Comment la dessinatrice de bandes dessinées est tombée en amour pour les peintres des musées… et plus précisément ceux qui peignaient la nature.

Extrait de la couverture de l'album "Les Grands Espaces" de Catherine Meurisse
Extrait de la couverture de l'album "Les Grands Espaces" de Catherine Meurisse

Après l'attentat qui a frappé Charlie Hebdo en janvier 2015, Catherine Meurisse a mis de côté le dessin de presse et a développé une nouvelle facette de son art : la bande dessinée autobiographique. Au début, c'est un choix imposé par la nécessité. Raconter, dessiner l'Après-attentat, c'est aussi un besoin pour surmonter l'épreuve. Et pour nous, lecteurs, c'est un album magnifique, La Légèreté… ou comment la beauté, que ce soit celle d'un paysage ou celle que l'on trouve dans les musées, lui offre des béquilles avec lesquelles, peu à peu, elle se reconstruit. 

Son appétence pour l'art l'avait déjà amenée à proposer un album délicieux et drôle : Moderne Olympia, où les personnages des tableaux s'animaient et vivaient ensemble une délirante et rocambolesque aventure. Un "exercice de style" à la Queneau… ou peut-être une rêverie au Louvre.

Le Louvre, justement elle y revient aujourd'hui avec sa nouvelle bande dessinée : Les Grands espaces. Plus exactement, elle y raconte son enfance à  la campagne... et ses premières amours avec le musée. Au micro de Kathleen Evin dans L'Humeur vagabonde, elle raconte la révélation que fut pour elle la découverte de ce musée. 

La Nature exposée au Louvre

Enfant, la jeune dessinatrice en herbe quitte son paradis champêtre, la campagne où elle grandit, et part pour son premier voyage. Destination : le Louvre. 

C'est le coup de foudre pour "les peintures qui représentaient la campagne". Les feuillages des arbres de Corot, les bosquets de Fragonard, les buissons de Watteau, la campagne de Poussin...

Il fallait que j'aille voir cette nature représentée par les artistes… La verdure était peinte dans des tons extraordinaires. Ça me bouleversait.

"Ville d'Avray" parJean-Baptiste Camille Corot (1870)
"Ville d'Avray" parJean-Baptiste Camille Corot (1870) © Getty / DEA PICTURE LIBRARY

Catherine Meurisse explique : "En découvrant ces tableaux qui représentaient la nature, je me suis sentie chez moi. On n'entre pas dans un musée comme on entre dans un lieu sacré - non, on entre à la maison, une seconde maison". 

Et au musée comme à la maison, Catherine Meurisse adopte la même attitude d'observatrice du monde :  "se poser sur une branche, comme un oiseau. Observer. Réfléchir. Se reconnaître". 

Coup de cœur pour Hubert Robert 

Deux tableaux en particulier la marquent : deux perspectives du Louvre réalisées par Hubert Robert, conservateur du Louvre au XVIIIe siècle.

À l'époque de la réalisation de ces dessins, le Louvre devait s'agrandir. Hubert Robert, excellent peintre d'architectures, avait fait des plans de la grande galerie du Louvre. 

• Il avait imaginé la grande galerie dans son état à venir, avec plein de tableaux, des visiteurs.

• Il a fait aussi une vue imaginaire de la grande galerie en ruine, envahie par la nature. On y voit les ravages du temps et déjà cette idée que les empires passent mais que les êtres demeurent puisqu'il reste des petits personnages - et notamment, un peintre. 

"Vue imaginaire de la Grande Galerie du Louvre en ruines" par Hubert Robert, 1796
"Vue imaginaire de la Grande Galerie du Louvre en ruines" par Hubert Robert, 1796 © Getty / Print Collector
"La Grande Galerie du Louvre" par Hubert Robert, 1796
"La Grande Galerie du Louvre" par Hubert Robert, 1796 © Getty / Photo Josse / Leemage

Un emprunt à Nicolas Poussin

Sur la couverture des Grand espaces de Catherine Meurisse, on la voit enfant au milieu des prés et des bosquets... En haut à gauche, on reconnaît un arbre peint par Nicolas Poussin (1594 - 1665), dans le "Paradis terrestre"... Emprunt tout à fait volontaire, le grand peintre classique était aussi un très grand peintre de la nature. Dans les dernières œuvres du peintre, la Nature devient omniprésente et le paysage se fait l’écho des passions ressenties par les personnages.

Emprunt au "Paradis terrestre" de Nicolas Poussin (1660) dans la dernière couverture de BD de Catherine Meurisse
Emprunt au "Paradis terrestre" de Nicolas Poussin (1660) dans la dernière couverture de BD de Catherine Meurisse

Aller plus loin

🎧 ECOUTER | L'Humeur vagabonde - l'entretien complet de Catherine Meurisse au micro de Kathleen Evin. 

📖 LIRE Les Grand espaces, de Catherine Meurisse. Et pour vous convaincre d'aller y voir de plus près, feuilletez ci-dessous (ou ici, en plus grand) les premières pages de l'album...

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.