, quand il se rend pour la première fois aux États-Unis en 1904, il est qualifié de "plus grand artiste décoratif du monde".

Aller + loin

VOIR | L'exposition Alphonse Mucha au Musée du Luxembourg jusqu'au 27 janvier

LIRE | "Mucha et le théâtre", Histoire par l'image par Isabelle Courty 

Mucha
Mucha © Radio France / Anne Audigier
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